ENTRETIEN : DESIRE DAVIDS, CHOREGRAPHE SUD-AFRICAINE

collection privée

ENTRETIEN avec Desiré Davids, chorégraphe sud-africaine / Festival INSTANCES 10e édition / Chalon sur Saône / Décembre 2012.

Maya Miquel Garcia, pour INFERNO: Bonjour Desiré, je souhaiterais vous poser quelques questions sur les conditions de vie des artistes en Afrique du Sud. Vu d’Europe, le contexte social de l’Afrique du Sud semble très tendu. Votre société nous apparait très fragmentée et très violente. Cependant, les artistes sud-africains ont une énergie surprenante. Je m’interroge sur le prix de cette liberté. L’état sud-africain ne promeut que très peu la culture. Pouvez-vous me décrire concrètement les conditions matérielles de votre travail de création ?

article_11085_2_0[1] Desiré Davids : En effet, les compagnies  professionnelles sont très peu aidées par le gouvernement. Beaucoup d’argent est employé à l’enseignement, ce qui permet à des communautés désavantagées auparavant d’avoir accès à l’éducation et à la formation. Sur cet aspect-là, nous n’avons pas de difficulté. Mais il y a un déséquilibre : si les compagnies professionnelles et les artistes établis ne sont pas soutenus, où les étudiants vont-ils pouvoir travailler en sortant de leur formation ? On reproche souvent aux artistes de quitter le pays, mais ils n’ont pas assez de moyens pour créer ici. Même pour ceux qui ont la chance d’obtenir une aide, celle-ci n’est pas accordée sans contrepartie. Bien sûr j’aimerais travailler plus dans mon pays…mais à quel prix !

Je pense que de par notre histoire, nous, les artistes sud-africains avons toujours « trouvé des combines » pour créer. Je n’ai par exemple pas de lieu de répétition fixe, pas d’espace de création. Mais, je ne suis pas une exception. La majorité des artistes négocient comme ils peuvent et arrivent à trouver des lieux de création pour le temps d’un projet. J’ai de très bonnes relations avec le département de théâtre de l’Université du Kwazulu Natal et je suis souvent autorisée à utiliser leur espace quand il est disponible. Le reste du temps, si je n’ai pas de budget de coproduction ou d’aide financière pour louer un espace, je crée à la maison. Je déplace mes meubles. Je travaille comme cela pour la plupart de mes créations.

M MG : Parvenez-vous à être vue et comprise dans votre pays ?

DD : Oui, je parviens à être vu dans mon pays, mais pas assez. Comprise ? Ca c’est toujours une question délicate…

M MG : Aristote a dit que « l’homme est par nature un animal politique ». J’ai le sentiment que cette affirmation est particulièrement vraie en Afrique du Sud. Dans toutes les créations sud-africaines que nous voyons ici, la question de l’identité est omniprésente et toujours liée à une dénonciation d’ordre politique. L’identité de l’artiste semble être toujours impliquée dans un combat, un jeu dangereux avec les limites et les frontières. Ce lien entre l’identité et la politique est-il imposé par la réalité quotidienne ? Est-il possible d’exister en tant qu’artiste en dehors d’un combat politique en Afrique du Sud ?

DD : L’Afrique du Sud est une très jeune démocratie. L’histoire de l’Apartheid coule toujours très profondément dans nos veines. Nous subirons encore longtemps les répercussions de ce mal. En tant que Sud-Africain, c’est sous l’Apartheid qu’on vous a dit qui vous étiez et ce que vous étiez. Aujourd’hui, « le monde extérieur » regarde les œuvres sud-africaines avec leurs propres préjugés. Ce n’est pas « assez africain » ou ce n’est pas « assez contemporain ». A l’extérieur, on a toujours un avis sur ce que nous devrions faire ou être. Bien sûr, les artistes peuvent exister en dehors du combat politique. Ceci est un choix et aujourd’hui, nous avons cette liberté de choix.

M MG : Malgré les violences et les souffrances, l’Afrique du Sud est souvent décrite (en France en tout cas) comme un pays ayant un potentiel de développement énorme. Vos pièces sont-elles pour vous un moyen d’exprimer une dénonciation désespérée ou sont-elles au contraire, porteuses d’espoir ?

DD : Mon travail aborde des questions liées à la société sud-africaine, oui, mais il ne s’agit pas forcément d’espoir ou de dénonciation. A vrai dire, je préférerais que mon travail soit vu pour ce qu’il est et rien de plus. Je ne veux pas être catégorisée ou rangée dans une case.

M MG : Géraud Malard vous a invitée à participer à Instances 10 avec l’espoir que cela  vous aiderait à faire entendre votre voix. Pensez-vous que votre participation au festival sera un événement important dans votre parcours ?

DD : Comme toutes les autres occasions de me produire et de montrer mon travail, l’invitation à participer au festival était vraiment bienvenue. Oui, participer à Instancesm’a ouvert de nouvelles opportunités de rencontrer et de travailler avec des professionnels, des artistes et un public complètement nouveau. Cela a augmenté la portée de ma voix et ça c’est toujours appréciable. Monsieur Malard et le l’ensemble de l’équipe du Festival m’ont apporté une grande aide et ont manifesté un respect énorme pour mon travail, et ce respect est totalement réciproque.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Maya Miquel Garcia

Retrouvez toutes les critiques du festival Instances dans notre dossier spécial : https://inferno-magazine.com/category/instances/

321929987_640[1]

Photos DR / copyright Désiré Davids 2012

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives