CARNETS DE TEL AVIV : COLETTE LEINMAN, PEINTRE ET POÈTE, CREUSE DANS L’ERRANCE.

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CARNETS DE TEL AVIV #6, par Sabine Huynh.

Colette Leinman a quitté la France à l’âge de dix-huit ans et vit depuis en Israël. Elle a exposé dans de nombreux pays et est l’auteur de deux magnifiques recueils de poésie : Des comme si à croire et à rêver, et Ce qui reste d’écorce (tous deux parus chez L’Harmattan, respectivement en 2007 et en 2008). Elle a aussi été publiée dans l’anthologie poétique de voix féminines contemporaines francophones pas d’ici, pas d’ailleurs (éditions Voix d’encre, 2012). Un ouvrage réunissant des reproductions, des poèmes et des textes critiques sur son oeuvre paraîtra prochainement sous le titre Généalogie des n’Hommades (Le Scribe-L’Harmattan). Elle a rédigé une thèse de doctorat sur les catalogues surréalistes (à paraître) et poursuit des recherches sur le visuel et le verbal à l’Université de Tel-Aviv (groupe ADARR).

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Exploratrice en série des possibilités d’errance-découverte dans la création, profondément humaniste, de nature audacieuse et curieuse, Colette Leinman ne passe à côté de rien sans s’arrêter, s’interroger, essayer de voir plus loin, de saisir ce qui ne s’offre pas immédiatement à l’oeil. Elle aime à répéter que Colette kolétète, ce qui en hébreu signifie « Colette saisit, comprend le fond des choses », mais pour y arriver, elle doit creuser, questionner, se remettre en question perpétuellement, et s’étonner sans cesse aussi, pour mieux se connaître : une recherche fondamentale, car en se connaissant on connaît également les autres, ceux avec qui l’on vit et avec qui l’on est lié par le fait même d’appartenir à l’humanité. « Je cherche au plus près / du sol / pour le geste / je creuse » (Ce qui reste d’écorce, p. 62. N.B. : dans cet article, le recueil sera désigné par les initiales CQRDE).

Quand un artiste peint poétiquement, absorbé par cette tâche complexe d’inclusion constante et de recherche, à la fois dans soi et sur soi, dans le monde et sur celui-ci, il est difficile de cerner son oeuvre au plus près. Mais nous avons les poèmes de Colette Leinman : les clefs de son oeuvre picturale s’y dévoilent subtilement, même s’il faut savoir qu’elle a tendance à frôler l’aphasie quand elle prépare une exposition : « Je ne peux plus m’exprimer avec les mots quand je m’exprime avec les couleurs, c’est comme si les mots ne devaient pas interférer ».

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Étant donné cette réflexion intense sur elle-même, inscrite fortemement dans sa peinture et ses écrits, le travail de Leinman est autobiographique. Il nous touche énormément, nous parlant de l’artiste autant que de nous-mêmes. Montaigne n’avait-il pas écrit que « qui se connaît, connaît aussi les autres, car chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition » (Essais) ? « Toute oeuvre est autobiographique d’une certaine manière, à un certain moment », dit Leinman, qui, depuis des années, travaille sur les mêmes séries de tableaux : la série « angle », mais aussi celle des « abstraits » (ou des « méridiens », des « traits »), des « relations texte-image » et des « n’Hommades ». Il s’agit de thèmes qui la passionnent, la fascinent, l’obsèdent même, et dont elle dévide le fil pour tisser en couleur une trame provenant de son esprit constamment en éveil et à l’écoute de son temps. Cet « embrouillamini de traces », ce « nuage de filaments » (dont parle Jacques Dupin dans Tiré de soie).

« Les séries, c’est la même chose que les traits, d’abord ça me permet de creuser la chose, d’expérimenter. Je prends un élément et je le creuse. Les séries constituent un laboratoire. Je veux savoir, je veux comprendre, voir ce qui se passe là-bas, m’approcher du feu pour voir si ça brûle. Je vais jusqu’au bout des choses, pour vérifier ce qui se passe, voir comment ça bouge… ».

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La série « angle » présente des maisons-livres, des maisons-lumières. L’un des tableaux de cette série a été acquis par le musée d’Israël (Jérusalem). Elle se trouve à la genèse du travail de peintre de Colette Leinman :

« Je suis partie de la structure d’une maison, elle s’est développée et elle a explosé dans l’espace. À l’arrivée elle est décomposée, déconstruite en quelque sorte. Cela ressemble à des maisons, mais chaque élément peut vivre indépendamment, alors qu’ils sont en relation, c’est sans fin et c’est ce côté-là qui m’intéresse. Cela ressemble aussi à des collages, mais ce ne sont pas des collages. J’aime jouer avec cette ambiguïté ».

