« DO DISTURB ! » AU PALAIS DE TOKYO : ALEXANDRA GUILLOT, « SILENCIO »

Alexandra-Guillot-Silencio-performance-photos-courtesy-of-the-artist.-Copy

Alexandra Guillot, Silencio, DO DISTURB !, Palais de Tokyo.

Si l’on se fie à sa performance de 3 heures Silencio au Palais de Tokyo, où l’artiste a détruit impassiblement des feuilles blanches avec un destructeur de document, les fines bandes de papier vierge tombant en cascade dans l’escalier en haut duquel elle se trouvait postée, Alexandra Guillot (ou une fiction d’Alexandra Guillot fabriquée à l’aide d’indices) serait prise entre la nécessité commune d’une mise en récit de soi par l’art (par la performance en l’espèce), afin d’assurer une cohérence (et qui sait peut-être un sens) à l’existence, et une supposée impossibilité du récit-même (à la suite de la fin des grands récits de légitimation selon Jean-François Lyotard, toute tentative de mise en roman de l’existence, de caractérisation d’un destin individuel serait vaine). Il n’y a là, dans ce geste répété, le suivant identique au précédent, aucun récit, pas d’évolution dramaturgique possible, juste l’affirmation tragique d’un défaut (ou d’une dénégation) d’origine et d’un refus (d’une peur ?) de s’inscrire dans le mouvement d’un devenir ; de l’impossibilité, encore une fois, d’une « archéologie du sujet » (Paul Ricoeur). Ni Descartes, ni Freud : à vrai dire, personne d’autre que soi avec soi.

Cependant, dans la répétition de ce protocole qu’on n’ose appeler théâtral (la performance : une forme se pensant en dehors de la théâtralité ; la forme de toute les formes possibles ?), en divers lieu et en divers moments, indubitablement un conatus spinozien, un effort de persévérer dans son être, dans le vertige du hors-sens. Comme s’il fallait répéter le geste, sans chercher à le justifier, en attendant de retrouver un fil, celui, je l’ai dit, du récit de soi (ou de sa « mise en roman ») ; de trouver les premiers mots d’un « livre à venir » (Maurice Blanchot).

Yann Ricordel

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Visuels copyright the artist

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