BENJAMIN NUEL « HÔTEL » : METAPHYSIQUE ET POLITIQUE DE LA GLANDOUILLE

nuel

CINEMA : Benjamin Nuel, Hôtel, DVD, Lardux Film

Il est certes beaucoup plus héroïque de faire la guerre que, mettons, comme c’est le cas des combattants en colonie de vacances mis en scène dans Hôtel, de lire Pif, préparer un gratin de pâtes, jouer aux fléchettes, au ping-pong, au frisbee, fumer une clope, chanter en s’accompagnant au ukulélé pour quelques amis assis sur l’herbe, ou encore tout simplement s’allonger à l’ombre d’un arbre en vieille 3D à facettes. Pourtant c’est bien cette paresse anti-héroïque, que Kasimir Malevitch a qualifié de « vérité effective de l’homme », qui est à l’honneur, et qui réitère une formule revendicative de Barbara Kruger à la fin des années 1970 : « We don’t need another hero »…

Cette « permanent vacation » aux dimensions d’une boule à neige a tout de même une caractéristique majeure : elle est en 3D temps réel, imitant l’aspect des jeux utilisant cette technique. Poétique du contre-emploi : interactivité, excitation, « immersivité » (un terme plutôt à la mode dans l’art contemporain : on réclame de plus en plus dans les appels à projets que les expositions soient « immersives »…) sont prisent en défaut dans une œuvre qui se regarde très agréablement comme un bon film. Mais attention : si une poétique du non-événement et une politique du « no prise de chou » dominent dans le petit univers de nos terroristes et anti-terroristes en retraite anticipée, le questionnement métaphysique et le dialogue socratique (avec leurs mots à eux, des mots simples de militaires…) guettent. Lorsque le petit monde commence à se déliter (une vieille bâtisse au milieu d’un grand parc : mobilisant une culture très sélective, j’ai bizarrement pensé à Détruire, dit-elle de Marguerite Duras dont le spot oscille entre l’hôtel, la maison de repos, l’hôpital psychiatrique), ce sont des questions de types « qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous » qui peuvent se faire jour, sans trop y insister toutefois (on est avant tout là pour passer un moment agréable, pas chez Bergman). Et quand un relent de bellicosité fait survenir l’assassinat, le geste est criant d’inutilité et presque comique, n’a aucun effet sur une intrigue de toute façon quasi absente, ne déclenche pas de guerre : la mort est bien vite dédramatisée et se fait oublier dans une « cérémonie mortuaire » qui prend la tournure d’un groupe de parole. Alors les images d’une guerre passée (réelle ou virtuelle : peu importe) ne sont plus que des souvenirs d’une vieille chose inepte stockés dans un appareil photo numérique, le goût du combat se perd. Sans révéler la fin, disons simplement que le film gagne en substance et en dramaturgie, grâce à l’accompagnement sonore notamment, puis se termine, tout simplement, nous laissant libre de faire autre chose, et nous laisse avec ces convictions : la vie est un songe, et ça n’était qu’un film.

Yann Ricordel

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