LE « RICHARD III » ROCK ET FLAMBOYANT DE THOMAS JOLLY

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Richard III – Mise en scène : Thomas Jolly – Théâtre des Salins à Martigues, novembre 2015.

Thomas Jolly terminait « son » Henry VI en offrant au public l’esquisse d’un Richard III lors de la fin de l’épopée de 18 heures présentée lors du dernier festival d’Avignon. C’est donc tout naturellement qu’après un Molière et une tournée au succès mérité, Thomas Jolly et sa Piccolo Familia reviennent sur la guerre des Deux-Roses et clôturent la tétralogie shakespearienne par un Richard III aux mêmes accents rock et flamboyants.

Thomas Jolly s’offre ici la double casquette du metteur en scène et du rôle-titre. Décision habile et non dénuée de sens dans une approche où Richard prend vie sous la forme d’un feu follet frêle et difforme, se délectant de l’âme de ses propres victimes, se vautrant dans le mensonge, les intrigues et les trahisons avec comme seul but le pouvoir mais sans manichéisme aucun. Thomas Jolly offre, au-delà de la fureur, quelques instants où perce l’humanité de Richard sous sa noire cuirasse. Richard apparaît plus ici comme le fruit pourri d’une génération sacrifiée par ses pères et par le chaos qu’ils ont engendré que comme une incarnation du mal. Tout n’est ici que paranoïa et suspicion.

Une fois encore Thomas Jolly s’accoutume de peu de décors mais s’affranchit de cette économie de moyens par une utilisation très astucieuse d’effets visuels lumineux extrêmement précis. Des flèches de lumières percent les comédiens, scindent la scène ou aveuglent les spectateurs, donnent en une fraction de seconde l’illusion d’un changement de lieu et de temps et apportent légèreté et poésie à un ensemble qui apparaît, dans sa première partie et de par le récit même, bien plus froid qu’Henry VI.

Contrairement à Ostermeier, Thomas Jolly opte pour moins de connivence entre Richard et le public. Il s’agit plus ici de disséquer les trames de l’inéluctable tragédie que d’y faire participer le spectateur, même si le metteur en scène arrive à faire toucher du doigt nos propres tendances grégaires lors d’une prise de pouvoir par un dictateur aux accents quasi révolutionnaires assez jouissifs. C’est dans la continuité toute naturelle d’Henry VI que ce Richard prend parfois les couleurs d’un Horror Picture Show élisabéthain, chantant, haranguant les foules, entremêlant théâtre et show de vestes à paillettes. Nul doute que la tranche d’âge des jeunes spectateurs déjà fans de Thomas Jolly apprécie ce type de mise en scène qui apparaît néanmoins ici comme atteignant une limite, comme une sorte de déjà-vu qui aurait pu passer inaperçu si Richard III avait été joué à la suite d’Henry VI dans une pièce de 22h… La pièce est parsemée ici et là de très belles images d’une indéniable poésie mais quelques ficelles qui passaient pour Henry VI paraissent ici un peu légères dans ce format bien plus court.

Difficile cependant de ne pas être reconnaissants envers ce jeune metteur en scène de monter un spectacle inmontable tel qu’Henry VI et, tel un ogre, d’avaler Richard III dans la foulée. Thomas Jolly peut agacer parfois en maîtrisant parfaitement une com. un tantinet « jeuniste » et somme toute assez formatée, mais, de facto et à l’instar d’une Mnouchkine, nous ne pouvons lui reprocher de vouloir faire tourner et vivre une vraie troupe en donnant un coup de pinceau à ses spectacles qui ne peuvent laisser indifférent et qui, une fois encore, emmènent de nouveaux jeunes spectateurs au Théâtre.

Pierre Salles

Richard III – Mise en scène et scénographie : Thomas Jolly
Création lumière : François Maillot, Antoine Travert et Thomas Jolly
Musiques originales et création son : Clément Mirguet
Avec : Damien Avice, Mohand Azzoug, Etienne Baret, Bruno Bayeux, Nathan Bernat, Alexandre Dain, Flora Diguet, Anne Dupuis, Émeline Frémont, Damien Gabriac, Thomas Germaine, Thomas Jolly, François-Xavier Phan, Charline Porrone, Fabienne Rivier

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photos Nicolas Joubard

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