RADHOUANE EL MEDDEB : « AU TEMPS OU LES ARABES DANSAIENT », HYMNE LIBERTAIRE

Au_temps_ou_les_arabes_dansaient_..._©AgathePoupeney_Phot oScene_2

« Au temps où les arabes dansaient… », conception et chorégraphie de Radhouane El Meddeb. / 17 et 18 février 2015 – Pôle Sud, Strasbourg (en partenariat avec Le Maillon). / Prochaine date : 28 avril 2015 – Le Toboggan, centre culturel de Decines.

Pôle Sud et le Maillon Strasbourg, ont présenté la création de Radhouane El Meddeb, « Au temps où les arabes dansaient… », quatre hommes qui exécutent une danse du ventre, entre sensualité, liberté et revendications.

« La danse doit raconter le monde dans lequel on vit, l’actualité », c’est sur ces mots qu’a conclu Radhouane El Meddeb dans un entretien effectué après la performance donnée mardi 17 février à Pôle Sud par les danseurs d' »Au temps où les arabes dansaient… » : Youness Aboulakoul, Rémi Leblanc-Messager, Philippe Lebhar et Arthur Perole. Ces mots résument cette pièce dansée : un moment pendant lequel quatre hommes explorent et s’approprient une danse résolument féminine, la danse du ventre telle que créée et dansée dans les pays arabes. En s’en emparant, ils nous la donnent à voir différemment, les mouvements de bassin, les circonvolutions de ce dernier, ce qui est traditionnellement fait par des femmes est ici réalisé, montré, vécu par des hommes.

Les hommes arabes ne dansent pas, pas de cette manière du moins. Ce que raconte Radhouane El Meddeb, c’est qu’il n’avait pas le droit de la danser cette danse du ventre, que les fois où il la dansait, c’était dans des lieux et avec des gens qui n’en parleraient pas à sa famille. La danse du ventre par un homme est proscrit, mal vu, déconsidéré, honteux… Il s’agit d’une danse de femme créée par et pour les femmes.

C’est dans une mise en scène minimaliste que les danseurs nous hypnotisent pendant cette heure de danse, seuls des tapis rouges viennent créer une ligne d’horizon au fond de la scène. Utilisés comme espaces de danse, de repos, de prière aussi, leur usage diffère selon les moments.

Les hommes ne sont pas sensés avoir la même mobilité du bassin que les femmes, cependant, dans « Au temps où les arabes dansaient… », les bassins de ces quatre hommes sont mouvants. La mise en scène est très écrite, les mouvements des corps se font de plus en plus expansifs, à l’opposé de ce qu’ils sont au début où, progressivement, les pieds commencent à bouger, puis les jambes et enfin le bassin. Au fur et à mesure de la pièce, les danseurs s’approprient de plus en plus cette danse et s’expriment par elle.

De mouvements timides à des corps libérés de toute contrainte, les quatre danseurs nous content l’histoire de l’appropriation d’une danse et de ses codes, nous montrent comment leurs corps se sont adaptés aux rythmes de la musique et comment leurs bassin, bras, torse se meuvent et sont entraînés par cette musique qui, lorsqu’elle éclate dans l’espace du spectacle, donne envie de les accompagner et de danser avec eux dans cette fête qui va au-delà des préjugés, au-delà des rituels, codes et normes, au-delà du sexe et qui devient un vent de liberté, d’acceptation et de joie pure.

Le parallèle avec cette danse interprétée par des femmes est fait. Sont projetés des extraits de films dans lesquels ont voit des femmes danser, bouger leurs ventre, bras, seins en une danse libérée et sensuelle. Ils nous rappellent cet imaginaire que l’on a de la danse du ventre : qu’il s’agit d’une danse éminemment féminine. Ces quatre hommes, qui la dansent, usent de mouvements que l’on pourrait qualifier d’efféminés, de sexuels aussi. Est-ce que cela dérange ? Possible, par moments. Peut-être faut-il un temps d’adaptation, cela semble si loin de ce que l’on a l’habitude de voir de cette danse venue d’orient. Et c’est là que c’est bon, Radhouane El Meddeb et les danseurs d' »Au temps où les arabes dansaient » nous entraînent, avec eux, dans les mouvements de leurs corps et, quand vient l’explosion de la musique, sa diffusion à plein puissance, l’exultation et la liberté des mouvements est totale, naturelle, elle n’est plus seulement féminine, elle est humaine, elle est l’expression de soi, elle est ce que doit être toute danse : une libération et un hymne à la vie.

Cécile Ripoll

Production La compagnie de SOI / Coproduction avec le CENTQUATRE‐PARIS, le Centre Chorégraphique National de Montpellier Languedoc‐Roussillon Programme Résidences, Centre de Développement Chorégraphique Toulouse / Midi‐Pyrenées Accueil en résidence, La Filature Scène nationale de Mulhouse, la Ferme du Buisson Scène nationale de Marne la Vallée, Le WIP Villette. Avec l’aide à la production d’Arcadi Île‐de‐France et le soutien à la création de la DRAC Île‐de‐France, la Fondation Beaumarchais et le Centre National du Théâtre.
Radhouane El Meddeb est artiste associé du CENTQUATRE‐PARIS.

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« Au temps où les arabes dansaient… » photos © Agathe Poupeney

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