CHRISTIAN BOLTANSKI, « LA SALLE DES PENDUS », LE GRAND HORNU

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Boltanski « La salle des pendus » – MAC’S, Site du Grand-Hornu, Hornu (BE) – Jusqu’au 16/08/15.

Première rétrospective belge de l’artiste (Paris,1944) au MAC’s qu’il connaît depuis près de 20 ans pour y avoir créé « Les Registres du Grand-Hornu », une œuvre produite et acquise pour la collection du musée, devenue depuis sa pièce emblématique !

Je ne vais pas vous décrire toutes les impressions et sensations inhérentes à la découverte d’une telle exposition, intimement liées à ses thèmes de prédilection tels que le souvenir, la mémoire, la mort, l’oubli… Je ne vais pas vous parler de la dimension théâtrale de la démarche d’un artiste que je vois plus comme un metteur en scène ‘affectif ‘, dramatique, mortuaire (habité aussi depuis les dernières années par la perspective de sa propre mort)…

Je ne vais pas vous expliquer les battements de cœur qui rythment assez régulièrement ses expositions, des mouvements, des lumières, des regards, des boîtes rouillées en fer-blanc, des lieux insolites où elles ont lieu et où la pénombre joue un rôle essentiel, des archives, des photos, des manteaux à travers lesquels le visiteur doit se frayer un passage pour déboucher sur un immense amas de vêtements sombres, des compteurs qui calculent la somme des secondes déjà vécue par tel ou tel quidam…

Je vais plutôt vous éclairer avec ses propres mots sur la connexion indispensable dans son chef entre l’œuvre et le lieu d’exposition, des propos qui vont vous surprendre: « Lors de ma première collaboration avec le MAC’s, j’ai téléphoné à Laurent Busine en expliquant que j’avais besoin de boites de telles tailles, d’archives et de photographies. Ensuite, je suis venu au Grand-Hornu pour installer ces éléments. Je n’ai quasiment rien fait moi-même. C’est en général, comme cela que je travaille. J’ai simplement reçu les photographies, sans véritablement m’y intéresser… Je reste toujours très peu de temps dans les lieux que j’investis… Mon travail n’est pas du tout « social »… Ce qui m’intéresse, c’est l’archivage, l’idée de dire les noms… Il m’importe (comme dans l’esprit des Mormons) de répertorier chaque individu par son nom car nommer quelqu’un, c’est lui donner la dignité d’être humain… Le nom, c’est la dernière chose qui subsiste de quelqu’un après sa mort… La mémoire de chacun disparaît très vite… Mes œuvres reprennent des gens pour qui, normalement, on ne réalise pas de monuments… Pour aller plus loin, je dirais que les gens du Grand-Hornu me sont totalement indifférents. Cela pourrait être ceux du village d’à côté, car ma démarche ne repose sur aucun désir sociologique. Je ne veux manifester aucun attendrissement particulier pour les mineurs, même si ceux-ci ont eu des vies très dures… »

Si Christian Boltanski a toujours dit que ce qui l’intéressait était la petite histoire et non la grande,si son but est de mettre en scène celles qui nous constituent, ont fait notre individualité, si ce petit savoir qui n’est pas dans les manuels est à ses yeux aussi important que le grand, si le rôle de l’artiste est de s’intéresser à cette fragilité et de chercher à nous émouvoir à travers elle, le pari est réussi ! On ne ressort pas indemne des expositions de Boltanski.

Son œuvre empreinte de spiritualité est totale que ce soit ici aujourd’hui au Grand-Hornu, à la Monumenta au Grand Palais en 2010, déjà dans l’ancienne prison Ste-Anne à Avignon en 1985 ou ailleurs : « Je pense que mon travail artistique est très proche de la démarche spirituelle, chrétienne même si je ne suis malheureusement pas du tout croyant… Ce qui est beau pour moi dans une lampe ou une bougie, c’est qu’elle évoque la vie, la force, le feu, etc. mais qu’en même temps, il suffit de souffler ou toucher l’interrupteur pour éteindre. Cet alliage de force et de fragilité est une chose commune à toutes les religions du monde et une caractéristique importante de mon travail »

Et enfin, si le titre de l’exposition, « La Salle des pendus » vous effraie, sachez qu’il s’agit seulement du terme par lequel on désignait le vestiaire où se changeaient les mineurs. Avant de descendre dans la mine, ils accrochaient leurs vêtements au plafond au moyen d’un crochet ce qui donnait à la pièce une allure un peu effrayante que Christian Boltanski a interprété à sa manière. Avec génie et respect à la fois.

Virginie de Borchgrave

MAC’s – Site du Grand-Hornu 82, Rue Ste-Louise B-7301 Hornu Tél. : +32 65 65 21 21. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h. http://www.mac-s.be

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Photos MAC’s, Hornu / Copyright the artist

Comments
One Response to “CHRISTIAN BOLTANSKI, « LA SALLE DES PENDUS », LE GRAND HORNU”
  1. Lana dit :

    Je ne sais pas trop si on peut parler de « respect » dans sa démarche, car il dit quand même ne « pas s’être intéressé » aux photos qu’on lui a envoyées, et que les gens du Grand Hornu lui sont « indifférents ». L’indifférence est une cousine pas très éloigné de l’oubli, qui est un des thèmes…Bref, des fois il ne vaut mieux pas entendre l’artiste parler de l’oeuvre, qu’il a pu certes penser, mais sans avoir eu à faire de démarche dans la réalisation, les éléments lui ayant été livrés sur un plateau d’argent, la mise en place pas non plus son affaire… Et au final il se dessaisit même de ce qui fait son sujet… Étrange dissonance.

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