AFFABULAZIONE : FAENA PASOLINIENNE

Affabulazione - Martin colombet (1)(1)

Affabulazione : Mise en scène Lucas Bonnifait / Assisté de Moïra Dalant / Théâtre de Vanves.

Après un temps de purgatoire, l’œuvre de Pasolini revient petit à petit hanter les librairies, les salles de spectacles et les cinémas. Au théâtre de Vanves était présenté du 4 au 8 Novembre 2014 Affabulazione dans une mise en scène de Lucas Bonnifait. Souvent dans ses œuvres, Pasolini règle ses comptes : avec la société de consommation (contre la télévision), avec lui-même (qui je suis), avec le sexe (Comizi d’amore)… Cette fois-ci (entre autre) c’est avec la société patriarcale…

Faut-il monter Pasolini aujourd’hui ? Faut-il monter les auteurs des prémices du théâtre contemporain plutôt que les grands classiques ou que les écritures d’aujourd’hui ? Si les enjeux politiques de son œuvre (et sa misogynie remarquable) paraissent aujourd’hui très daté, l’écriture poétique pasolinienne reste d’une fraîcheur et d’une grimacerie réjouissante pour l’âme et les oreilles. C’est d’ailleurs une des qualités principales de ce spectacle : favoriser l’épure pour qu’il ne reste que le texte à entendre. Dans un refus du réalisme anecdotique, les acteurs attrapent le gras de la langue et s’en emparent dans tout son concret. On regrettera que -ce soir-là certainement- l’acteur interprétant le père, Jean-Claude Bonnifait, savonne un peu et accélère plus que de raison de longues tirades.

Si Bonnifait père passe plusieurs virages de façon très abrupte, on retiendra l’exceptionnelle interprétation d’Antoine Louvard dans le rôle du fils. Il trouve le juste équilibre entre grâce malsaine et préciosité violente. Il fait du personnage du fils une tête à claque qui claque sa tête contre son époque et sa parenté. Il déroule la langue d’Affabulazione à coup fouets et porte le spectacle en duo, à armes égales avec Jean-Claude Bonnifait. Les deux acteurs se livrent à une faena* où l’un et l’autre sont tantôt taureau, tantôt matador.

« A notre époque, celle des enfants sans pères, il sera ici question de déchiffrer le statut de nos pères et d’essayer de comprendre ce qu’il nous laissent. Que pouvons-nous construire après ? C’est absurde. Nous n’arrivons pas à tuer nos pères, nos pères s’en sont chargés. Un cycle s’est brisé » explique Lucas Bonnifait dans sa note d’intention. Le spectacle fait le constat d’une société en plein mal être de l’être mâle qui se raconte des histoires, qui affabule, pour se dire que tout va bien.

Bien sûr, le fait que le père soit mis en scène par le fils, dans les décors du frère n’a pas vraiment d’intérêt. Bien sûr que le spectacle tient sans cette donnée. Mais cela rajoute un frottement entre le fictionnel et le réel, cela donne du trouble à la fable. Bonnifait met en scène Bonnifait, Lucas met en rêve Jean-Claude.

Bruno Paternot

*Dans le vocabulaire tauromachique, la faena est une partie de la corrida où le torero, à l’aide d’une sorte de cape en tissu rouge, la muleta, prépare le taureau à la mort.

Avec Jean-Claude Bonnifait, Pauline Chevil- ler, Ava Hervier, Antoine Louvard, Thomas Matalou, Raouf Raïs, Lumière Alice Versieux et Lucas Bonnifait ,Vidéo et mapping Boris Carré, assisté de Julien Crépin, Régie générale Alice Versieux, Création sonore Thomas Matalou , Scénographie Lucas Bonnifait.

Affabulazione - Martin colombet (4)

Photos Martin Colombet

Comments
One Response to “AFFABULAZIONE : FAENA PASOLINIENNE”
  1. culturieuse dit :

    Théâtre de Vidy Lausanne en mars, mais mis en scène par Stanislas Nordey:
    http://www.vidy.ch/affabulation

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