CELINE CLERON / ANTIQUITES TARDIVES

Exposition Céline Cléron / Musée antique de Vaison la Romaine

Parmi le rendez-vous hivernal de l’Hôtel Burrhus qui confie depuis 4 ans ses 35 chambres à 35 artistes – à charge et à plaisir pour eux de mobiliser le lieu et point de le meubler -, une proposition artistique se détache du lot. Peut-être est-ce dû à ce que l’artiste s’est dégagée territorialement de la ruche et des alvéoles attribuées à chacun et ait investi un autre lieu à plus de cinq cent mètres, le lieu le plus visité de la ville ?

«Je trouve mon inspiration dans les musées d’histoire naturelle» déclare Céline Cléron. Représentative d’une tendance de remise à neuf du fonds architectural et historique, la plasticienne formée à Poitiers utilise tous les codes de l’insertion diplomate. Pour que l’intrusion et l’ajustement dans les failles du passé soient concomitantes à l’absence de bouleversement, elle parvient à simuler l’entente par une juste juxtaposition des signes de la religiosité gallo-romaine et du christianisme.

Depuis plus de quatre ans, au sein d’un dispositif « Antiquités tardives » qu’elle place dans différentes institutions, musées et lieux d’archives provinciaux, elle comble des caches, stylise sans faire irruption ; les marques de son intervention ne se voient pas du premier coup d’oeil, ainsi l’artiste se faisant guide nous aide à avancer dans les salles très claires et peu surchargées du Musée antique de Vaison. Jouant de contrepoints subtils, elle revisite l’art dans l’histoire. Au milieu des vitrines, parmi les poteries -commence le jeu des sept erreurs, qu’y a t-il de dérangé, qu’est-ce qui manque ou a été rajouté ?- se nichent quelques joyaux. De l’ordre de la trouvaille, du clin d’oeil fertile : c’est la mise à jour d’une nouvelle muséographie, la visitation des reliques par un nouveau regard allégé.

Le gros morceau qui est peut-être le moins réussi occupe une armoire entière, un moule de statue est pratiquement placardé, mis au placard, quatre planches le zèbrent et la vision qui persiste d’un Mercure ailé fractionné et rassemblé dans la soute oubliée d’une réserve quelconque rappelle inéluctablement les jeux à tiroir de Magritte et Dali. C’est dire la proximité avec le kitsch et le clin d’oeil ; cette facilité scolaire ne doit pas faire oublier la finesse des coquillages minéralisés transformés à la meule en yoyos.

L’artiste s’explique par ailleurs au sujet d’une série de petites vignettes : « c’est le résultat d’une action sur les ballons, je dessine sur le ballon quand il est gonflé, je le crève et cela devient une concrétion ; il y a une grande-part de laisser-faire, ce sont des restes à jeter, des membranes dérisoires d’un jeu éphémère. » Epinglés en effet comme des papillons d’Amazonie, le reliquat dérisoire d’un jeu d’enfant, ces ex-votos de cirque ou de fête foraine évoquent les gribouillis découverts dans les latrines de Pompéi. Ils sont accrochés à une portée de bustes de bijouterie prolongés par des urnes de poterie et nous introduisent par d’autres signes disséminés au domaine des sépultures où, sur une paroi en hauteur, trois pièces d’un jaune vif échappées de Blake et Mortimer, deux doubles décimètres, un long et un demi-cercle, rehaussé d’un serpentin lui-même gradué nous rappellent l’ironie de l’installatrice. L’évocation égyptienne à l’aide d’objets métriques, de trois signes discrets, ajoure et éclaire les vielles pierres.

Scénographie qui se doit de rester espiègle. Les petites formes autorisent davantage la fantaisie ; dès que le désir de monstration s’impose, le vouloir-dire étouffe et réduit l’ampleur. L’interrogation sur les vestiges reste ouverte. De quoi reste t-on maître ? Qui dote de valeur certaines pièces et accorde la neutralité à d’autres ?

Parmi la trentaine de chambres tirées au sort, quelques-unes stigmatisent aussi le passé. Exercices plus ou moins réussis, il permet d’entrevoir dans un survol rapide un panorama de la création contemporaine défendue par de petites galeries en temps de crise financière. Les enfantillages et la recherche de connivences font de l’ensemble un parc à attractions avec la part de masochisme supportable, la part de cabotinage ou encore récitation en boucle de fables éculées, l’élucubration ficelée par de nouveaux mages déguisés en postillons.

Une bonne surprise : les sketches burlesques de Daniel Wissembourg qui l’orientent vers un cinéma de genre. Entre Harold Llyod et Gary Hill, un pauvre hère se démène à travers un nombre d’embûches, il troue le plancher, s’agite désepérément pour défaire et défaire. Métaphore abracadabrante de l’apprenti-fermier, il ne respire pas le cyanure.

Sans faire de prêche ni ruminer devant la trop grande tempérance des travaux en chambre, il ressort de ce déballe-grenier une volonté de coudre son nom sur les oriflammes d’une post-modernité art déco.

Emmanuel Loi

« Antiquités tardives  » exposition de Céline Cléron au Musée Archéologique de Vaison du 15 décembre 2011 au 28 février 2012 / 35 chambres / 35 artistes exposition à l’Hôtel Burrhus de Vaison la Romaine les 15,16,17, 18 décembre 2011- 5ème édition.

Photos :  1- à gauche: Céline Cléron, + l’infini, 2010, Ensemble de 3 éléments en bois MDF laqué jaune 6 mm sérigraphié reformant le hiéroglyphe djet (éternité), 42 x 40, 5 cm au mur. / à droite: acrotère de tombeau / vue d’exposition « Antiquités Tardives », Musée archéologique Théo Desplans, Vaison-la-Romaine. Photo © Julien Charles
2- Diadumène à la bibliothèque, 2011 Copie en plâtre du Diadumène, collection du musée archéologique de Vaison la Romaine Bibliothèque en bois, H 220 x l 98 x P 71 cm. Photo © Julien Charles

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives

%d blogueurs aiment cette page :