« VIOLET »: MEG STUART AU FESTIVAL D’AUTOMNE

«Je crois que l’art est proche de l’alchimie. L’artiste combine différents éléments et se transforme au cours du processus.» Meg Stuart

Avec Violet, la chorégraphe Meg Stuart, contrairement à ses habitudes plus narratives, s’est détachée de ses sujets de prédilection, concrets et sociaux, pour créer cette fois une pièce très intimiste, où des danseurs se heurtent à leur énergie. Le spectateur se retrouve confronté à une poésie féroce, où les symboles s’enchaînent les uns après les autres, et où l’angoisse règne. Bien que ce spectacle soit clairement marqué par l’abstraction, son immédiateté à s’adresser à notre intériorité le rend facilement accessible. Mais Violet n’est pas un simple spectacle de danse. Nous y plongeons comme dans un voyage initiatique, accompagnés par cinq danseurs pris entre musique et silences.

Tout commence avec un flash de lumière aveuglant faisant apparaître les danseurs presque immobiles. Ils oscillent tels du plancton ou des algues soumis aux fluctuations aquatiques. Chacun danse dans son coin, tous sont torturés par des fantômes, des peurs, des angoisses qui prennent forme différemment dans l’espace et dans leur chair. Ils ressemblent à cinq intériorités pures, renfermées sur elles-mêmes, contraintes à une incommunicabilité émouvante. L’atmosphère intimiste et angoissante est renforcée par la musique électronique de Brendan Dougherty qui, étrangement, produit un effet quasi-hypnotique, une suggestion à mouvoir nos corps. Une sorte d’enchantement qui peut faire penser au film The Red Shoes.

Lorsque, à deux reprises et soudainement, la musique s’arrête, le contraste du silence donne lieu à un moment de communion fugace et brutale. Forcés de sortir d’une forme de catharsis, on se sent littéralement catapultés hors du spectacle. Mais progressivement les corps se transforment et, dans un élan collectif, s’emmêlent, se roulent lentement sur eux-mêmes pour donner naissance à une sorte d’organisme pluricellulaire et monstrueux. Il faut bien dire, toutefois, que ces silences d’une vingtaine de minutes chacun, du fait de la douceur des mouvements, tendent à atténuer l’enthousiasme initial.

Camilla Pizzichillo

Violet/ Meg Stuart/ Damaged Goods / s’est joué du 16 au 19 novembre au Centre Pompidou

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