BERTRAND DEZOTEUX AU FRAC AQUITAINE

Bertrand Dezoteux / FRAC Aquitaine / Hangar G2, bassin à flot n°1 / Bordeaux/ jusqu’au 29 décembre 2012.

Du 4 octobre au 29 décembre 2012, le FRAC Aquitaine présente L’Histoire de France en 3D, le dernier film d’animation en date de Bertrand Dezoteux. Présent dans cette collection publique depuis 2011, on a notamment pu voir le travail de ce jeune artiste (né en 1982) diplômé du Fresnoy au Palais de Tokyo, à la Fondation d’entreprise Ricard, au Musée d’art moderne de la ville de Paris ou au Musée Basque de Bayonne.

Au premier abord, L’Histoire de France en 3D (2012, 13’49 ») est un projet à faire hurler les historiens et les infographistes. Cependant, dès l’introduction de la vidéo on comprend que l’ambition du projet, malgré les multiples majuscules du titre, ne se situe nullement dans une quelconque démonstration technologique ou démarche universitaire. Ceci est assez révélateur de son travail. Avec Bertrand Dezoteux, on ne sait jamais à quoi s’attendre (sauf à une nouvelle surprise) et décrire ses vidéos relève d’une certaine gageure. Essentiellement basée sur le médium image, sa pratique croise influences et techniques diverses pour une production qui semble se disséquer en même temps qu’elle se développe. Qualifiées d’ovnis visuels, ses oeuvres procèdent d’un principe d’assemblage qui va déterminer la forme finale et pour laquelle il s’avère alors nécessaire de définir une terminologie adéquate.

Revenons pour exemple sur quelques unes de ses productions antérieures. « Film familial d’anticipation politique »*, Roubaix 3000 (2007) pouvait s’envisager comme une production filmique à rebours. Celle-ci est construite à partir du son, plus précisément sur la base d’enregistrements de conversations familiales qui, une fois triés et montés, ont défini un scénario. Jouant sur les voix off aux considérations quotidiennes, les acteurs évoluent dans un milieu urbain évoquant le décor d’une anticipation dont le futurisme emprunte autant à l’antiquité qu’aux arts martiaux version Playstation. Le Corso (2008), qualifié de « documentaire animalier en 3D », évoquait une fable mettant en scène des chèvres qui se frottent à la mondialisation en passant par la Tour de Babel et l’économie de marché. Esthétiquement, l’artiste paraissait relever le défi de réaliser une production low tech en ayant entre les mains la meilleure technologie qui soit. Plus récemment, Zaldiaren Orena (2010), proposait la découverte du folklore basque dans une mise en scène historique filmée de manière anachronique par un robot-caméra qui semblait s’être égaré depuis sa conquête de la planète Mars.

L’histoire de France en 3D est stylistiquement voisin du Corso et aussi chronologiquement désorienté que Zaldiaren Orena. Premier opus d’une série, celui-ci est éminemment peu scolaire et révèle une approche non linéaire de l’histoire. Dans un TGV qui effectue le trajet Pays Basque – Paris, Jules Michelet, Roland Barthes et Christophe Colomb discourent sur l’ordre et le développement des richesses au sein d’une société. Ce train, qui laisse la priorité aux joggeurs, construit son réseau au fur et à mesure qu’il avance et traverse un paysage promouvant autant l’agriculture que la société de loisirs. Si l’anachronisme des protagonistes et du voyage peut paraître étrange, c’est en réalité la totalité du film qui transpire l’absurde. Volontairement maladroite, la 3D est gavée d’aberrations : personnages loufoques à l’animation poussive ou ridicule, absence de volume, éléments qui se traversent contre tout bon sens… D’autres acteurs viennent compléter l’univers fantasque : un vol de lys royaux qui devance le TGV, un paysage de fromages géants et animés, un croissant agressif, un renard (à l’allure de hyène) affamé qui cherche 5 francs pour s’acheter des cigarettes… La liste est bien trop longue pour être décrite ici.

L’aspect du film, une production qui expose sans ambages sa facticité, correspond au fond, basé sur une logique de collage. À l’image de la technologie numérique, le film se constitue d’éléments disparates et autonomes qui participent à définir un tout. Bien que très nombreuses et variées (icônes patrimoniales, historiques, économiques et sociétales), la plupart des références restent isolément identifiables. C’est dans leur interaction que la chose se complique. Une difficulté que l’on peut comparer à l’exercice de l’analyse théorique lorsqu’il s’agit de rechercher une objectivité historique ou de manier des concepts à la compréhension parfois toute relative.

Ce travail peut laisser le spectateur sur sa faim, entre amusement et perplexité car, reconnaissant les codes constitutifs au sein de la continuité filmique, il ne parvient pourtant pas à en extraire un message. En dehors de toute prétention éclairante ou obscurantiste, il s’agit plutôt du constat que le flux de la pensée, souvent dispersé, distrait ou composite, a plus avoir avec le domaine de l’absurde qu’avec le domaine de la raison. Mais il est vrai que le projeter du réel au virtuel et d’en livrer un condensé aux couleurs flashy avec une bande-son du type AB production, ça peut faire bizarre.

Hélène Dantic

*_ Tous les termes entre guillemets se réfèrent à des propos de l’artiste.

Visuels Copyright Bertrand Dezoteux 2012.
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