JOHANNE SAUNIER : MODERN DANCE

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Johanne Saunier : Modern dance / Festival INSTANCE 2012 / Chalon sur Saône.

Modern Dance, créée tout spécialement pour le festival Instances 10 et produite par l’Espace des Arts, est interprétée par Johanne Saunier elle-même, accompagnée de deux danseuses. Sous le regard extérieur du circassien Mathurin Bolze, qui a accompagné les choix chorégraphiques de Johanne, le trio se lance dans un marathon de danse tout à fait contemporain. Dans une arène délimitée par un élastique, elles dansent (jusqu’à) l’épuisement, quoi qu’il leur en coûte.

Découverts en France grâce au film de Sydney Pollack, On achève bien les chevaux (69), ces concours, apparus aux Etats-Unis pendant la grande crise des années 20 et 30, sont vites devenus une véritable mode. La règle était simple : danser le plus longtemps possible, ne pas renoncer, et tenir plus longtemps que les autres, parfois uniquement pour être nourri et chauffé durant la durée du concours. Un divertissement qui était aussi lutte pour la survie d’une part, spectacle de la misère des autres et de leur épuisement d’autre part.

Comment montrer cela dans une pièce qui ne dure qu’une heure ? A l’idée de marathon, Johanne Saunier a associé celle des pieds en mouvement. « Avoir les pieds en mouvement tout le temps, quoi qu’il arrive. » De ce principe simple naît une chorégraphie de l’endurance et de l’épuisement, parce que dans ces conditions, une heure, c’est long ! Les corps, perpétuellement en mouvement, nous révèlent une certaine condition des danseurs contemporains. Une métaphore de l’artiste aujourd’hui, qui doit être toujours en mouvement pour ne pas être « éliminé ». Et une analogie également, dessinée en filigrane, entre leur crise et celle que nous traversons, nous, avec tous les périls qu’elle implique, notamment pour les acteurs de la culture.

Modern Danse est donc cette danse de lutte et de persévérance, où il s’agit de bouger coûte que coûte, même quand le corps est tenté de ne plus suivre, où l’écroulement même devient geste dansé. Les danseuses vont au bout d’elles-mêmes, physiquement, au nom de la danse. Elles sont en sueurs, les traits tirés, le visage fermé. Jamais statiques, même quand, pour reprendre leur souffle, elles réduisent la danse à un simple piétinement. Elles sont aussi dans une grande solitude. Les rares moments de complicité ou de soutien entre elles ne nous font que mieux sentir l’absence de lien, voire la rivalité, qui règne dans tout le reste de la pièce.

Par les signes de fatigue laissés apparents, mais aussi par des temps très puissants, très vifs, qui leurs permettent de rester vraiment « dans » la musique, c’est l’envers du décor qu’elles nous montrent : les applaudissements, préenregistrés, ne sont pas les nôtres et ce n’est pas dans notre direction qu’elles regardent. Comme si nous étions en coulisses, vivant l’intériorité des danseuses, qui se montrent à d’autres que nous. Alors, au-delà de leur effort, nous découvrons un nouveau rapport au temps : pieds qui retiennent le temps, accélèrent ou s’emballent, comme une défense pour rester vivants face à l’accélération environnante.

Un spectacle d’une grande force, dont on sort épuisés mais marqués par une certaine prise de conscience, peut-être ?

Maya Miquel Garcia

Retrouvez toutes les critiques du festival Instances dans notre dossier spécial : https://inferno-magazine.com/category/instances/

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