FESTIVAL PERFORMANCE, NANTES : ENTRETIEN AVEC ROMAIN BOULAY

performance

FESTIVAL PERFORMANCE : Interview de Romain Boulay aux Ateliers MilleFeuilles, Nantes.

Les 15, 16 et 17 mai 2015, MilleFeuilles recevait le festival Performance. À cette occasion, Romain Boulay revient sur trois années de réflexions et d’expérimentations de pratiques performatives.

Inferno : Comment s’est construit le festival Performance et qui en sont les initiateurs ?

Romain Boulay : Cette année c’est la troisième édition du festival. Il a été conçu et réfléchi à partir de voyages à Bruxelles où il existe beaucoup de pratiques liées à la performance, dans un renouveau artistique et d’une grande richesse. C’est aussi un médium qui m’a toujours intéressé en tant qu’artiste.
Lorsque MilleFeuilles – qui regroupe des ateliers d’artistes et une plateforme de production et de réflexion – a été créé en 2012, nous voulions proposer des évènements et des projets aux formes très instantanées. La performance convient très bien à cette question de l’atelier d’artiste ; puisque c’est un art qui se réfléchit, se fait et se montre dans le même temps et qui est au croisement de la musique, la danse, le théâtre, la poésie, la vidéo, le cinéma et les arts plastiques. C’est un médium fédérateur. En tant que directeur de MilleFeuilles je ne cherche pas à représenter un champ spécifique. Plutôt que de se demander ce qui nous sépare et comment créer des catégories, il convient de voir que la performance n’appartient à aucun champ, c’est une pratique de l’entre-deux.
Nous avons réfléchi au moyen de proposer une programmation qui ne prenne pas une forme curatoriale. Les invitations sont ainsi démultipliées et ce fonctionnement horizontal évite le rôle de la personne étatique. La rencontre avec Baptiste Brunello a été un déclic. Il est encore présent cette année et c’est vraiment grâce à lui que le festival existe.

Quel rôle as-tu joué dans la programmation et le choix des invités ?

Avec le président de MilleFeuilles, Pierre-Alexandre Remy, Aurélie Guitton et Thomas Renard, nous réfléchissons ensemble sur chaque projet. Certaines invitations se sont faites assez naturellement comme celle de Joël Hubaut (performeur français de premier plan) et Stéphanie Airaud (chargée des publics et des actions culturelles au MAC/VAL) qui a un discours sur les artistes, de l’ordre de la générosité et non de l’instrumentalisation. Ils ont réalisé la plus grosse partie de la programmation.

Ce fonctionnement, à plusieurs regards, peut donc amener une certaine richesse à l’évènement qui est organisé ?

J’ai toujours fonctionné comme cela, je fais confiance aux gens. Je leur laisse un cadre assez large et je ne suis pas dans une volonté d’écriture figée. J’aime quand la possibilité est laissée aux accidents d’arriver. C’est le dérapage qui fait la création, surtout dans la performance, c’est une notion qui est très importante. La réaction des spectateurs changera forcément la direction de la performance, le changement de cap, se fait à ce moment là.

Comment est reçue la pratique de la performance à Nantes ?

Les années précédentes, beaucoup de monde était présent et les retours étaient très positifs. Performance 2013 a produit un effet assez incroyable. Les spectateurs apprécient le système de page blanche, qui, à chaque fois se renouvelle pour proposer une nouvelle performance. Nous touchons un milieu qui s’intéresse déjà à ces formes performatives. Le public est cependant très large car nous travaillons sur plusieurs champs. Sur l’île de Nantes les gens deviennent curieux depuis quelques années. La performance est donc plutôt bien accueillie. Nous invitons des artistes assez reconnus dans leur pratique ce qui nous permet de prétendre à une certaine crédibilité.

Une vingtaine d’artistes sont annoncés sur trois jours, comment se déroule le festival ?

Une soirée d’ouverture musicale aura lieu le vendredi. Les jours suivants accueilleront les performances sur deux après-midi. Cette temporalité diffère de celle des vernissages. Les artistes peuvent ainsi se concentrer sur leur action et le public est attentif. Je pense notamment à l’intervention très construite et structurée de Frédéric Dumont, invité par la Maison de la Poésie.

Si tu devais faire un focus sur l’un des moments à ne pas rater lors du festival, quel serait-il ?

Il y aura beaucoup de monde à venir voir Esther Ferrer (une grande dame, performeuse espagnole historique qui a travaillé sur le féminisme et que nous avons la chance de recevoir) et Joël Hubaut, qui sont en quelque sorte les têtes d’affiche du festival. C’est très difficile de répondre à cette question car tout se jouera sur l’instant, en live. Là est la surprise de la performance ! C’est un moment qui ne se répète pas. Tout est remis en question à chaque nouvelle représentation. La particularité du festival Performanceest de ne pas avoir de scène. Les performeurs sont au même niveau que le public ce qui leur permet d’interagir.

L’artiste, dans cette position, se retrouve-t-il vulnérable à travers ce temps d’expérimentation où il se livre au public ?

Je ne dirais pas vulnérable mais je reprendrais le terme de fragilité. Dans le sens où les interactions entre le public et l’artiste créent une proximité incroyable ; les repères ne sont plus du tout les mêmes. C’est une caractéristique de proximité humaine essentielle et l’une des particularités de notre festival.

Existera-t-il un deuxième moment documenté, une trace des actions des artistes après le festival ?

Philippe Piron qui est photographe et artiste à MilleFeuilles, s’occupera de faire les clichés du festival. Nous aurons donc des traces photographiques. Depuis l’année dernière nous avons invité, un cinéaste à faire la bande-annonce du festival, un véritable objet cinématographique. Isabelle Prim pour l’édition 2014 et cette année Jean-Charle Hue. Historiquement nous gardons peu de traces des pratiques de la performance des années 60-70. Finalement les plus documentées sont en général des collaborations avec des cinéastes. Il existe des archives photographiques et des textes à travers lesquels on ne peut qu’imaginer ce qu’était la performance, un art de l’instant !

Comment le festival de l’année prochaine pourrait se profiler ?

Nous allons peut être passer en évènement biannuel pour avoir le temps de développer une programmation mais surtout pour avoir le temps « d’aller voir ». Ce festival demande énormément d’énergie et devient très chronophage. J’aimerais convier un cinéaste qui a une vraie pratique de l’image à venir pendant le festival autour d’une carte blanche en collaboration et en immersion avec les performeurs. Il me parait important aujourd’hui de clôturer ces trois premières années. Nous avons le recul nécessaire sur ce festival.

Propos recueillis par Léo Bioret

crédits: Festival Performance 2015 Aerobiconoise, Philippe Piron

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