SHEDA : LA FORCE BRUTE DU CHAOS FESTIF DE DIEUDONNE NIANGOUNA

dieudonné niangouna shéda

FESTIVAL D’AVIGNON 2013 : Shéda, Dieudonné Niangouna / Carrière de Boulbon du 7 au 15 juillet 2013 21h.

Durant cinq heures, entracte compris, quelque part en Afrique, l’imagination est livrée à elle-même, et navigue sereinement dans une odyssée théâtrale où la durée se révèle telle qu’elle est, création continuelle, gisement ininterrompu de nouveauté.

Dès les premiers instants, la scénographie faite de bric et de broc, de parties distinctes, composées de répliques de vieux crocodiles et d’une chèvre joyeusement aventureuse, imprime à la pièce sa force immersive. Puis elle va donner vie à une chimère : une humanité composée par des hommes et des femmes qui survivent au travers du verbe. Shéda anéantit notre expérience du réel, et convoque tour à tour mythes, contes, bribes de manifestes antipolitiques.

La parole des acteurs est trempée d’une maïeutique infernale. On est à la recherche d’un langage premier où tous les registres cohabiteraient avec la même nécessité de dire les choses telles qu’elles pourraient ne pas être dites. On passe du langage de l’homme de la rue à celui des hautes sphères en un claquement de doigt, l’un et l’autre agissant autour de la même sensibilité intérieure pure. Elle n’est ni unité ni multiplicité, elle ne peut entrer dans aucun de nos cadres.

Les corps des acteurs portent cet objet incontrôlable et nous envoûtent, nous maraboutent. Il n’y a plus rien à saisir, tout est là devant nos yeux, on ne cherche même plus de sens caché aux choses, ou même encore un arrière monde propre à cet agencement de paroles. Au contraire, nous sommes plutôt plongés au cœur d’une bête féroce, une bête qui dévore de l’intérieur tout ce qui touche à notre expérience du théâtre, et cela est incroyablement savoureux.

Ainsi a-t-on l’impression de découvrir pour la première fois des individus assemblés autour de la parole d’un auteur… On escamote le prévisible, l’attendu, les scènes de massacre se transforment instantanément en chaos festif. Pris dans un labyrinthe où aucune entrée ni sortie n’est visible, Shéda luit à l’horizon du grand désordre mondial.

Quentin Margne

Photo Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon 2013

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives