SALLINGER : KOLTES / DESVEAUX AU THEATRE 71, MALAKOFF

Sallinger / Bernard-Marie Koltes / mise en scène par Paul Desveaux /  Théâtre 71, Malakoff.

Après le remarquable Pollock, présenté au théâtre 71 en fin de saison 2011/2012, Paul Desveaux revient sur la scène malakoffiote avec une nouvelle création passionnante et alternative. Encore une fois, le metteur en scène nous fait partager «Une rencontre amoureuse», tel qu’il qualifie le choix de chaque texte. Cette rencontre est aussi sans doute courageuse, faisant dialoguer le théâtre de Bernard-Marie Koltes, et ses riches dialogues avec la langue et l’expression argentines.

L’intérêt, tout actuel, de l’auteur français Bernard-Marie Koltes consiste dans sa volonté de raconter «un désir, une émotion .. n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous.» Sa magie réside entre autres dans la capacité à narrer toute la complexité de la tragédie humaine. Certainement cet auteur nous parle de ce que nous voudrions parfois cacher de notre nature humaine : ces parts que l’on préfère ne pas connaitre ni reconnaitre. Faisant éclater les apparences, l’homme est montré à travers ses aspects les plus sombres, à travers ses angoisses et ses désirs. C’est pourquoi le théâtre de Bernard-Marie Koltes possède une force humaine que le metteur en scène Paul Desveaux a très bien su rendre. Cette force se projette par le jeu décalé et passionné du théâtre argentin. Ces acteurs interprètent le texte avec énergie et passion, offrant des mouvements corporels chargés de folie et de tourment. Nous assistons à des véritables chorégraphies spasmodiques grâces auxquelles la force du texte se dégage par le corps : sublime déclinaison qui s’empare de la parole de Koltes.

Le cadre que nous propose Paul Desveaux semble faire un clin d’œil au cinéma noir des années cinquante, tout en faisant resurgir l’Amérique des années soixante déjà convoquée sur scène par la pièce Pollock, où New York apparaissait comme une ville érotique et dégénérée, mais toute à fait fascinante et créative. Ce choix s’accorde parfaitement avec le théâtre de Bernard-Marie Koltes aux accents cinématographiques. Paul Desveaux joue ensuite avec la notion de vide, sentiment fortement manifesté par les personnages, et que l’on retrouve dans les échos scénographiques faits des pleins et des vides, des cages-containers transformées en foyers familiaux. Les espaces du plateau s’ouvrent et se ferment sous nos yeux tout en créant des endroits où les vies des personnages se consument dans une routine solitaire.

Javier Lorenzo est le Rouquin qui, avec sa mort, ouvre les failles cachées sous les apparences construites par une famille bourgeoise américaine sur fond de Guerre du Vietnam. Voici en quoi réside la proximité des textes de Koltes : ça nous concerne tous ! Les personnages se questionnent sur les relations familiales et les rôles que chacun de nous joue dans le micro-monde famille. Qui sommes-nous vraiment et que représentons nous pour nous-même et pour les autres qui nous entourent? Les questions posées au sein de cette famille sont aussi celles qui nous traversent tous et n’ont pas de temps.

Mais cette pièce parle aussi de la femme et de sa condition au sein de la société bien pensante américaine des années soixante. Sublime, l’interprétation de Ana Pauls, alias Anna, qui a su nous émouvoir avec son désespoir et son ennui. Elle incarne la métaphore de la femme en quête d’une vie à vivre, d’une identité difficile à saisir. Prisonnière d’un personnage qui lui a été imposé, elle boite dans ses chaussures à talons comme si elle était incapable de parcourir le chemin de l’émancipation.

Enfin l’atout de cette belle création est aussi celui d’avoir mis en relief la richesse qui peut ressortir d’une rencontre interculturelle théâtrale, celle d’une mise en scène et d’un texte français contemporains avec le jeu d’acteur argentin.

Cristina Catalano

Photos copyright Carlos Furman

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