PAU MIRO : BUFFLES, LIONS, GIRAFES… TRILOGIE ANIMALE AU PRINTEMPS DES COMEDIENS

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Pau Miro : Buffles, Lions, Girafes / Trilogie animale au Printemps des comédiens / Montpellier.

Depuis l’arrivée de Jean Varela à la direction du Printemps des comédiens, les liens entre le festival et la Maison Antoine Vitez se sont ravivés et malgré le départ pour Paris de la maison internationale de la traduction théâtrale, les auteurs étrangers gardent un petit coin de Montpellier pour eux.

Ainsi, cette année, ont été présentés deux textes de Pau Miro (dont on avait déjà entendu une lecture de Singapour il y a deux ans au même endroit) ainsi que Sweet home Europa de Davide Carnevalli*. En 2009, Pau Miro, jeune quarantenaire qui fait partie de la nouvelle génération du théâtre catalan, a écrit et monté une Trilogie Animale, conçus en trois pièces indépendantes les unes des autres : Buffles, Lions, et Girafes. Si Buffles est déjà éditée par les éditions Espaces 34 et va certainement bientôt voir le jour en production en France, les lectures de Lions et Girafes, mises en voix par Dag Jeanneret, étaient les premières auditions du texte en langue française (la traduction de Girafes datant de Mai 2013).

Ces trois pièces parlent d’une famille qui sera tantôt Girafes (les grands parents), tantôt Lions (les parents), tantôt Buffles (les enfants). A chacun d’y voir et d’y comprendre la symbolique et libre au metteur en scène d’aller plus ou moins loin dans l’anthropomorphisme.

Buffles :

La pièce est en deux parties. La première est comme un long poème polyphonique dont les parties n’ont pas été précisément distribuées. Le texte comporte un sous-titre : une fable urbaine. Nous sommes dans le merveilleux, au cœur de cette famille de buffles qui dirige une blanchisserie sur la pente descendante. Au loin, les lions rôdent mais n’attaquent pas les buffles. On comprend que, peut-être que si un enfant (le plus intelligent) a disparu il y a quelques années, sa peau a été échangée contre le repos des autres. Même si le texte – édité chez Espaces 34 – est assez court, chaque réplique est entrecoupée de silences en disant tout aussi long que les dialogues. Pau Miro a une formation d’acteur et met en scène une grande partie de ses textes. Il sait manier les coins obscurs du théâtre et laisser au texte une partie inachevée que le metteur en scène prendra en charge. Un texte d’une grande sensibilité, tout en mystère et en délicatesse.

Lions :

La lecture sera représentée une nouvelle fois, le 17 Juillet au cloitre St Louis, pendant le Festival d’Avignon, dans le carde d’une carte blanche à la Maison Antoine Vitez. Foncez, les acteurs sont très bien distribués, notamment Nicolas Oton et Catherine Vasseur qui donnent une couleur très particulière à leur personnage.

Un jeune homme arrive dans une buanderie avec une chemise tâchée rouge. De sauce tomate, comme il prétend ? Du sang de son chien, mort dans un combat illégal ? Du sang de son ancien dealer ? On ne saura jamais exactement. Ce qu’on l’on sait, c’est que la tâche doit disparaître, qu’il faut nettoyer et que pour laver, il faut une buanderie, qui se retrouve dans chacune des trois œuvres. Autant Buffles est une pièce végétale, qui pousse par petites feuilles, autant Lions est une pièce carnassière, qui se déchire en lambeaux intenses (on bouffe, on se drogue et on s’alcoolise, on est ensanglanté). Les hommes sont à l’image de ces combats de chien dont on parle mais que l’on ne voit pas : ils combattent et brûlent, mais en silence, le combat se plaçant surtout entre les mots, entre les lignes.