Il n’est pas étonnant d’apprendre qu’il arrive à Leinman de sculpter, car cet art, qu’elle considère comme complémentaire au dessin, et auquel elle aurait aimé pouvoir s’adonner davantage, demande à l’artiste de « savoir effacer, / ajouter, / reposer » (CQRDE, p. 46). Elle avoue aimer « la présence de la matière, le côté sensuel, le rapport au monde physique ». Elle possède des cahiers remplis de projets de sculpture qu’elle n’a pas encore réalisés. Ccependant, elle est heureuse de les avoir dessinées, d’en avoir laissé des traces, « parce qu’elles sont possibles ».

La toute première exposition du travail de l’artiste, à la fameuse galerie Tiroche en 1990 (les premiers tableaux de la série « angle »), a été une surprise pour tous, y compris pour Leinman elle-même, qui dit, avec la modestie qui la caractérise, ne s’être fait aucune illusion :

« Le soir du vernissage de mon exposition se déroulait aussi le vernissage d’une exposition de la très grande artiste israélienne Lea Nikel dans une galerie voisine. Par chance, les gens qui sont venus voir son travail sont aussi venus voir le mien. Le lendemain j’étais dans les journaux. J’ai eu cinq articles. Six tableaux sur neuf ont été vendus. Je n’ai rien compris. On m’a sollicitée pour une interview à la télévision et je n’y suis même pas allée. Je n’avais pas pris ce qui m’arrivait au sérieux, je n’avais pas assez de maturité pour comprendre sans doute. Tout était arrivé tellement vite. Puis il y eut l’attente. Les gens en voulaient davantage, ils attendaient la suite, alors comme j’aime m’étonner, j’ai fait quelque chose de complètement différent ».

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Dans les tableaux de la série des « abstraits », la tension est amenée par un fond d’apparence chaotique qui suggérerait l’infini, et la présence insistante des lignes, « les méridiens », qui se répètent de façon régulière, et contribuent à unifier l’ensemble. « Le sens du toucher où se déplacent les pluies / obliques / faites d’un trait, d’un autre et d’un autre… » (CQRDE, p. 31). Grâce au patient grattage et creusement dans la toile et les couches de peinture, cet infini porte en lui l’ordonné.

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D’autres tableaux sont constellés de taches sombres dont l’examen révèle des personnages occupant activement l’espace de la toile : baptisés les « n’Hommades » par l’artiste (nom, homme, nomade…), ils sont l’humain et tout ce qui est humain. Ils peuvent apparaître soit comme de minuscules êtres qui semblent perdus dans l’immensité, soit comme d’immenses personnages qui occupent tout l’espace de rouleaux longs et étroits. Même s’ils ne sont pas sans rappeler les figures et les hommes qui marchent de Giacometti, Colette Leinman insiste sur les différences entre ces derniers et ses n’Hommades :

« Peindre les n’Hommades c’est travailler sur l’épuration de la ligne, arriver à l’essence de l’être, m’intéresser au mouvement. Or, les figures de Giacometti sont dans un arrêt, elles sont immobiles. Dans les formes que je choisis, il y a quelque chose de plus sensuel, de plus souple, mais aussi quelque chose de l’intérieur qui pousse vers l’extérieur, qui essaie de sortir. Il y a du relief, même sur le papier. Giacometti n’aurait jamais fait ça : un gros pied, un ventre qui ressort vers l’arrière… Les n’Hommades sont pleins à craquer d’eux-mêmes, ils sont d’une grande richesse, emplis de leur vie, ils ne sont pas fragiles ».

À l’heure de la rédaction de cet article, la dernière exposition en date de l’artiste s’est déroulée à la galerie N&N Aman de Tel Aviv en juillet 2012. Elle s’intitulait « Footprints in the lanscape », « traces dans le paysage ». Le thème de l’exposition, le nomadisme, central à l’existence et au travail de Colette Leinman, est à ses yeux une métaphore de la condition humaine. L’ensemble de son travail tisse des liens étroits entre la création et l’exil.

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Les n’Hommades vont, traversent, bougent, errent, s’envolent, chutent, sautent… « Il va, il court, il cherche. Que cherche-t-il ? », demandait Baudelaire dans Le Peintre de la vie moderne. Malgré cette formidable agitation de l’air qui pourrait faire croire à de l’instabilité, des « réseaux » les relient entre eux, en tant que « maillons d’une même chaîne humaine », et en tant que nomades responsables, ils laissent des traces de leur passage, de leur existence, de leur façon d’être dans le monde.

