THE CLOCK / CHRISTIAN MARCLAY : Une expérience captivante du temps qui fuit

Un lion d’or à Venise et une tournée internationale (New York, Londres, Yokohama, Paris) pour cette oeuvre de Christian Marclay forte et belle qui en a saisi plus d’un à la Biennale de Venise. Peut-être la meilleure pièce de la sélection de l’Arsenal, une oeuvre magistrale qui nous donne à éprouver le temps d’une manière très physique, puisque la projection de l’oeuvre, un patchwork cinématographique, tel que Marclay les pratique souvent (Cf Telephones) est directement synchrone avec notre montre…

The Clock est un film composé de plusieurs milliers de séquences extraites du patrimoine cinématographique, dans lesquelles l’horloge et le comptage du temps sont présents à l’image ou dans la bande-son. Ainsi, le spectateur est-il happé par ce continuum visuel qui n’a de cesse d’interroger ce décompte, au moyen d’une acrobatie formelle consistant à juxtaposer des séquences référentielles où le temps se matérialise par une horloge, une montre :  Lorsqu’il est 16.40 h. dans un premier extrait, tiré d’un film du répertoire holywoodien, la séquence suivante, cette fois-ci un extrait de Casablanca, par exemple, affiche 16.42 h. Le plus surprenant -et déstabilisant- étant que votre I-phone ou votre montre affichent très exactement la même chose ! Une fabuleuse mise en abîme de ce temps cinématographique, un temps narratif et virtuel, qui colle au temps intime du regardeur, en une oeuvre vidéo d’une durée de 24 heures.

Pour Christian Marclay, « L’emprise du temps, il n’y a rien de plus tragique ». Et, en effet, quoi de plus angoissant que cette heure qui tourne, ce temps qui nous échappe inexorablement. Ici à l’écran comme dans la vraie vie, la mort est suspendue comme ultime séquence. Un suspens très cinématographique justement, que Christian Marclay, grand amateur d’Hitchcockeries et autres films noirs du patrimoine sait convoquer remarquablement. Pour l’artiste, cette oeuvre est une vanité. Un point d’incandescence qui nous illumine, en nous terrifiant.

Cette oeuvre a mis près de trois ans à voir le jour. Christian Marclay et son équipe (une douzaine d’assistants) ont dû visionner des milliers de films, en sélectionner les séquences idoines, les monter et les synchroniser. Un travail de titan, guidé par une réelle réflexion de cinéaste, quoiqu’il s’en défende. Un suspens maintenu de part en part, avec une accélération forcément vers Minuit, l’heure de toutes les heures, l’acmé du temps cinématographique des films noirs et d’Hollywood dont Marclay est fortement imprégné.

The Clock est réellement un petit bijou visuel, extrêmement bien monté, en même temps qu’il est une expérience, au sens fondamental du terme. A éprouver sans compter.

Marc Roudier

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=xp4EUryS6ac&w=560&h=315]

The Clock de Christian Marclay est projeté à l’Arsenal / Biennale de Venise / jusqu’au 27 novembre

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