ON THE ROAD #09 : Sur la route des scènes alter, en novembre

yazmen

ON THE ROAD (with truck) : La chronique voyageuse de Pascal Salles, scènes musicales alternatives et autres énergies douces au détour des chemins creux et des bistrots de villages… 9e livraison : novembre.

Jeudi 08 novembre

…Le soleil est de sortie et nous aussi, chose rare dans l’après-midi… Notre chemin croise la Fondation Blachère à Apt et ça tombe bien, il y a une expo photo d’artistes sélectionnés lors de la biennale de Bamako… Le thème, «Pour un monde durable». C’est 3 ou 4 œuvres de photographes du Congo, du Burkina, du Mozambique de Guinée ou du Mali qui nous donnent une vision parfois amère mais toujours poétique des atteintes à la nature sur le continent Africain. Ces atteintes étant bien souvent le fait d’un colonialisme économique, il est urgent que les «petits blancs» des pays riches en prennent conscience… Allez voir !

Vendredi 09 novembre

…Comme un écho aux photos vues hier, ce soir, Apt met l’Afrique à l’honneur en invitant Ya’zmen et Sayon Bamba dans la salle des fêtes de la ville… Nous arrivons juste à l’heure, pour une fois, ce qui nous permet de prendre le temps de manger un mafé et quelques accras dans la baraque de Saf Sap (super mafé, plus d’expectatives pour les accras)…  Malgré ça, nous ne sommes toujours pas en retard alors on prend une bière. Ca y est, le concert peut commencer. La première partie est assurée par les Ya‘zmen. Rencontre de musiciens Algériens et Marseillais qui d’entrée nous envoient avec énergie un Afro-Bled jazzy. Superbe ! De la couleur, des mélanges, de la fête, de la joie de vivre, de la fierté de représenter si joliment cette diversité qui a du mal à entrer dans la tête des schmidt de base… Merci les Ya’zmen, continuez !  Et vous bougez vous pour aller les voir !

Ensuite ?

Ensuite, entre en scène la belle Sayon Bamba, Guinéenne. Une partie des Ya’zmen reste en scène pour l’accompagner elle et ses musicos attitrés… ça sent la jam session. La couleur musicale et franchement plus «sub-saharienne» avec la kora et les percus. Chaud.

La dame, au travers de ses textes qui parlent de la vie de tous les jours… L’excision, la polygamie, les mariages forcés, la pauvreté et autres joyeusetés ; nous fait passer malgré les sujets un moment de grâce. Merci madame Bamba.

Bon, il est où le râleur qui se cache derrière cette rubrique ? Le râleur, il est après le public. Merde, les artistes que j’ai vu ce soir ne méritent pas ça ! C’est vrai, il y a des chaises, loin, loiiiiiin de la scène… Mais ce n’est pas une raison pour y rester assis à l’abri. A l’abri de quoi ? De vos pieds qui risquent de bouger, de la sueur des autres, des rencontres, de la vie ? Vous aviez fait le plus dur ! Quitter TV et canapé pour une soirée. Vous auriez pu participer aussi… La prochaine fois ? OK, je vous fais confiance.

Samedi 24 novembre

… On change de monde… Bacci à l’Afrique, ce soir, les Passagers du Zinc programment Didier Super et Les Ogres de Barback. Alors Didier, il est égal à lui-même. Certains diront «super» et d’autres «nul à ièch». Trois bons quarts d’heure de blagues pourries, de chansons massacrées à la guitare, de textes oubliés, de vannes envers le public, les organisateurs, la gauche, la droite et tout ce qui bouge encore. Pas facile comme exercice… J’ai jeté un coup d’œil, le bar est désert, dehors personne… Il est donc capable de scotcher une salle pleine pendant presque une heure. Pour vous je ne sais pas mais pour moi c’est un signe.

La suite c’est les Ogres de Barback. Rien de nouveau sous le soleil, des morceaux connus, une mise en scène peut être pas très inventive mais qui existe quand même et des musicos qui tiennent la route. Je qualifierais ça de petit concert tranquille. Pas de surprise, ni bonne ni mauvaise. Ils font leur taf.

Mercredi 28 novembre

… Soirée évènement à la Gare Coustellet. Ne me demandez pas comment ils ont fait mais ce soir, unique date dans le sud de la France, il y a Spain, groupe Rock indépendant Américain éclos au milieu des années 90. Alors Spain, c’est avant toute chose Josh Haden, progéniture de papa Charlie, héro du Free Jazz avec Keith Jarret… Le fiston a sorti trois disques avec la formation Spain avant de la dissoudre et revient avec une nouvelle galette et trois nouveaux musiciens. Maintenant que j’ai étalé ma science je peux parler du concert. Comme aujourd’hui il y a eu de la neige sur la France, ils arrivent alors que la salle est déjà pleine de monde qui attend depuis au moins une heure en s’enfilant des bières au bar. Ils déchargent le matos vite fait, branchent et jouent. Nickel, c’est le côté cool des pros, ils assurent en toute circonstance. Pour ce qui est de la musique qu’ils proposent, ça reste dans leur trip. Lent à la limite du mou, minimaliste, joli, propre et mélodique. D’autres auraient dit hypnotique, vertigineux, romantique… Chacun son style cousin. En tout cas, n’hésitez pas à aller vous faire une idée par vous-même.

