ALAIN BADIOU : ELOGE DU THEATRE

FESTIVAL D’AVIGNON : Conférence d’Alain Badiou « Eloge du théâtre », dans le Cadre du « Théâtre des idées » / Le dimanche 15 juillet 2012 / Gymnase Saint Joseph.

Le philosophe, romancier et dramaturge Alain Badiou, lors d’une conférence intitulée « Eloge du théâtre » donnée dans le cadre du « Théâtre des idées » le 15 juillet dernier, a tenté de penser les rapports qu’entretient ce vieux couple que forment philosophie et théâtre, examinant certaines périodes de son histoire traversée par de multiples tensions.

Le théâtre à toujours eu à défendre une forme de légitimité. En commençant par la Grèce, berceau de la philosophie et du théâtre, la naissance de cet art vivant, ne peut être qu’associée à Platon qui, dans « La République », exhorte à une posture radicale : chasse les poètes de la cité. Le théâtre lui apparaît laors comme un simulacre, une scène où les illusions se succèdent. De par son procédé de représentation, le théâtre ne fait que dissimuler les idées comme le Beau, en soi seuls gages de vérité selon le philosophe.

Rousseau dans sa « Lette à d’Alembert » s’attaque lui-aussi violemment au théâtre, cérémonie bourgeoise qui divise plutôt qu’elle rassemble. Dés lors il lui préfère les fêtes populaires, événements qui privilégient une expérience commune plus propice au rassemblement collectif. Sa lettre évoque également de manière négative le statut de comédien : « Qu’est ce que le talent de comédien ? L’art de se contrefaire, de revêtir un autre caractère qui est le sien or le plus noble de tous est celui d’être un homme ». Rousseau constate qu’un comédien pour jouer doit apprendre à duper.

Cet art du mensonge risque d’être utilisé par celui qui le maîtrise au-delà des planches, ce qui pourrait constituer un véritable danger pour l’ensemble des citoyens. Cette profession, dont l’artifice et le faux-semblant sont le fonds de commerce, ne peut que nuire, toujours selon Rousseau, à l’adéquation parfaite entre d’un côté l’intérêt particulier et de l’autre l’intérêt général, institué par le pacte social.

L’autre critique évoquée par Badiou est celle de la forme figée d’un théâtre muséifié. Un théâtre tout simplement mort, qui n’atteint plus la haute spiritualité qu’il a pu manifester à une certaine période de son histoire, comme en Grèce ou durant le Christianisme. Il est pris dans des formes et des codes présupposés, qui lui ôtent de cette manière son flux vital, nécessaire à un chemin créatif.

Un des désirs du philosophe est de discerner le réel sous le jeu des apparences, jeu auquel le théâtre, lieu des masques et des faux-semblants, paraît se dévouer. L’interrogation que porte alors la réflexion de Badiou est Comment penser philosophiquement le théâtre à partir de ce paradoxe initial ?

Badiou a dégagé de ces différentes critiques le fait que la relation entre théâtre et philosophie n’est certes pas simple, mais extrêmement féconde. La force extraordinaire de ce couple vient du fait que le théâtre est «une machine à contradiction», comme le dit si bien le philosophe, c’est-à-dire qu’il a la possibilité avec ses procédés représentatifs d’absorber toutes les contradictions, à l’image du théâtre de Pirandello.

Ainsi la critique lui est favorable, car le théâtre l’absorbe pour la transformer en représentation. Dés lors les ennemis les plus acharnés en philosophie du théâtre n’on fait que soutenir une tendance possible du théâtre lui-même. D’ailleurs, dans notre entretien pour Inferno, Badiou est amené à dire que le théâtre « aujourd’hui est porté par une forme de Rousseauisme ». Un théâtre placé sous le signe de la présence pure, un théâtre qui vise de cette manière la déconstruction de la représentation pour amener la vie sur scène.

La scène contemporaine fait écho à l’exigence rousseauiste d’un divertissement qui n’imiterait rien, c’est-à-dire un «théâtre» qui serait pure présentation du peuple à lui-même, sans passer par la médiation imitative, animé par cette recherche de réel et non plus de faux-semblants et d’artifices, en réponse aux discours collectifs « cadavéreux ». Dés lors, le théâtre contemporain décrit par Alain Badiou est un théâtre fait par le spectateur.

Quentin Margne

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