« Ce sont des arbres qui marchent, portant leur radicelles à bout de bras. Le nomadisme coule dans leur sève, il est leur gène commun, ainsi que leur ancrage intérieur. Ainsi, ils sont forts malgré l’errance, grâce à une colonne vertébrale supplémentaire, et un centre de gravité avec lequel ils se déplacent ».

Leinman rassemble dans ses tableaux et ses textes les n’Hommades dispersés.

saisons

il ne bouge pas
mais jamais vraiment immobile
s’occupe
de ce qui le disperse

dans le jour apprivoisé
il dépose

des traces
de petits miracles
comme le sont les graines délivrées

(CQRDE, p. 86)

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Colette Leinman est juive, une partie de sa famille a disparu dans les camps nazis. Elle a conscience de faire partie d’un « peuple en danger », d’héberger en son sein un sentiment de « précarité », ainsi qu’un passé qui n’est pas le sien. Elle dit ne pas vouloir de cette « responsabilité, livrée avec ton prénom, avec tes prénoms, mais c’est ainsi, et tout ce qui est difficile à porter, je m’en sers comme une force ». Les n’Hommades forment l’humanité tout entière, pas seulement le peuple juif, car selon Leinman,

« il n’y a pas de « Juif errant », tout le monde est errant, même s’il est vrai que l’hébreu, c’est l’errance aussi. Mettre l’errance sur l’autre, c’est s’en débarrasser sur l’autre, c’est très pratique, mais il faut accepter qu’il s’agit de là de la condition humaine, malgré ce désir si grand de dire qu’on a des racines ici ou là. Moi je n’en avais pas, pas de grands-parents à la campagne, etcetera. Tout ce qui est différent est en surface, tout ce qui nous est commun est en profondeur ».

Elle peint comme elle nomadise, dans une recherche perpétuelle, dans l’impulsion de la découverte, de l’émerveillement, de l’expérimentation ; là sont les enjeux véritables de son travail de créatrice de mondes : « Croquer / ce n’est pas une coïncidence, / un nu / trois pommes / une asperge » (CQRDE, p. 32). Elle utilise des peintures qui ne sèchent pas, ou qui mettent longtemps à sécher. Cela fait autant écho à cette précarité qui occupe ses pensées qu’au désir de faire durer l’instant présent, « la qualité du moment qui passe, qui ne revient pas, et qui laisse une trace », et qu’il faut creuser. Elle peint généralement sur papier, et précise que « c’est comme une forme de modestie ». Elle ajoute que,

« le papier, c’est très précaire, cela ressemble à l’idée que je me fais de la vie, de ce passage. Ce n’est pas le hasard qui dicte sur quoi je peins ou ce que j’utilise. Quand je vais travailler, j’endosse des vêtements de travail, par sentiment d’humilité par rapport à ce que je vais faire. Je fais table rase de tout le reste. Je ne veux pas avoir de statut en faisant les choses. Je suis nue en quelque sorte ».

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Elle évoque La Nuit remue, d’Henri Michaux, qu’elle trouve extraordinaire. Michaux, qui lui aussi a creusé, sans répit, « infatigué »… mais là où Michaux creusait pour défoncer à coups de pic la nuit d’obstacles dans laquelle il se sentait limité, Leinman creuse avec discernement, avec passion et solidarité, jamais détachée de ses préoccupations pour son prochain, et non pas pour abattre ce qui la limite dans sa liberté, mais pour mieux le comprendre et le dépasser. Colette Leinman creuse pour établir un dialogue, des rencontres et des réseaux, au sein d’un imaginaire où tout est possible.

L’humain, toujours présent, peuple ses toiles sous la forme des n’Hommades, mais aussi sous la forme du recommencement, à savoir avec les grattages successifs. Ce creusement est de l’ordre du palimpseste et fait de l’oeuvre picturale de Leinman un travail s’apparentant à l’écriture :

« Je gratte, j’enlève, j’efface, je recouvre d’une couche, je cherche le moment où il y aurait le moins d’écart entre moi et le dessin que je fais, le moment où je peux dire : c’est moi là, voilà, c’est moi ».

Approcher son être au plus près, « et gommer / l’écart / jusqu’à l’entendre comme si on entendait / une musique (très douce) blanche » (CQRDE, p. 27).

