SKIN-IMPROVISATIONS #7 : LE JINEN-BUTOH D’ATSUSHI TAKENOUCHI

DANSE BUTOH : «Skin-Improvisation #7» d’Atsushi Takenouchi / Grotte de Bertin Poirée.

Nous démolissons le mur de la conscience qui perçoit la danse comme l’acte individuel d’un « je » qui danse. Nous dansons avec, nous sommes dansés par, le Jinen, acceptant tous les environnements et toutes les conditions comme étant Jinen. Atsushi Takenouchi


Se rendre à une performance d’Atsushi Takenouchi lorsqu’il occupe la grotte de Bertin Poirée à Paris présente une dimension quelque peu cérémonielle. Parce que nous sommes en petit comité, resserrés dans l’espace de la salle souterraine de l’espace culturel franco-japonais, pratiquants comme nous pouvons l’être de cet indestructible mouvement. La danse japonaise butoh (traduisible par l’action de « fouler le sol ») a pour principe de jubiler le corps traumatique, le faisant renaître de ses cendres pour rendre compte de ses perceptions, de l’impact interne des événements qui le traverse. Il est ici question de parcours d’un être-au-monde sur un temps resserré, suspendu.

C’est sous cette obscure luminosité, dans cette atmosphère confinée, que le corps tout proche d’Atsushi allongé là sur le sol, nous attend pour se mouvoir. Le corps « jinen butoh » de Takenouchi est un corps qui aspire le monde et expire par tous ses pores les tribulations de son être, se laissant pénétrer par les sensations comme l’on accueille des paysages. Une danse d’images à contempler et imaginer grâce à une énergie bien visible, incorporée dans chaque mouvement, chaque étape de l’improvisation, dans la continuité de la transformation, avec un début et une fin de cycle amenés à se répéter. Le jinen c’est ce « courant de la rivière qui traverse l’univers », c’est ce souffle de vie permanent qu’Atsushi partage au fil de sa traversée. Au dernier rang, on n’hésite pas à se lever pour ne rien perdre du début de son éveil spectaculaire.

Il procède alors à une improvisation connectée avec le moment présent, dans un corps chargé de mémoires, de projections et de rêves, qui jouit d’une esthétique personnelle, à l’intérieur de sa condition universelle. Débarrassé de ce corps social, ce méta-corps, hybride, semi-vivant, se fait échos d’un questionnement sur la perception même de l’incarnation, embrassant tout son soûl. Sans identité précise, il défait cette séparation du vivant et du mort, s’abandonnant à l’instant. Conduit par la respiration, il explore les flux et reflux de cette agitation élémentaire de la matière et délivre encore et toujours une danse de culte, une danse de foi, qui renvoie à l’origine même de la danse et du chant, celle de la prière.

« Jinen est le mot qui décrit l’univers, son origine et son cours naturel. Toutes les existences sont connectées comme autant de parties de la rivière Jinen. La plupart du temps, l’homme reçoit de la nature des formes magnifiques comme les plantes ou les animaux. Cependant, de nombreuses forces de la nature, comme les énormes tremblements de terre que j’ai moi-même connus, détruisent les gens, les organismes et la nature. Tout ceci est le souffle de cette planète. C’est aussi le tourbillon de la Rivière de l’Univers qui embrasse la vie et la mort, la lumière et l’obscurité », dixit Takenouchi.

Hiroko Komiya, musicienne poly-instrumentiste utilise la voix, des objets, des métaux, toute sorte de matériau sonore, et Claude Parle, à l’accordéon, use de toutes les variétés de ventilation de l’instrument ; tous deux à l’écoute parfaite des manifestations physiques du danseur. Les multi-voix, multi-directions et multi-sons de la création se compactent en un tout, parfois grave, parfois léger, souvent troublant, mais aussi hilarant quand Atsushi se transforme en clown et rentre en contact avec son public. Il manifeste et crie une nouvelle fois sa présence au monde et dépose son empreinte à chacun de ses appuis dans le sol, sur les murs, au plafond et même au-delà…

L’auteur de « Skin-Improvisation#7- » tire encore une fois le suc poétique de notre système vivant, naturel et cyclique, épongeant dans sa chair les effets de ces changements, grandissant dans « cette juxtaposition de sensations », de « plusieurs couches de peau » comme la Terre se compose de strates. Il élargit ainsi l’espace de nos perceptions à la force unique de sa composition foisonnante de réel, de symbolique et d’imaginaire.

Audrey Chazelle

« SKIN – Improvisation #7-” d’Atsushi Takenouchi a été donnée vendredi 20 janvier 2012 à 20h30 / Jinen Butoh en solo / 
Interprète : Atsushi TAKENOUCHI
 / Musiciens : Claude PARLE (Accordéon), Hiroko KOMIYA (voix, objets sonores, eau, pierre, métal, etc…)

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