RAIMUND HOGHE ET DAVID WAMPACH A MONTPELLIER DANSE

Quartet_05

Raimund Hoghe Quartet / David Wampach Urge / Festival Montpellier Danse 2015.

Pour sa 35e édition, Montpellier Danse reçoit des amis : Raimund Hoghe, présent sur les scènes internationales depuis plus de vingt ans et David Wampach, « jeune » chorégraphe implanté en Languedoc-Roussillon sont tous deux des habitués du festival. L’un et l’autre tracent leur route sans discontinuer dans un rapport très fort au son : la chanson populaire d’un côté, la recherche gutturale et expectorante de l’autre. Au risque de redite, quitte à s’épuiser ou à fatiguer le public, les deux artistes creusent encore un peu plus leur geste artistique avec résolution et excès.

Raimund Hoghe Quartet
On demande souvent aux danseurs d’être des exécutants sans pensée ou au contraire de devenir les écrivains de la pièce. Raimund Hoghe assume pleinement sa part de concepteur de la pièce mais exige des danseurs qu’ils en soient les interprètes. Son quartet de danseurs favoris – Ornella Balestra, Marion Ballester, Emmanuel Eggermont et Takashi Ueno – aura la responsabilité de la représentation là où Hoghe a celle du spectacle.

Dans Quartet, le chorégraphe pose des actes (représentés par de petites billes) partout sur la scène de ses souvenirs. Ces billes forment une œuvre plastique au sol. En essayant de les rattraper toutes, en rassemblant leurs souvenirs, les artistes avancent dans la vie et dans le spectacle. A la fin, on échoue, on abandonne et les souvenirs s’éparpillent à nouveau pour donner une dernière œuvre. Le spectacle réussit avec grâce et élégance à montrer en même temps le renoncement et la désespérance (les dernières scènes sont de dos, face au mur) dans la sensualité et l’humour -le spectacle est émaillé de chansons de Liza Minnelli-. On passe par tous les états, toute la palette de sentiments nous envahit au fur et à mesure du spectacle, si l’on accepte le principe de base : la vie est longue, passe par des moment d’ennuis terrible, appelle à la rêverie… On doit pouvoir, et le côté play-list de projet nous y aide, entrer et sortir de la pièce qui laisse librement circuler notre inconscient entre et pendant les scènes. On sort de là vidé, bienheureux et tendre mais un peu amer d’une fin programmée qui nous fermera les yeux.

Le projet est chorégraphique plus que dansé et très théâtral puisqu’il repose sur des principes très dramatiques : simul et singulis, seul et ensemble, unique et ordinaire… Chaque interprète trace sa route et ces multiples sillons forment un seul tableau. Minnelli oblige, la pièce est beaucoup plus lascive que les précédentes et ce sont Eggremont et Ueno qui portent cette ligne sensuelle et sans suite. On revoit ici ou là des mouvements, des tours ou des sauts qui viennent de Pas de deux ou de Cantatas, comme des retrouvailles où la ritournelle des obsessions de l’artiste se fait petit clin-d’œil aux créations passées. « Bon qu’à ça » disait Beckett en réécrivant à nouveau la même chose.

La pièce est un quartet à 7, il en va ainsi des prédictions : on avait souhaité être quatre, nous voilà sept mais finalement si seul dans le karaoké de la vie. Karaoké, qui vient du japonais « orchestre vide ». Cette pièce, comme les précédentes, est à la fois très orchestré et en même temps très vide donc paradoxale. Le spectacle, mais aussi les danseurs qui explorent les contradictions : Marion Ballester coupe en arrondie, Emmanuel Eggermont lâche en tenant, Takashi Ueno explose en douceur…

David Wampach : Urge
Point de contradictions en revanche dans la dernière création de David Wampach : Urge. Pas de ruptures, de nuances ni de paradoxe dans l’exposé, dans le propos, dans le rythme, dans le corps. Une heure durant, la pièce trace, se presse, sans jamais grandir, rompre ou balayer ce qui vient d’être dit ou fait. Ce n’est pas parce qu’on met tous les voyants au maximum que le sens est là. La pièce se transforme très vite en fête à la grimace, en concours à la plus grosse blagounette.

On était censé y parler de cannibalisme. Certes, on ne se mangera pas et c’est là l’arnaque. De toute façon ne sacrifiera pas un des danseurs, alors on se permet d’y aller molo, de faire du détournement, de cabotiner. Comme on ne peut pas aller au bout, on revendique une esthétique de la demie-mesure. La posture est plaisante (aisée ?) ou surtout complaisante.

A la fin du spectacle, la musique forte et les lumières violentes empêchent le public de marquer son approbation ou sa révolte (le spectacle crée la scission dans le public entre les pros et les antis) : quoi qu’il se passe, le mauvais goût festif continue et on ne laissera pas le public s’exprimer. Idée saugrenue d’oser donner son avis en applaudissant.

Bruno Paternot

Quartet
Conception, chorégraphie, danse et scénographie : Raimund Hoghe – Collaboration artistique : Luca Giacomo Schulte – Avec : Ornella Balestra, Marion Ballester, Emmanuel Eggermont, Takashi Ueno, Raimund Hoghe, Luca Giacomo Schulte et Yuta Ishikawa

Urge
Chorégraphie : David Wampach – Danse et jeu : Marie-Bénédicte Cazeneuve, Mickey Mahar, David Marques, Lola Rubio, Tamar Shelef, DavidWampach

Photo : « quartet », photo Rosa Frank

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives