MUSIQUE IMPROVISEE, UN EXEMPLE EUROPEEN : UMLAUT RECORDS

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« Umlaut Grocery »/ 4ème édition du festival Umlaut Paris présentant des musiciens improvisateurs issus du label Umlaut Records ainsi que des invités du 7 au 9 Décembre à l’atelier Polonceau Thomas-Roudeix, 47 rue Polonceau 75018 PARIS Métro Barbès.

L’événement que nous ont proposé ce week-end les musiciens d’Umlaut en est aujourd’hui à sa quatrième édition. Non pas un mini-festival comme le précise leur carton d’invitation mais une « grosse série ». Il se veut la vitrine festive des activités du jeune label de musique improvisée Umlaut Records. C’est Joël Grip, contrebassiste né à Stockholm qui en fut le fondateur en 2005. Il est également l’initiateur et le co-organisateur du festival Hagenfesten Art-Flow in Dala-Floda (Suède) et de l’ONG Public Health Music (amplifiant la voix des sans-foyers).

Au gré de ses nombreux voyages, Joël Grip a d’abord multiplié les rencontres musicales avant de décider de venir s’installer à Paris en 2009. En cours de route, une famille musicale s’est créée à travers la Suède, l’Allemagne et la France.. C’est donc à Paris qu’il s’est associé avec de jeunes artistes aux personnalités très affirmées, fortes de formations parfois académiques, qui leur ont donné à tous une solide maîtrise instrumentale. Ils font montre d’une parfaite polyvalence entre répertoires écrits et improvisés. Ainsi, commencent-ils à sortir leurs premiers disques ensemble sur le label suédois Umlaut Records.

Mais devant la difficulté pour eux de trouver des lieux décents pour jouer leur musique, Joris Rühl, Eve Risser, Pierre Antoine Badaroux, Antonin Gerbal, Sébastien Beliah et Joel Grip décident de fonder un bureau d’association Umlaut à Paris. Ils ont alors la chance de rencontrer leur futur mécène Bernard Thomas Roudeix, artiste peintre qui leur prête le sous-sol de son atelier dans le 18ème arrondissement.

C’est un outil plus que précieux puisque c’est à partir de là qu’ils peuvent en toute autonomie organiser des séries de concerts et programmer des sessions d’enregistrement. Les échanges avec la scène improvisée suédoise continuent dans le même temps et viennent s’enrichir ensuite d’un troisième pôle créé à Berlin par Pierre Borel, Hannes Lingens et Florian Bergmann.

Ainsi verra-t-on se dessiner à ce moment là une véritable triangulation transnationale. Et c’est là que l’aventure est pour l’observateur comme pour le public réellement enthousiasmante. Car si l’Europe a accueilli souvent des musiciens de free jazz, venus chercher une attention nouvelle, si depuis les débuts de ce qu’on a appellé la musique improvisée européenne, on a pris l’habitude de voir les figures tutélaires de ce mouvement, Peter Brötzman, Evan Parker, Derek Bailey ou Han Bennink franchir les frontières, si les différentes esthétiques, des plus radicales au plus ouvertes, ont pu s’exprimer tout en créant une communauté de pensée (souvent libertaire) et si l’on a a vu enfin bien plus récemment, certains musiciens français tels que Noël Akchoté ou Marc Ducret s’exiler en Autriche ou au Danemark (créant ainsi de nouveaux échanges de territoire), on n’avait jamais vu encore à notre connaissance, des musiciens se doter d’un outil aussi nouveau et qui répond aussi pertinemment aux enjeux contemporains.

La question de la circulation de l’œuvre et de sa diffusion est centrale. Ces musiques ne peuvent se contenter d’une réception aussi réduite sur leur propre territoire. En effet, le réseau des salles n’est que rarement capable de supporter la notion de risque et a fortiori celui de la musique improvisée qui ne peut promettre un objet fixé, communicable et qui avec une couverture médiatique quasi nulle, est toujours restée une musique souterraine. Mais même si cette scène survit malgré tout, à l’écart des modèles économiques dominants, pour nombre de jeunes musiciens de la scène improvisée et jazz d’avant garde, le salut se trouve nécessairement ailleurs. Umlaut y apporte donc une réponse inédite grâce à cette plateforme de trois pôles frères (constitués en entreprises en ce qui concerne Berlin et Stockholm) qui peuvent ainsi mutualiser leurs réseaux de distribution. Rajoutons tout de même que ce fonctionnement est d’abord le fruit d’une ambition et d’un goût du partage propre à la musique improvisée. Umlaut réactualise finalement une tradition ancienne du voyage qui fut monnaie courante à l’époque baroque. Les membres ne manquent pas d’ailleurs de faire le pont avec cette tradition (à travers un groupe comme « Fenêtre Ovale » par exemple).

Les collaborations artistiques sont multiples et peuvent travailler des influences différents, allant de la musique ancienne aux musiques contemporaines. Chaque pôle est responsable dans sa ville d’un temps fort qui permet de présenter l’ensemble des artistes du label, sous la forme d’un festival et d’y jouer également un rôle de curateur. Chaque année des groupes amis ou précurseurs y sont invités à partager la scène.

Ainsi cette année, on aura pu y voir :
Vendredi 7 décembre, Pierre Borel (sax) et Joel Grip (contr) en duo, précédés par Christine Abdelnour (sax) et Ryan Kernoa (guitr élec.). La soirée s’est terminée par un bal avec les doux dingues « Chiens Huilés », respectivement, Giani Caserotto (guit), Elie Duris (batt), Geoffroy Gesser (sax), Louis Laurain (trpt), Benjamin Dousteyssier (sax) et Fidel Fourneyron (chant) qui ont mené la soirée jusqu’à très tard dans la nuit aidés par des vins naturels des meilleurs crus !

Samedi 8 décembre, nous avons assisté à la première réunion en concert, aussi étrange que cela puisse paraître, des cinq membres de Umlaut Paris qui n’avaient jusque là jamais joué tous ensemble ! Eve Risser (piano, objets), Joris Rühl (clar), Pierre Antoine Badaroux (sax alto), Antonin Gerbal (batt) et Sébastien Beliah (contr) nous ont donné un des plus beaux moments du festival. Chacun portant une grande attention à l’espace sonore, sans volontarisme, ils savent laisser émerger patiemment de subtiles associations de timbres.

La deuxième partie fut embrasée par le free rock furieux de « Zinc », respectivement Jean Sébastien Mariage (guit), Jacques Di Donato (batt) et Frédéric Galiay (basse élec.).

Enfin, la dernière soirée du Dimanche 9 décembre fut inaugurée par une performance de Marc Baron « les Impasses de la mesure » et fut conclue par un trio à l’esthétique fervente et free jazz de Anthonin Rayon (rhodes), Benjamin Duboc (contr) et Philippe Gleizes (batt).

L’année prochaine, la nouvelle édition du festival devrait se tenir en Décembre et proposer une programmation franco-berlinoise en deux temps, l’un à Paris, l’autre à Berlin.

Sylvain ELIE

SITE : http://www.umlautrecords.com/
VIDEO : https://vimeo.com/42071985

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