ERIC LANGUET, PJ SABBAGHA : Somewhere, out there, life was screaming

ERIC LANGUET, PJ SABBAGHA : Somewhere, out there, life was screaming / Festival INSTANCES 10e édition / Chalon sur Saône.

La pièce est née de la rencontre de deux chorégraphes et du mélange de deux compagnies. Assisté de Pj Sabbagha, personnalité remuante et militante de la danse sud-africaine, Eric Languet, réunionnais, s’attaque à l’économie libérale et aux pressions qu’elle exerce sur les danseurs.

2657792133[1]Les danseurs, c’est le thème annoncé. Mais il est tout à fait possible d’y voir quelque chose de plus large : le monde des travailleurs en général, ou pourquoi pas, la société dans sa globalité. Il nous montre ce qui se passe lorsqu’on construit un monde constitué d’individualités, lorsque plus aucun mouvement d’ensemble n’est possible. Le résultat est douloureux pour chacun, mais il est surtout totalement improductif et désorganisé. Personne ne peut rien faire jusqu’au bout car tous donnent des ordres sans cohérence. On fait, on défait ce qu’ont fait les autres, tout le contraire de ce que prévoyait Stuart Mill : un monde où de la somme des intérêts particulier naîtrait la réalisation de l’intérêt général. Le gaspillage d’énergie est immense, et la déshumanisation au bout du chemin. Un écran gigantesque au point d’en être étouffant, contrôlé par celui qui en a le pouvoir, qui manipule la vidéo et influe sur la bande son, représente une domination extérieure plus ou moins anonyme. Il domine l’espace des danseurs, écrase le monde de sa pensée géométrique et pourtant chaotique.

Au-dessous, les danseurs essayent de construire, chacun à sa façon, mais rien ne peut aboutir. La matière même s’y oppose. Le sable refuse de se faire pyramide, s’échappe, fuit par tous les trous, les plumes volent et s’éparpillent. La matière résiste à l’idée et l’homme qui tente de se conformer à cette idéalité ne peut qu’être broyé. Les échanges entre danseurs sont toujours déterminés par une logique dominant/dominé, parfois même une relation de maître à esclave. Individu fait objet par un autre individu. Le monde de la production est brutal, anguleux, il tranche sur la fragilité des êtres humains qui tentent de le maîtriser. Certains craquent, tremblent, tentent de se cacher, s’effondrent, mais personne ne vient les secourir. Si on intervient, s’est juste pour les remettre dans le « droit chemin ».

Dans cet univers déchiré et déchirant, une femme tente de réintroduire de l’humanité. Elle est la seule dont la personnalité ne soit pas écrasée, mais seule et entourées de personnes seules, elle est impuissante.

Le dernier tableau propose pourtant un autre possible, ul’éventualité d’une harmonie entre l’homme et ce qui l’entoure : la nature et la société De tout le spectacle, cette scène finale est la seule qui montre des danseurs accordés entre eux, qui se déplacent en chœur, qui partagent leur danse.

Des danseurs de très haut niveau, une chorégraphie à la fois fine et très expressive, très bien servie par la musique, le tout forme une œuvre prenante et d’une grande cohérence. C’est un univers complet qui est créé ici, pour mieux en décortiquer les dysfonctionnements et les ravages : désir de perfection et individualisme, mise aux enchères des vies et dépossession de soi, « et quelque part au dehors même la vie pourrait être en train de hurler et personne ne pourrait rien y faire. Pourriez-vous y faire quelque chose ? »

Maya Miquel Garcia

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