CAMILLE HENROT : « GROSSE FATIGUE », 13 MINUTES POUR RACONTER L’HISTOIRE DE L’UNIVERS

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CAMILLE HENROT : GROSSE FATIGUE / 5 février – 22 mars 2014 / Galerie kamel mennour, Paris.

Treize minutes pour raconter en vidéo l’histoire de l’univers: c’est le défi que relève Camille Henrot, dans “Grosse Fatigue”. Une oeuvre à découvrir à Paris, après sa consécration à la Biennale de Venise.

« Au début il n’y avait pas de terre, pas d’eau -rien. Il y avait une seule colline appelée Nunne Chaha. Au début, tout était mort. Au début il n’y avait rien, rien du tout. Pas de lumière, pas de vie, pas de mouvement, pas de souffle. Au début il y avait une immense unité d’énergie »(1). Slamés d’une voix sentencieuse, sur une musique électronique de Joakim Bouaziz, ces mots sont ceux du poète Jacob Bromberg. Ils nous guident à travers un monde d’images foisonnantes et colorées: celles convoquées par Camille Henrot pour son oeuvre “Grosse Fatigue”.

Treize minutes, c’est le temps que s’est donnée la jeune artiste pour raconter en vidéo, son média de prédilection, une histoire intime de la création de l’univers; “Grosse Fatigue”, c’est le nom qu’elle a donné à cette intrépide entreprise (qu’on soupçonne en effet de ne pas être de tout repos). Un travail qui évoque moins le Titan que l’Atlas, et qui lui a valu un lion d’argent à la Biennale de Venise 2013.

Pour ceux qui n’étaient pas à la Sérénissime l’an dernier, la galerie Kamel Mennour offre une séance de rattrapage bienvenue. Le lieu parisien, producteur de l’œuvre, présente régulièrement le travail de Camille Henrot. Il n’est pas le seul: du Centre Pompidou, au Musée d’art moderne de la ville de Paris, au Palais de Tokyo et jusqu’au Sungkok Art Museum de Séoul, nombreuses sont les institutions culturelles à l’avoir exposé. Née en 1978, la Française, qui vit aujourd’hui à New-York, n’a pas perdu son temps.

Jusqu’au 22 mars, au sous-sol de la galerie du VIème arrondissement, sur grand écran, « Grosse fatigue » tourne en boucle, image d’un cycle de la création et de la destruction sans cesse recommencé. Tout débute par la vue du bureau d’un ordinateur Apple, quasi vide. En fond d’écran, une galaxie qui ressemble à un écran de veille installé par défaut. Quelques icônes traînent sur cette image familière aux accros à la pomme croquée: « History of Universe » et « Grosse fatigue ». Très vite, des fenêtres de navigateur s’ouvrent, se ferment, se superposent, évoquant des youtube art battle. (http://archives.palaisdetokyo.com/fo3/low/programme/index.php?page=evecourt.php&id_eve=2225&session&agenda=yes).

On sent la main de l’artiste qui va d’une image, d’une vidéo, à une autre; qui sélectionne, coupe…en un mot, qui surfe, à un rythme effréné. Il faut faire vite, tout n’est encore que néant et il reste déjà moins de 13 minutes. Ou plutôt moins de 7 jours, songe-t-on: l’analogie divine affleure. Le texte mixe références religieuses (hindou, bouddhiste, juif, chrétien, islamique…) et orales (celles des peuples Dogons, Inuït, Navajo…).

Révérence à la beauté, à l’excès, au jaillissement de l’univers, “Grosse fatigue” se confronte aussi à l’impossible perception globale du monde. Les collections du Smithsonian Institute, plus grand fond de “database” du monde, que donne à voir l’artiste, illustrent les limites d’une tentative de classification exhaustive: elle semble aussi vaine qu’infinie. Un scientifique ouvre l’un ou l’autre des tiroirs d’une longue série: à la place des dossiers attendus, des spécimens d’oiseaux et volatiles empaillés, des ailes, des pattes, couleurs vives et formes étranges.

L’usage du web, et l’abondance de contenus qu’il suggère, renforce encore la sensation d’un univers inépuisable et insaisissable. “Le film est architecturé en plusieurs parties” explique l’artiste. “La première partie, c’est le vide, rien, la deuxième partie, les Dieux, la naissance des Dieux, la troisième partie, l’émergence de la Terre, l’apparition de l’oxygène, des animaux, des êtres humains, le savoir, puis la solitude, la fatigue, et la mort”: la genèse, suite et fin, version Camille Henrot.

Christelle Granja

(1) In the beginning there was no earth, no water – nothing. There was a single hill called Nunne Chaha. In the beginning everything was dead. In the beginning there was nothing; nothing at all. No light, no life, no movement no breath. In the beginning there was an immense unit of energy.

Camille Henrot – Grosse Fatigue
Musique originale de Joakim
Voix : Akwetey Orraca-Tetteh
Texte écrit en collaboration avec Jacob Bromberg
Producteur : kamel mennour, Paris ; avec le soutien du Fonds de dotation Famille Moulin, Paris
Production : Silex Films
Film présenté dans le cadre de l’exposition “Il Palazzo Enciclopedico (The Encyclopedic Palace)”, 55e Biennale de Venise, 2013

http://www.camillehenrot.fr/fr/work/68/grosse-fatigue
http://www.labiennale.org/en/mediacenter/video/55-b5.html

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