FESTIVAL, TJCC : UNE PROGRAMMATION DE PHILIPPE QUESNE AU T2G

Marie Urban

Le Festival – TJCC / T2G Théâtre de Gennevilliers / 23 – 25 mai 2013.

Artiste associé au Théâtre de Gennevilliers, Philippe Quesne a concocté à nouveau, pour la deuxième saison consécutive, la programmation du festival (tjcc). De la France à l’Allemagne en passant par la Belgique et le Brésil, de jeunes créateurs nous entrainent dans l’effervescence plastique, teintée d’un brin de gravité, de leurs propositions complètement inédites.

Le meneur du Vivarium Studio s’est imposé sur la scène théâtrale hexagonale par ses pièces insolites, empreintes d’une fine poésie laborantine, nourries par un regard attentionné envers ses personnages attachants qui évoluent dans des environnements à forte dimension plastique. La programmation de cette édition tjcc porte plus que jamais sa signature. Les propositions dont il s’entoure mettent en exergue des tropes incontournables de son travail.

Quelle meilleure entrée en matière que la pièce de David Weber-Krebs ? Tonight, lights out ! peut être pris à la fois comme une invitation, une injonction et un constat. Le public est embarqué dans un dispositif expérimental qui n’est pas sans rappeler les études behaviouristes des années 50. L’histoire d’un petit orphelin d’un quartier miséreux du Caire le conditionne positivement, alors que l’opération médiatique d’un tabloïd allemand couronné certes de succès est censée introduire le doute. Libre à chacun d’actionner son interrupteur et d’allumer ou d’éteindre son ampoule dans la constellation électrique suspendue dans les hauteurs de la petite salle. Le noir absolu, résultat de multiples négociations silencieuses et stratégies tenaces, arrive comme un moment de grâce, voluptueux et accueillant. Pour un instant, l’intérieur et l’extérieur se confondent, des apparitions étonnantes sont prêtes à surgir des environs devenus incertains.

Le solo de Volmir Cordeiro pourrait bien être issu de l’un de ces éventuels dérapages fertiles de l’imaginaire. Le jeune chorégraphe brésilien, passé par la formation du CNDC d’Anger, se donne comme seul horizon le ciel, figure par excellence de l’ouverture – le ciel laisse venir (…) ne privilégie rien, aucun moment, aucun être. Sa proposition est la seule de cette programmation à se passer radicalement de tout dispositif scénographique. Pris dans sa danse fébrile, contorsionniste, hallucinée, son corps s’épaissis de qualités étranges, est traversé par des fulgurances indicibles. Une foule d’états extrêmement contrastés, entre la fureur et l’étourdissement, l’habite. Volmir Cordeiro semble se river à une sorte de rituel païen, archaïque, autour d’un plateau gorgé subrepticement par des images mentales. La musique silencieuse qui l’anime nous reste inaccessible, en est d’autant plus envoutante.

De Giotto à Marcel Duchamp, du pape Benoit XII à Ayrton Sena, d’une ville utopique près de Pondichery au désert de Namibie, Olivier Dollinger déploie ses Circle Stories. La balle, le cerceau ou encore le ruban, sont des attributs de Claire Zeller que l’ancienne championne de gymnastique rythmique manie avec une extrême fluidité. Une voix, des rifs de guitare, des écrans aux couleurs acidulées, l’accompagnent et lui confèrent un singulier écrin. Rotoreliefs, spirales et cercles aériens animent le plateau et la nervosité du ruban noir nous met en garde sur les dangers de la ligne courbe.

Seul écart d’une programmation qui, tout en privilégiant les dispositifs plastiques et visuels, reste fidèle à une mouvance low-tech partagée avec l’ensemble du travail de Philippe Quesne, Grind, création co-signée par Jefta van Dinther, Minna Tikkainen et David Kiers, se donne à vivre comme un brutal débordement des sens. Plus que l’excès d’effets visuels et sonores, c’est la gratuité de cette performance physique effectivement impressionnante, qui finit par lasser. Au delà des prouesses qu’elle met en scène, cette pièce pourrait être lue comme un envers du décor qui rend leur entière saveur aux autres propositions minimalistes.

Smaranda Olcèse

Ivo Hoftse

Visuels : Marie Urban, Ivo Hoftse, Festival TJCC au T2G

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