L.A. DANCE PROJECT : MILLEPIED / CUNNINGHAM / PECK, LA DANSE REVERENCIEUSE AMERICAINE

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L.A. Dance Project / Millepied/ Cunningham/ Peck / Montpellier Danse, mars 2014.

Benjamin Millepied attire tous les regards depuis qu’il fut le chorégraphe du film Black Swan de Darren Aronofsky et jusqu’à sa nomination à la tête du ballet de l’Opéra de Paris. Fondateur du Los Angeles Dance Project en 2012 pour porter sur la scène internationale ses créations en tant que chorégraphe, il nous offre un panel de la danse contemporaine américaine.

Présenté dans la saison de Montpellier Danse comme une des grosses locomotives capable de remplir tout le Corum (plus de mille places), le spectacle a reçu un accueil léger pour trois œuvres d’une demie-heure chacune, aux qualités inégales.

Reflections de Benjamin Millepied (2013)
Le groupe mécène de joaillerie Van Cleef & Arpels a commandé au L.A. Dance Project une trilogie intitulée Gems (pierres précieuses) dont Reflections est le premier volet.

Avec des corps souples à l’extrême et une très grande fluidité de mouvements, le chorégraphe inspecte les rapports humains. Ça s’attrape et se relâche, les corps tombent dans l’espace comme les tissus tombent sur le corps des danseurs. Les pulsions sont tenues, retenues, soutenues pour qu’elles ne débordent pas. Millepied a cherché à traiter de l’attirance des corps en expurgeant toute forme de désir ou de sensualité (on est en Amérique !) La pièce en devient donc extrêmement conformiste et un brin ennuyeuse car, si elle pêche sur le plan des idées, elle ne se réveille pas plus quant à la virtuosité. Hormis un solo éblouissant de Charlie Hodges, les très bons danseurs du L.A. Dance Project ne sont pas utilisés à leur potentiel maximum. Il faut dire qu’ils ne sont que huit et qu’il y a une heure trente de programme à tenir !

Winterbranch de Merce Cunningham (1964)
Heureusement qu’au milieu de cette soirée soporifique est placée une petite bombe. Cinquante ans après sa création, Winterbranch reste une pièce explosive et profondément d’avant-garde. Sous les huées d’un public venant chercher une danse classique cucul et bienséante au possible, la chorégraphie réjouit par ses excès, ses trouvailles et son humeur. Éclairé par une lampe de poche, un danseur empêtré dans son costume s’enfuit. Tout est dit : l’ethos du danseur classique est un accoutrement que l’on ne portera pas ici et la danse va tenter de s’enfuir.

L’environnement du spectacle (accessoires, costumes, lumières), signé du plasticien Robert Rauschenberg, est étonnant d’actualité et de liberté. Les projecteurs, mobiles, sont actionnés un à un à la manière des lampes de gardiens de prison pour balayer le plateau, tantôt par le grill, le fond ou les coursives. Outre l’effet visuel bluffant, cela donne l’impression que ce sont les ombres des danseurs qui sont à la manœuvre, comme si les résonances des corps agissaient plus que les corps eux-mêmes dans ce décors de musée abandonné. Autant Rauschenberg détruit tout de la construction classique d’un spectacle, autant le compositeur La Monte Young explose l’esthétisme jusqu’à l’insupportable, autant Cunnigham ne va pas aussi loin et garde une corporalité très droite et dirigée. Il faudra attendre encore quelques années et les enfants esthétiques de Cunnigham pour passer l’étape au dessus.

Murder Ballades de Justin Peck (2013)
Mais ce n’est pas certainement pas Justin Peck qui prendra cette relève ! Ce jeune chorégraphe propose une partition rétrograde et conventionnelle au possible. Plutôt qu’une promenade morbide, on a l’impression d’être au milieu d’un bois pendant le spring break (encore une fois, le sexe en moins). Dans une musique tonale à mort, avec des toiles peintes ultra esthétiques, la danse de Justin Peck se fond dans le lot de la société artistique des bienpensants qui souhaitent réintroduire le bucolique rose bonbon sur les scènes. Ce soir-là, le public à applaudit, aussi gentiment que le propos artistique, mais sans joie ni enthousiasme.

Rauschenberg disait que si une œuvre d’art ne bouleverse pas votre vision du monde, c’est soit qu’elle est ratée, soit que vous êtes idiot. Alors il faut croire qu’en sortant du L.A. Dance Project on est un peu plus idiot qu’en y entrant.

Bruno Paternot

Les prochaines dates du L.A. Dance Project sur des chorégraphies de Benjamin Millepied (le L.A. Dance Project tourne aussi d’autres spectacles et Benjamin Millepied œuvre aussi pour le New-York City Ballet, les Ballets de l’Opéra de Paris ou de Lyon) :

Moving Parts / Istres, France le 18/03/14
Reflections / Moscow, Russia le 31/03/14 et 1/0414
Moving Parts / Robaix, France le 6/05/14
Reflections / Sainte Maxime, France le 10/05/14
Moving Parts / Ales, France le 13/05/14
Moving Parts / Draguinon, France le 16/05/14
Moving Parts / Poitiers, France les 20&21/05/14
Moving Parts / Velizy, France le 24/05/14

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