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De plus, creuser, gratter, effacer et recouvrir, pour découvrir, trahissant l’amour de l’étude et de la recherche de la vérité, consiste aussi et surtout à effectuer des métamorphoses. « Il faut changer d’anatomie / pour rester dans la peau des choses / se redoubler de contours réinventés / et tenaces / de racines dans l’air » (CQRDE, p. 67). Pour Leinman, c’est ce qu’il y a de plus important dans la peinture : la possibilité de renouvellement que nous offre le pouvoir de l’imagination, celui d’inventer des mondes. Les gestes du peintre constituent toujours à la fois un acte de création et une réflexion sur la création :

« Tout travail de peinture et d’écriture est un travail de transformation. Travailler sur la matière c’est transformer. Quand tu as une image mentale, tu as une idée qui n’existe qu’en toi et nulle part ailleurs, et tu peux mettre cette idée sur papier, c’est extraordinaire. Tous les brouillons des tableaux précédents sont dans le nouveau tableau. Tu as rajouté au monde quelque chose de réel qui est venu de ton monde intérieur à toi.

Pour certains, créer c’est faire concurrence à Dieu car tout est censé être parfait, sans qu’il n’y ait rien à rajouter, créer serait donc de l’arrogance. Moi je trouve que c’est le contraire puisqu’à mes yeux, créer c’est être au plus près de Dieu et de son image, c’est ça, être artiste. C’est un acte d’amour et en cela je retrouve les surréalistes, dans cette idée que créer est un acte d’amour, un acte érotique, tout ce que tu veux. Ce qui compte c’est d’apporter quelque chose au monde ».

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Nous revenons à cette idée de laisser une trace, chère à Leinman, pour qui la transmission est essentielle. Laisser sa pierre pour participer à la construction permanente du monde, devoir de mémoire et devoir de vie également, car la source de la vie est dans le renouvellement, qui s’effectue dans l’instant présent. Dans cette optique, Colette Leinman est aussi une grande « récupératrice ». En effet, elle « recycle » des matériaux pour ses oeuvres : notamment d’anciennes affiches, des photographies, des morceaux de bois, de fils de fer, mais aussi des articles datant de l’époque du IIIe Reich (timbres à l’effigie d’Hitler, cartes postales écrites par des officiers SS et envoyées aux membres de leur famille dans les années quarante…). « On peut faire voler plein de choses bizarres / un ballon / un cerf-volant / une montgolfière / un fer à repasser » (CQRDE, p. 52). Elle transforme ses trouvailles pour les intégrer à des peintures et des collages fascinants. Ce goût qu’elle a pour établir des liens entre « des choses qui n’ont apparemment rien à voir ensemble », dans un « besoin de rattacher, d’ajuster, pour ne pas être perdue », délivre le visible, pour reprendre la formule d’Yves Bonnefoy, et donne corps à ce qu’elle voit : « De l’espace boulimique / du trop plein / qui remue / au-dedans des choses (contre le vent) » (CQRDE, p. 18).

taviv 12

L’esprit et le regard de Colette Leinman, peintre et poète, sont tendus entre les pôles de la mémoire et de la recherche, entre le subjectif de la solitude et l’objectif du monde extérieur, passé à travers le tamis de la subjectivité de l’artiste, dans un va-et-vient incessant, productif, nécessaire, vital, dont le centre est le moment présent. Leinman se considère comme marginale dans la mesure où elle se place « à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du monde », et c’est ainsi, en suspens, qu’elle nous ouvre les yeux sur « l’étendue des possibles » (Colette Leinman dans pas d’ici, pas d’ailleurs, p. 29).

Sabine Huynh, Tel Aviv, décembre 2012.
www.sabinehuynh.com

Le site de Colette Leinman : http://www.coletteleinman.com/

 

 

Visuels : /1 : Colette Leinman dans son atelier © Sabine Huynh /2 : C. Leinman dans son atelier © Sabine Huynh /3 : C. Leinman dans son atelier, avec « Landscape », 2012 © Sabine Huynh /4 : « Le 8e angle », 1990, Musée d’Israël, Jérusalem © Avi Amsellem /5 : « 18e méridien », 2003 © Shuki Kook /6 : « Ekphrasis », 1999 © Avi Amsellem /7 : sans titre, 2012 © Daphné Pulliat /8 : « Histoire de K », 1998 © Avi Amsellem /9 : C. Leinman dans son atelier © Sabine Huynh /10 : sans titre (série « bois », détail) © Sabine Huynh /11 : sans titre (série « Yad Vashem »), 1995 © Sabine Huynh /12 : « Les Survivantes », 1998 © Shuki Kook.

Vidéo : Colette Leinman, « Généalogie d’un tableau » Par Sabine Huynh

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