Dans la pénombre, on assiste à la détresse des petits merdeux (aussi bien ceux qui vivent dans la buanderie que ceux qui viennent du dehors) et qui ne veulent pas vraiment s’en sortir. Tout le monde est à la fois coupable et victime, passe de l’un à l’autre selon qui est son interlocuteur. Le jeune homme, coupable d’un crime devient la victime séquestrée de cette famille. Celle-ci, victime de son sort, se fait omniprésente et manipulatrice, tant avec le jeune homme qu’avec le commissaire. C’est comme un polar, mais sans les semelles du véridique.

Cette triple histoire (celle du jeune homme, celle de la famille et celle du commissaire) explore une triple lutte pour remplir les vides : vide d’un futur inexistant, vide d’un passé trop douloureux, vide d’un quotidien triste à mourir.

Girafes :

Dans un appartement espagnol dans les années cinquante, à cette période pas si lointaine où les éboueurs sonnaient dans les rues pour qu’on vienne leur apporter un sceau d’ordures. Un démarcheur en électroménager tente de convaincre une cliente d’acheter une machine à laver.

Le pièce fonctionne en temps circulaires et non linéaires. A l’intérieur de ces tours, on se prend dans la fiction, tout en s’y perdant. L’écriture de Pau Miro a cela de remarquable que tout est extrêmement clair et que pourtant, il reste toujours une part d’incertain, d’étrange, de merveilleux qui demeure insondable. Probablement parce que Miro joue sur des personnages stéréotypiques (outre ceux qui portent le nom de leur fonction type La Mère ou Le Commissaire) comme la pute maternelle ou le travelo joyeux, le frère un peu spécial etc. mais les décale, les emmène un peu ailleurs que là où on les attendrait. « Ce que j’aime chez Pau Miro, c’est ce que j’appelle l’esthétique du déplacement » dit Laurent Muhleisen, directeur de la Maison Antoine Vitez lors de la rencontre après la lecture de Girafes. Tout se déplace, comme ce ticket de loterie qui passe de pièce en pièce et de main en main pour changer la vie des personnages.

Lors de la lecture, une des comédiennes a eu des soucis dus aux pouvoirs allergisants des micocouliers et autres cyprès distributeurs a libitum de pollens qui entourent l’espace. L’ambiance du Printemps des comédiens pourrait se résumer dans ce geste d’une spectatrice proposant un bonbon aux plantes à la comédienne, afin de la soulager pendant le reste de la lecture.

Autant les premières pièces se passent dans un lieu inconnu, dans une époque relativement contemporaine, autant celle-ci est très ciblée sous la dictature espagnole, sans pour autant l’expliquer clairement. Cet entre-deux reste plus flou que mystérieux et peut déstabiliser le lecteur/auditeur/spectateur. De plus, contrairement aux deux autres pièces qui sont construites dans une certaine continuité, qui permet de bien mettre en évidence les élipses, les creux et les manques, celle-ci passe d’une scène à l’autre, d’un plan à l’autre en cut, comme les scénarios pour la télévision que Pau Miro écrit aussi.

Comment vivre en milieu hostile? Ces animaux sauvages nous posent à chaque fois la question. Que faut-il nettoyer, blanchir, oublier ? C’est bien là le point d’achoppement entre les personnages.

Si les trois textes se ressemblent (le même auteur, quasiment la même histoire et les même personnages!) on ne les apprécie pas de la même façon, que l’on soit buffle, lion ou girafe soi-même.

Bruno Paternot

* https://inferno-magazine.com/2013/06/21/montpellier-printemps-des-comediens-sweet-home-europa-et-autres-essais-plus-ou-moins-reussis/

Pau Miró
 a reçu de nombreux prix, ses pièces ont été jouées à Barcelone et Madrid (Festival de otoño). Il a écrit Plou a Barcelona (2004), Somriure d’elefant(2006), Banal session of Fedra (petite forme), 2006,Bales i ombres (2007).
 Búfals a fait l’ouverture du Festival Temporada Alta 2008 ; le volet suivant, Lleons, a été créé au teatre Nacional de Catalunya, en mars 2009 et Girafes a été présenté au Festival GREC 2009.

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