BENOÎT ESPINOLA : LA CRÊTE EN LIGNE

Exposition Benoît Espinola / Galerie Où Marseille /du 19 au 23 septembre 2012.

La galerie Où continue son entreprise d’investigation des champs artistiques novateurs. Un jeune artsite Benoît Espinola y montre son travail qui n’est en rien celui d’un psychogéographe mais plutôt celui d’un cristallographe (formation de départ de Pasteur). En effet, l’approche se fait de façon satellitaire ; en s’appuyant sur des outils modernes à la portée de presque tous Ipod et GPS, Bernard Espinola nous emmène dans le Grand Nord septentrional.

Il ne recense pas les coutumes, pas de gens à l’horizon uniquement le linéament de ses déambulations. Autour d’une axiale de projection, il a défini une méridiennne qui doit au cours de quelques années le mener jusqu’en Crête. Cette ligne de perforation de l’espace va à l’encontre d’une recherche mystique, d’un acte de défense de l’environnement (telle la ligne verte) ou d’un pélérinage missionné. Non, il cliche les événemets naturels : aurores boréales, paysages déserts à perte de vue tel un astronome, un géophysicien qui prendrait du monde le pouls anhistorique à l’échelle d’une génération ou d’un siècle. Les tracés sismiques de ses hésitations et remords entrelacés (la piste est forcément arbitraire) tirés sur de grands rouleaux d’imprimantes de plans d’architecture diffusent l’ambition voltalite du projet en même temps sa puissance onirique.

Cristallographie minutieuse qui segemente les gemmes, permet une respiration. Les petits formats ne nous indiquent pas traîtreusement la durée de la pulsion de traçage, 24 h ou un an sur un arc défini de trente cms à peine, fin comme une patte de grue sur la neige. Le liseré GPS du voyage en moto-neige, en voiture ou en car est léger comme un soufffle de vie d’un encaphalogramme. La notion de distance est efficace temporellement et non dans l’espace et creuse l’antinomie entre trajet et trajectoire, entre projection et projectile.

Que la région la plus isolée d’Europe soit le périmètre élu par ce jeune arpenteur laisse le rêve de l’exploitation sémantique de la proposition se déployer. Se diriger, creuser une voie, marquer un territoire par une partition cellulaire aussi évanescente que ce profilement de l’arc en ciel des cartouches d’encre : « quand je regarde vers le nord, ça tend vers le bleu et le sud vers le rouge.»

Le chercheur d’art utilise le triptyque pour nous rappeler le coefficient de la partition topologique de l’origine, du lieu et de la lice. La distance inscrite et esquissée __ le périple va durer de nombreux mois et occasionner mille figures __ est bien sûr un graphique de conquête ; c’est d’après de lignage que peut être spéculée la suite.

Travail d’envergure à accompagner, Benoît Espinola est lui-même le curseur, il étalonne au fur et à mesure les plis de l’espace et intériorise la masse physique en déplacement. Un ravissement devant l’intelligence et la tenacité qu’il va falloir à ce plasticien pour mener à bien l’expédition. Origine, lieu, lice (ce qui est en lice, c’est le vieux combat contre l’idéalisme et le rationalisme siamois).

C’est donc à la fois un itinéraire précis et vague à l’image d’une pollenisation des sens tactiles de l’axiométrie, une culture assidue du pistage. La fractale définie ici arbitrairement peut laisser place progressivement à un sentiment de désaisie de l’orientation. Aller là plus qu’ailleurs, qu’est-ce qui guide nos pas, qui nous enlève notre échec relatif à trouver le bon chemin ?

Emmanuel Loi

Visuels : 1,2,3 : « Aurore, Dans les Temps, Cop suite » copyright Benoît Espinola.

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