LES ENFANTS DE JEHOVAH / FABRICE MURGIA : LA MECANIQUE SECTAIRE SOUS NOS YEUX DENONCEE

Correspondance à Bruxelles.
CREATION : « Les enfants de Jéhovah » / Fabrice Murgia / Cie Artara / Théâtre National/Bruxelles du 20 novembre au 1er décembre 2012.

Nouvelle création de Fabrice Murgia, artiste associé au Théâtre National de Bruxelles, dans un spectacle efficace et onirique, qui évoque la dérive sectaire et la liberté de conscience, inspiré par une lointaine histoire familiale.

« On peut discuter, parler, des actualités, du bébé, de spiritualité … ».

C’est comme cela que sur la scène, une femme, témoin de Jéhovah entre en contact avec une immigrée italienne, qui a perdu son jeune enfant, trop tôt. Douleur d’une mère, un peu seule, en Belgique, quand son mari travaille dur et qu’il rentre épuisé, sourd au désespoir de sa femme. C’est comme cela, qu’ils s’immiscent, par petites touches dans l’intimité de la vie quotidienne, embrigadant la mère, la fille et le reste de la famille. Mais un seul refuse en grandissant, le fils. Il s’enfuit des vertiges de l’endoctrinement sectaire, pour faire sa vie. Un peu mieux, un peu plus vrai, tout en ruptures consommées. Mais les non-dits planent au-dessus des relations familiales.

Fabrice Murgia, jeune auteur et metteur en scène belge (il est né en 1983), s’inspire pour cette pièce d’une expérience personnelle et familiale, pour nous raconter les effets pervers de telles pratiques sectaires. « Les témoins de Jéhovah sont une sorte de couverture pour parler de ces moments de fragilité où un être est tout à coup en prise avec de nouveaux terrains de folie et cherche à se rassurer » explique-t-il. Et de poursuivre, « Les témoins pensent que notre génération connaîtra l’apocalypse et qu’ils seront sauvés. C’est intéressant à mettre en relief pour voir comment un être fragilisé peut percevoir tous les évènements du monde comme une punition. »

En guise d’introduction, le spectateur est pris dès le début à la gorge, par une vidéo d’un enfant racontant face camera, la découverte de l’Amour et son rapport à la sexualité avec une assurance digne des plus grands acteurs non professionnels chers à Pasolini. Nous sommes bien en Italie où, de tout temps, la religion régie la vie et la sexualité des pauvres gens ! Alors, le voyage à travers l’histoire de cette mère italienne peut commencer. Dieu, la mère et l’enfant, la sainte trinité retrouvée et disséquée.

L’enfance est un thème cher à Fabrice Murgia, d’où son questionnement incessant sur la jeunesse d’aujourd’hui, sur la filiation et les origines, dans un nouveau rapport à la société actuelle. Fidèle à son univers particulier, que certain ont pu découvrir lors de sa première création « Le chagrin des Ogres » succès public mérité, en Belgique et en France, Fabrice Murgia entremêle plusieurs récits par l’utilisation réussie de la vidéo, omniprésente dans le spectacle (citons le remarquable travail d’Arié Van Egmond, le créateur vidéo), par des lumières douces et une musique caressant l’imaginaire du spectateur.

On regrettera que le spectacle ne se termine pas sur le visage de Fabrice Murgia, dédiant « cette prise de parole » à son père qui résista à l’endoctrinement et apostrophant le public. C’eut été encore plus fort et émouvant. Dommage !

Cela dit, c’est un magnifique spectacle, où l’âpreté des thèmes et des questionnements se mélangent avec bonheur à l’esthétique proposée, aidé en cela par le jeu vrai et dépouillé, empreint de sincérité des trois actrices que sont Cécile Maidon, Ariane Rousseau et Magali Pinglaut.

Et pour ceux, curieux de la vision des jeunes metteurs en scène européens, rendez-vous avec entre autre Fabrice Murgia au Festival d’Avignon en 2014 pour la première programmation d’Olivier Py. Nous y serons, à coup sûr !

Philippe Maby

Crédits Photos : Bart DeMoor / Théâtre National Bruxelles 2012.

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