UZES DANSE : DANYA HAMMOUD

Mahalli-DanyaHammoud©MeikeLindek

Uzès Danse : Danya Hammoud

En ces temps de recomposition territoriale, Uzès Danse, festival à l’intérieur des terres, nous amène au bord de la mer: des chorégraphes du Languedoc, des danseurs de la péninsule ibérique, des artistes de l’espace méditerranéen vont se croiser et nous peindre une image de la société méridionale d’aujourd’hui. Avec deux spectacles, Danya Hammoud éclaire de son propos limpide la vision du monde que le festival tend à donner aux spectateurs.

Mahalli
Musique d’angoisse. Elle nous regarde. Elle, c’est Danya Hammoud : femme, chorégraphe, libanaise, jeune… Tout ce qui la définit de près ou de loin se retrouvera quelque part dans ce solo, qui est féminin mais pas que, qui parle de l’orient mais pas que, qui est dansé mais pas que…

La pièce enchaîne avec cohérence et brio une série infinitésimale de gestes minimalistes du féminin. En partant du bassin, la danseuse inspecte les attribut dits de la femme : sein, sexe, fesses, hanches etc. et joue des positions archétypales de la représentation féminine dans l’art moderne : de l’Olympia de Manet à la Joconde en passant par les femmes de Modigliani ou Botero, on peut y voir toutes les images qui composent notre patrimoine culturel commun. On regrettera que les femmes ont été beaucoup représentées par les hommes, en tout cas ce sont ces œuvres-là que l’histoire à chercher à retenir. Heureusement, le XXIe siècle confie de plus en plus (mais pas encore assez) la responsabilité aux femmes de se décrire elle-même, comme c’est le cas avec cette pièce chorégraphique.

Et toujours ce regard qui signifie milles choses. On accompagne l’artiste dans tous ses errements, de la douleurs à la séduction, de la colère à l’acceptation de son statut.

Chaque geste, du tour au pas est si impliqué qu’il devient vital et nécessaire, tant par sa rareté que par sa maîtrise. Une longue descente la transforme en grand singe originel, un mouvement d’épaule appel à la prière soufi… Du recueillement spirituel ou sexuel, chaque spectateur pourra se créer son parcours, la cohérence du propos étant suggérée beaucoup plus qu’imposée. On pourra aussi très bien se passer de cohérence car la forme et la création lumière font qu’il y a quelque chose d’hypnotique au royaume de Danya, que l’on plonge dans ses yeux pour ne les lâcher, avec regret qu’à la fin du spectacle.

Mes mains sont plus âgées que moi
Accompagné de deux acolytes, la chorégraphe inspecte l’état de pré-assassinat. Quel corps, quelles tensions nous poussent vers la mort : la mort de celui qu’on tue (l’assassin), la mort de l’autre (le témoin), sa propre mort (la victime). Trois personnes sont donc sur le plateau et nous regardent. Qui tue qui ? Trois personnes : deux femmes et un homme, avec tout ce que ça va appeler de topoï que nous connaissons et que nous attendons. La chorégraphe joue avec nos habitudes de spectateurs. Malheureusement, la pièce est beaucoup moins forte, plus conventionnelle et attendue que son solo. Les deux autres artistes « invités » sur le plateau sont aussi moins convaincants parce que moins habités. On attend donc avec impatience la prochaine proposition de Danya Hammoud, qui, du haut de jeunesse, creuse son sillon dans l’univers chorégraphique français des exploratrice de l’intériorité, entre Bouchra Ouizguen ou Nacera Belaza.

Bruno Paternot

Mahalli
Chorégraphe, interprète : Danya Hammoud

Mes mains sont plus âgées que moi
Conception, chorégraphie Danya Hammoud
Interprètes : Mounzer Baalbaki, Danya Hammoud, Khouloud Yassine

Visuel : Mahalli Danya Hammoud © Meike Lindek

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