L’AFFAIRE THOMAS HUBER

Correspondance à Genève.
Exposition Thomas Huber au MAMCO de Genève

Durant la séquence de printemps 2012 du cycle L’Eternel Détour, le Mamco (Musée d’art moderne et contemporain de la ville de Genève) présente une rétrospective de  Thomas Huber, un artiste suisse né en 1955 et internationalement reconnu. Par ailleurs, le Plateau des Sculptures accueille une exposition monographique de Cécile Bart. Ces réflexions sur les conditions d’existence des tableaux, menées indépendamment  par les deux artistes, tendent à libérer la peinture de son destin fermé.

Au début des années quatre vingt, Thomas Huber quitte Zürich pour s’installer à Düsseldorf où il résidera durant vingt cinq ans. C’est l’ambiance sérieuse et studieuse de la ville qui l’attire, avec sa scène artistique bouillonnante dans laquelle subsiste l’influence de figures célèbrescomme celle de Joseph Beuys, mais aussi de Sigmar Polke et de Gerog Baselitz. Le public suit avec intérêt l’évolution des productions artistiques et les galeristes et les commissaires d’exposition se rendent à Düsseldorf pour découvrir des œuvres.

C’est dans ce contexte que Christian Bernard voit pour la première fois un tableau de Thomas Huber. Il s’agit de Discours sur le Déluge, une des première peinture réalisée par l’artiste en 1982 et qui le frappe par son style pictural inédit,  sans épaisseur et sans matérialité, tout à fait étrange et à l’écart de la production de l’époque empreinte d’expression et dominée par des œuvres monumentales. Discours sur le Déluge peut être considéré comme le tableau fondateur qui  contient l’essentiel de la pensée de l’artiste et qui reflète toute l’exposition. C’est l’œuvre sur laquelle commence le parcours, au 4e étage du musée.

L’exposition est intitulée Vous êtes ici en référence au logo international qui nous situe sur les plans du monde entier et qui nous attribue, avec une autorité polie, un emplacement. Avec cette rétrospective, le spectateur est en quelque sorte projeté dans le cerveau de Thomas Huber, à l’intérieur d’une production dense et continue, dans laquelle aucune période ne se distingue, et dont les éléments reflètent, d’un pattern à un autre, ce qui précède. Semblables à des seuils, les toiles qui composent ce théâtre imaginaire sont des invitations à pénétrer un espace tiers, non soumis à la logique de l’architecture. En effet, pour l’artiste qui construit ses tableaux avec un point de fuite unique, selon les règles de la perspective, le spectateur se situe précisément là où se trouve ce point, à l’intérieur des tableaux. Influencé par la peinture métaphysique, il propose un art total qui, au-delà de la peinture, s’approche de l’installation.

Vous êtes ici est organisée chronologiquement et réunit presque trois cents tableaux répartis sur les quatre niveaux du musée. Quelques trente-six groupes d’œuvres sont reconstitués aussi fidèlement que possible et présentés tels que l’artiste les avaient pensés et créés, accompagnés de leur corpus d’esquisses, de plans, de maquettes et parfois d’un texte ou d’un discours. Les carnets de croquis de l’artiste, filmés pages après pages, sont projetés simultanément sur trois murs. Et les maquettes des cinq grands panneaux de chantier réalisés spécifiquement et placés dans le quartier des Bains et des Acacias, sur la plaine de Plainpalais ainsi que sur les façades de la galerie Skopia et du Mamco sont aussi présentés. Ces représentations imaginées de réaménagement restent réservées à l’espace pictural, qui, pour l’occasion, déborde des frontières des lieux qui lui sont dédiés, soulignant encore la perméabilité entre les univers de Thomas Huber et la vraie vie. A l’inverse, le quotidien apparaît aussi dans ses compositions généralement désertes. Ainsi, le spectateur a parfois le sentiment de surprendre des silhouettes, des jouets qui traînent ou les jambes d’une femme qui enfile un bas, dissimulée derrière un grand châssis.

Avec humour, Thomas Huber évoque, dans les textes qui accompagnent ses peintures, ces présences qui viennent troubler et alimenter ses tableaux. « Je fais tout le temps de l’ordre ici. Je considère l’ordre du tableau comme indispensable. Vous pouvez sans problème me nommer concierge de l’espace pictural ! Les tableaux doivent être propres et ordonnés. Je balaie deux fois par jour, il n’y a rien de pire que les endroits sales dans un tableau. Je déteste aussi les espaces picturaux étouffants, c’est pourquoi j’aère toujours abondamment. Pour le reste, je me sens bien dans le tableau, j’ai toujours à faire. Quelques fois seulement, je suis un peu seul ici. » Les écrits sont profondément liés à l’oeuvre de Thomas Huber qui en transmet la genèse par l’intermédiaire de textes ; récits fictionnels, épisodes autobiographiques, rêves éveillés, considérations philosophiques, réflexions sur le rôle de l’art et de l’artiste dans le monde d’aujourd’hui, histoires humoristiques et remarques ironiques constituent ces discours qu’il énonce en public, et souvent, en présence de ses tableaux. Une anthologie en français intitulée « Mesdames et Messieurs. Conférences 1982-2010 » rassemblent la quasi totalité de ces textes et paraît aux éditions du Mamco.

Josiane Guilloud-Cavat

Vous êtes ici, Thomas Huber / Suspens at Geneva, Cécile Bart / Jusqu’au 6 mai 2012. Mamco 10, rue des Vieux-Grenadiers CH-1205 Genève.
http://www.mamco.ch/artistes_fichiers/H/huber_th.html

Conférence de Thomas Huber, le mardi 3 avril à 18h30 En collaboration avec l’atelier d’écriture de la Haute école d’art et de design — Genève

Publication : Thomas Huber
 Mesdames et Messieurs. 
Conférences 1982-2010 656 pages 212 reproductions en couleurs et en noir et blanc, 17 x 24 cm. ISBN : 978-2-94015-950-5 ; 42 CHF / 35 euros.

Visuel : installation Thomas Huber au MAMCO / Copyright de l’artiste 2012 / Courtesy MAMCO Genève.

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