Vendredi 30 novembre

… Back chez Mr Brown. Ce petit malin nous appâte avec une affiche dont il a le secret. Scarecrow et Ubayan Crew.

Les petits jeunes d’Ubayan Crew sortent gonflés à bloc d’une résidence d’artistes au centre René Char de Digne les Bains (Ils programment des trucs aussi là-bas… On ira voir et on vous dira le mois prochain).  Formation minimaliste, une console et deux tchatcheurs. Rien de supersonique, mais une envie d’être sur scène, de partager et de faire bouger les pieds du public. Après un début de set où ils cherchent apparemment leurs repères, ça décolle et ça le fait. Ne vous privez pas de passer une soirée avec eux si vous en avez l’occasion.

Une bière, une clope et la Mr Brown a changé le plateau. Magique.

Scarecrow sont en scène. Brouhaha normal dans la salle. Ils vont mettre à peu près une minute pour le faire cesser… Juste le bourdonnement lancinant d’une corde de dobro qui vibre et claque. Et quand le dernier bavard se tait ça démarre. WOW à fond les manettes. Excellent blues des années 20 roots et fiévreux augmenté des scratchs hip hop énervés d’un petit gars électrique. Ils ont mis environ dix seconde pour subjuguer le public du K’Fé Quoi et l’embarquer sur toute la durée de leur set. Tout y est, la technique, le charisme, les voix, les textes. D’où ils sortent ces mecs ? Ben ils sortent de Toulouse, tournent un peu partout et devraient tourner encore quelque temps je pense. Alors si vous suivez ne serait-ce qu’un seul de mes conseils, ça doit être celui-là. Allez les voir !

Et pour finir ce mois de novembre, juste un petit coup de gueule…

Vous avez entendu parler du label SMAC ?

Le label SMAC (Scène de Musiques Actuelles Territoriale) est un label du Ministère de la Culture soutenu par les collectivités territoriales en direction d’un projet de coopération dédié au développement des musiques actuelles sur un territoire… C’est beau comme de l’antique hein ? Et ben le territoire dont je cause c’est le Sud Vaucluse… Avant, la vie était simple par chez nous, il y avait la Gare Coustellet, le Grenier à Sons et l’Akwaba. Trois lieux qui, bon an mal an, se débrouillaient pour proposer une programmation musicale cohérente et complémentaire… Concerts vendredi et/ou samedi… Pas toujours géniaux mais ça drainait un public. Oh pas forcément un public énorme, mais un public de proximité. Heureusement Mme SMAC est arrivé avec sa coopération et son partage de subvention qui va avec…

Le Grenier à Sons est mort. Ce fut la première victime… Bigre, la Gare et l’Akwaba s’associèrent à Freeson pour survivre… Que croyez-vous qu’il arriva ?

Freeson se chargea de l’évènementiel, son fonds de commerce (concerts et festoch à la carte). Akwaba les concerts commerciaux, vous pensez, une jauge de 400 spectateurs payants. Et la Gare Coustellet la promotion de groupes de jeunes de la région au travers d’ateliers de scènes pour les formations naissantes du coin ou les centres d’aide par le travail avec des concerts gratuits…

Cerise sur le gâteau, et sujet ultime de mon ras le bol, la Gare voyait la possibilité de dynamiser le coin en proposant des concerts gratuits les mercredi soir d’été (jour du marché paysan de Coustellet) pour que les touristes Parisiano-Lubéronesque-branchouillés puissent venir prendre l’apéro en musique sur leur lieu de villégiature !

C’est pas beau la planification de la culture par d’obscurs énarques d’un cabinet ministériel ?

Allez, juste pour illustrer, de septembre à décembre, le programme de concerts du collectif Akwaba, la gare et Freeson, c’est 12 dates pour Akwaba, 5 (dont 4 gratuites) pour la Gare et un festival à Marseille pour Freeson… Eh la gare, quand c’est gratuit c’est que ça ne vaut rien !

Heureusement, il reste des Mr Brown, le bocal de l’Assos, le café Pro, la Cimenterie et d’autres pour se démerder sans bouffer dans la main des centralisateurs planificateurs d’émotions. Ils vivent peut être chichement mais ce qu’ils ont c’est à eux ! La morale de l’histoire, c’est qu’à vouloir à tout prix la reconnaissance officielle, on risque de perdre de vue ses objectifs premiers.

A bon entendeur… En attendant, comme toujours, sortez-vous bien.

Pascal Salles

sayon bamba

scarecrow

Photos Pascal Salles : 1/ Ya’smen 2/ Sayon Bamba 3/ Scarecrow / Copyright P. Salles / Inferno Magazine 2012

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