DÉVORATION : LE THÉÂTRE INCARNÉ

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Dévoration – avec amour ou avec haine, mais toujours avec violence », conçu et mis en scène par Maxime Franzetti. Le 3 et 4 juin au 104, le 25 juin au Be Festval – Birmingham, le 10 juillet au Festival Almada – Portugal, le 15 et 16 juillet au Frinje Festival – Madrid

Dévoration ne déplie pas un concept en plusieurs tableaux de chasse. La pièce n’illustre rien, ne dit rien, n’apporte pas d’explications diffractées à une notion gelée. Au contraire, le thème de la représentation exige une implication, une incarnation carnassière. C’est pourquoi la mise en scène de Maxime Franzetti est celle d’un mouvement, plus encore, d’une action – celle de dévorer.

La scène inaugurale est programmatique. Sur le plateau, dix acteurs, face au public, sont courbés, le regard excité, comme des animaux, prêts à bondir. Puis ils s’effondrent sur le sol, démolis, avant de se relever, à nouveau, jouant tour à tour, les proies et les prédateurs. L’ambivalence du mouvement itératif de la séquence formule la cyclicité des liens humains, à l’image d’une chaîne alimentaire, toujours cruelle, toujours renouvelée.

D’ailleurs, l’espace scénique est conçu comme un vivarium. Les murs en lambris blancs forment un bocal dans lequel s’agitent les acteurs captifs. Au dessus, trônent sur les parois, des têtes d’animaux décapitées, ressemblant à des trophées de chasse ou des vanités bestiales. Des natures mortes, en somme. Derrière l’élan vital se cache donc la réalité morbide d’une mise à mort répétée au fil de la représentation, à l’image de baisers goulus de quatre mâles sur le corps d’une actrice, qui, amplifiés par des micros, ont la sonorité de morsures.

La beauté de la mise en scène de Maxime Franzetti tient justement à sa démarche transgressive. Elle abat les frontières, cherchant l’emprise d’un corps sur un autre, d’une discipline sur une autre. En abolissant les cloisons entre la danse, la peinture ou la littérature, les scènes enchainées deviennent ainsi synesthésiques. Les personnages aussi s’imprègnent les uns des autres, se prostituent au désir du plus fort, comme lors d’une séance de sexcam éblouissante qui va décidément beaucoup trop loin.

En filigrane, Dévoration interroge les rôles qui ont été assignés, l’identité imposée et implosée. « Je suis une reine, je suis une reine » se murmure Marie Tudor trahie par son amant avant de prononcer sa sentence. Un dialogue s’instaure alors entre ce qu’elle est et ce qu’elle doit être. Ce principe se répète dans le monologue d’un schizophrène, obsédé par sa mère, digne de Psychose. La voix de l’autre hante, guide, contraint.

Cette voix est également celle du metteur en scène, Maxime Franzetti, qui rôde sur la scène tout au long de la représentation, imprimant sa volonté sur le corps des acteurs. Le théâtre apparait ici comme le lieu souverain de l’emprise. On se rappelle alors la scène d’ouverture. Les comédiens tombent et se relèvent comme des marionnettes. Les chutes répétées écorchent leurs genoux : ils sont marqués. Même la dévoration métaphorique ne laisse pas indemne.

Lou Villand

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Comments
One Response to “DÉVORATION : LE THÉÂTRE INCARNÉ”
  1. L'Ornithorynque dit :

    J’espère qu’ils passeront par la Belgique, ou pas trop loin, la démarche est intéressante sur la forme et sur le fond.

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