FESTIVAL LES HIVERNALES : AU COEUR DE L’HIVER DANSE

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Retour sur le 36e Festival de danse Les Hivernales au CDC d’Avignon / 1er – 8 mars 2014 / Carolyn Carlson, Brahim Bouchelaghem

Emmanuel Serafini, directeur du Centre de Développement Chorégraphique des Hivernales à Avignon a axé la programmation de son festival d’Hiver (du 1er au 8 Mars) autour d’un thème qui se veut à la fois alléchant, fédérateur et permettant la découverte, la surprise, l’émerveillement d’un public déjà conquis mais en attente de découvertes et de nouveautés (voir articles sur le festival). Les spectacles du premier week-end tournaient autour de trois axes : Les propositions In Situ, Les spectacles de Hip Hop et un projet autour de Carolyn Carlson :

Invitée de marque s’il en est, la star internationale de la danse contemporaine était présente en Avignon pour plusieurs propositions. Outre une Masterclass et une rencontre/dédicace en sa présence, était présentée une exposition en partenariat avec la BNF et un spectacle en inspiration de Brahim Bouchelaghem.

C’est devant un public assez âgé et très studieux que La Carlson est revenue sur son parcours, ses aspirations et sa conception de la danse et de la transmission samedi 1er Mars à la FNAC d’Avignon pour une rencontre/dédicace. Dans la façon dont elle a pu répondre aux questions, dans sa simplicité et son envie d’aller vers l’autre, le public a pu approcher une artiste tout à la fois exigeante, complexe et très accessible. « Il faut garder une innocence enfantine, c’est cela l’universalité de la danse ». Les Hivernales nous ont offert la chance de discuter avec une dame de soixante-dix ans à la simplicité des enfants.

Ces adjectifs – exigeant, complexe, accessible – sont aussi valable pour l’exposition autour des carnets de notes que Carlyn Carlson a offert à la B.N.F. Si l’exposition n’est pas grande (deux salles aux maigres vitrines et deux très courtes vidéos), elle n’en est pas moins éclairante sur son parcours et son approche de la philosophie et de l’art oriental. On y découvre aussi une artiste de son époque dont les œuvres sont très marquées dans leur temps (les fameuses épaulettes des costumes de Chrystel Zingiro ou encore l’ambiance New wave).

Dans une troisième petite salle était présenté le spectacle What did you say ? de la compagnie Zahrbat. Son concepteur, Brahim Bouchelaghem, a travaillé et (on l’espère fortement) travaillera encore avec Carlson. Il propose donc, comme Raimund Hoghe l’a fait avec Dominique Bagouet, non pas une chorégraphie hommage ou une réécriture d’un spectacle, mais un palimpseste. C’est à travers les traces qu’à pu laisser Carolyn Carlson dans son imaginaire que Brahim Bouchelaghem fonde un spectacle inspiré et, par la force des choses, inspirant. Il crée une œuvre visuelle totale qui est magnifique : les lumières, les décors et sa technique de danse font de ce spectacle un régal pour les yeux. Tout est juste et efficace : les lumières de Philippe Chambion laissent ce qu’il faut de pénombre pour que le spectateur s’y love, la musique de Manuel Wandji donne la touche d’animalité qu’il faut au spectacle. Et bien sûr l’interprétation de Brahim Bouchelaghem frôle le sublime tant il maitrise son corps et sa chorégraphie.

Mais tout cet aspect visuel et plastique est sous-tendu par une force dramaturgique étonnante. En fond de scène, une longue calligraphie (de Carlson) descend s’échouer sur le sol. Quelle est la marque qu’on imprègne sur le papier? Qu’est ce qui reste? Quel visage donner à l’éternité? Toutes ces questions restent en suspend et pèsent encore dans l’air quand le spectacle s’achève.

Loin d’être un pensum abscons, la pièce plonge le spectateur dans une intimité qui lui est propre. « L’universel, c’est le local moins les murs » disait Miguel Torga. Bouchelaghem fait tomber les murs de sa maison intime et le spectateur, au lieu de devenir voyeur, devient le regardant de ses propres secrets.

On assiste donc à un spectacle qui se nourrit de la danse contemporaine, elle-même nourrie de la pensée asiatique, qui (dans notre imaginaire) se nourri de la danse hip-hop, le tout dans un grand cercle borgessien de l’intertextualité. Pour assister à la chorégraphie, on aura traversé la salle d’exposition comme Bouchelaghem a traversé l’œuvre de Carolyn Carlson.

Bruno Paternot

Chorégraphie, interprétation
Brahim Bouchelaghem
Poèmes, calligraphies et voix
Carolyn Carlson
Assistants chorégraphiques
Véronique Teindas, Kader Attou
Musique originale
Manuel Wandji
Lumières
Philippe Chambion
Costumes
Aurélie Noble et Brahim Bouchelaghem
Vidéo
Philippe Bonnot

Un extrait du spectacle dans une autre version :

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Visuels : What did you say ?, compagnie Zahrbat / Photos F. Iovi

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