ENTRETIEN : FAIG AHMED, ARTISTE SOUFI PASSE PAR LE SALAFISME

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Rome, correspondance.
FAIG AHMED – Points of Perception / MACRO, Rome / 10/02 – 29/03/2016.

The Glitching Carpets, les tapis ratés de Faig Ahmed débarquent à Rome dans les grands hangars des ex-abattoirs du musée Macro après un passage à Los Angeles et ArteFiera, la Foire de Bologne tout juste achevée où la galerie Montoro12 l’a présenté au marché italien.

L’exposition est en duo, selon la formule habituelle du Macro : le jeune artiste d’Azerbaïdjan fait face à l’artiste iranien Bizhan Bassiri qui vient d’exposer au musée d’art contemporain de Téhéran récemment connecté au Maxxi, mais à chacun son hangar et son curateur, Claudio Libero Pisano d’un côté, démissionnaire de la Quadriennale de Rome (ressuscitée cette année) et Bruno Corà de l’autre, directeur entre autres de la Fondation Burri.

Chez Faig Ahmed la religion est un médium artistique, le Soufisme (branche mystique de l’islam) lui vaut l’impact hypnotique de ses grands tapis artisanaux qui partent tous de modèles traditionnels pour se diluer, fondre ou s’allonger. Même procédé pour les chapelets et les fez, couvre-tête des derviches tourneurs ici exagérément allongés, accessoires typiques systématiquement revisités et qui misent sur le Pop islamique. Et enfin la pièce centrale de l’exposition, très optical : un raz-de-marée de tapis de prière en série, monumental et subtilement ironique.

L’effet est captivant et rafraîchissant comme toutes les opérations artistiques du même genre où la diversité culturelle quitte l’exotisme pour embrasser la globalisation. Faig Ahmed deviendra-t-il l’Ai Weiwei du monde islamique ? La concurrence est rude.

Interview de Faig Ahmed

Es-tu croyant ?
Faig Ahmed : Oui et non, je me pose encore la question et je n’ai pas encore trouvé la réponse. Pour moi, la religion c’est être constamment dans la recherche, c’est plus une conscience de soi qu’une expérience collective.

C’est pour ça que tu t’es orienté vers le Soufisme qui n’est pas vraiment accepté par l’Islam orthodoxe ?
Le Soufisme se base sur l’imperfection, comme mes tapis. C’est un système de pensée très libre, chacun peut accéder à la foi de façon personnelle. Les autres religions ont des règles strictes.

Ton expo est-elle un appel à plus d’ouverture dans l’Islam ?
Le Soufisme est au carrefour de différentes religions, du Christianisme à la Kabala au Boudhisme. Ce n’est pas nouveau, dans chaque religion il y a une part de mysticisme, une manière d’arriver à la vérité.

Es-tu à la recherche de la vérité ?
Oui et j’ai peut-être trouvé une manière d’y arriver.

Es-tu conscient de la portée politique de ton travail et des connexions possibles avec tes origines ?
Absolument, même si j’ai grandi dans un milieu athée à Bakou. L’Azerbaïdjan n’est pas un pays religieux comme l’Iran ou d’autres pays du Moyen-Orient, le port du voile n’est pas obligatoire et il y a très peu de barbus. La génération de mes parents ne savait pas ce que la religion voulait dire.

(…)

propos recueillis par Rajah El Fani,
correspondante à Rome

Retrouvez l’intégralité de l’ITW de Faig Ahmed dans le numéro 07 d’INFERNO six-monthly (parution le 25 juin).

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Images Raja El Fani / Copyright the artist 2016

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