PERHAPS ALL THE DRAGONS… : LE COLLECTIF BERLIN AU 104

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« Perhaps all the dragons… » : Collectif Berlin / Le Centquatre, Paris / du 28 janvier au 2 février 2014.

Perhaps all the dragons… pose la question de ce qui est à regarder, et à questionner dans une oeuvre. Le rapport au jeu, à la fiction et au spectaculaire et la question de l’histoire vraie et documentaire.

La mise en scène architecturée du dispositif le rapproche de l’installation plastique mais le rapport aux spectateurs/regardeurs (qu’on pourrait définir comme une communauté d’individus rassemblés arbitrairement pour une même expérience) l’en distingue. On s’éloigne toutefois de la notion de public de spectacle car ici on est amené à circuler dans l’oeuvre et potentiellement à interagir entre nous. À la fois actifs tout en suivant un protocole prédéterminé par les concepteurs du projet. Ni tout à fait performance ni spectacle, le projet est proche de l’installation certes, mais impliquant un rapport plus intime et direct aux personnes qui vivent l’expérience. Elles ne demeurent pas de simples visiteurs d’une exposition. On leur raconte une histoire, on leur donne certaines clefs d’un parcours à suivre et en même temps toute liberté d’écouter la personne sur l’écran devant lequel ils sont assis, ou de regarder alentour : les réactions des autres, les rondes formées par les membres du collectif qui nous observent de loin, et de comprendre le système narratif mis en place ici. On peut vite se sentir comme les cobayes consentants d’une expérimentation artistique. Peut on encore parler de théâtral ? C’est en tout cas sous ce label que sont programmées les œuvres du collectif Berlin au 104.

Perhaps all the dragons emmène le spectateur dans des étages du Centquatre habituellement inconnus du visiteur lambda. Après lui avoir fait gravir des escaliers de béton armé, parcourir un couloir glacial, on lui ouvre une porte sur un studio de répétition. Là se trouve une structure-squelette, faite entièrement de bois et contenant 30 écrans et 30 chaises numérotées, sorte d’arche de Noé sans porte d’accès, ou prototype de bunker écologique d’un Wall Street nouvelle ère. Dans un premier temps, on ne peut qu’observer, tourner autour de la structure, se demander où se jouera la part du théâtre ici. Puis, à la manière d’un rituel, un comédien ouvre l’accès secret dans la structure. Nous y entrons l’un après l’autre, un brin solennels et interpellés par la forme dans laquelle nous pénétrons. La structure se referme et emprisonne en elle 30 personnes. Chacun prend naturellement place sur l’une des chaises, de manière aléatoire. Dès lors début l’épopée des 30. L’écran s’allume. Une personne apparait et partage avec nous une histoire : une expérience traumatisante, une part de vie, un combat politique ou un combat pour l’art. L’interlocuteur virtuel semble répondre à une question que nous n’avons pas posée.

Le projet offre là un tour d’horizon de destins croisés, qui se regardent, se confient à nous les yeux dans les yeux, mais aussi se répondent et s’interpellent d’un écran à l’autre. Une vision satirique du rapport au réel ? En effet la proposition interroge ici la notion d’intimité et de relation par écrans interposés. Que reste t-il des corps qui ne se parlent qu’à travers les machines ? Mais le processus semble aussi faire l’apologie (avec beaucoup d’humour) des possibilités de la technologie, la communication permanente et en instantané, d’un pays à l’autre, la fin des frontières, et le flux d’information permanent. Tout se sait à l’instant où cela se dit et se vit ; chacun peut réagir dans l’instant, offrir sa parole à l’autre, témoignage d’un communauté universelle peut-être. La spécialiste russe s’adresse à l’occupant de la chaise numéro 10 et lui explique que, en effet, « le monde a rétréci », qu’il n’a jamais été aussi petit, que « notre cerveau fonctionne comme un groupe », et chacun des participants (sur écrans) de reprendre avec elle, dans sa propre langue, la théorie des « Six degrés de séparation » : « Combien faut-il d’étapes intermédiaires pour atteindre qui que ce soit dans le monde ? ». Six étapes. Et peut-être l’inconnu assis près de moi, à la chaise numéro 9, n’est-il pas tant un inconnu ?

Le Collectif Berlin fête ses 10 ans au 104 / Centquatre où sont présentés trois « spectacles » : Moscou (béni celui qui est venu au monde en ces temps si sombres), du 18 au 26 janvier 2014, Bonanza (ne crois rien de ce que tu entends et la moitié de ce que tu vois), du 28 janvier au 2 février 2014, et leur dernière création Perhaps all the dragons…, du 28 janvier au 2 février 2014.

Moïra Dalant

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