« LA PEUR » D’ARMEL ROUSSEL : UNE CREATION ATTENDUE POUR UN ESPOIR DECU

Théâtre-national-LA-PEUR[1]

Correspondance à Bruxelles.
« La peur » écriture et mise en scène d’Armel Roussel / [e]utopia3 en coproduction avec le Théâtre National de Bruxelles / Création / TNB Bruxelles / Jusqu’au 2 mars 2013.

Depuis plus de dix ans, Armel Roussel s’est fait un nom dans le paysage théâtral belge francophone, par son talent et sa vision moderne des thèmes contemporains. Et quand vient le temps d’une nouvelle création, il est attendu par un public fidèle et impatient.

Bon signe ! Nous y allions plein d’entrain.

C’était le cas mardi 19 février au Théâtre National de Bruxelles. Nous pouvions sentir, comme c’est souvent le cas lors des premières, une tension et une vive attente de la part d’un public connaisseur. Résultat : sensations mitigées dans le public, des applaudissements certes mais pas de triomphe comme attendu.

C’est que nous sommes exigeants face au talent. Trop, peut-être ?

« J’ai envie, dixit Armel Roussel, d’explorer comment la peur construit la société. La peur dans tous ses aspects, multiples et contraires : peur d’aimer ou de ne pas être aimé, peur de la mort ou… de la vie. Comment, à cause de la peur de ne pas être accepté, on met en place des mécanismes inconscients qui, au final, nous empêchent d’être libres. »

Beau sujet philosophique, vaste question existentielle à laquelle le metteur en scène et auteur n’aura pas su répondre complètement.

Dans sa construction d’abord, le spectacle est trop décousu et trop long (deux heures où le spectateur se sent un peu prisonnier, sans jamais trouver la porte d’entrée). Puis le texte, une série de pensées plus ou moins déjà entendues, ne nous permet que très rarement d’avancer et d’entrer dans la réflexion et de pouvoir mettre en perspective notre propre réalité face à celle des personnages du récit.

Enfin, le trop d’images et de moyens techniques (l’utilisation de caméras de surveillance, de téléviseurs vus maintes fois) ne parviennent pas à nous embarquer dans les mécanismes de la peur qu’Armel Roussel voulait dénoncer.

Et pourtant, l’énergie est palpable sur la scène. La troupe de comédiennes et de comédiens est à bloc d’un bout à l’autre du spectacle, avec une ferveur qui nous fait dire que le projet était enthousiasmant pour chacun d’entre eux. Et encore, ici ou là, on peut sourire, voire même rire mais que trop rarement. C’était, semble-t-il, la gageure que s’était imposée Armel Roussel en traitant d’un sujet aussi incandescent et anxiogène que la peur !

Tout n’est pas à jeter dans ce spectacle. Le thème choisi est judicieux, le travail de conception est visible et les intentions de jeux intéressantes. Peut-être qu’Armel Roussel a voulu au final, trop en donner, trop en faire, là où l’économie d’effets et de moyens aurait amplement suffit à transporter le public et relever le propos.

Il y a un vrai talent chez cet auteur-metteur en scène, n’en doutons pas, mais ce soir-là, la magie du théâtre a eu « peur » et n’est pas venue au rendez-vous du critique.

Philippe Maby

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Photos © TNB Bruxelles 2013.

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