FESTIVAL D’AVIGNON 2016 : OLIVIER PY RUE DANS LES BRANCARDS

angelica-liddell

70e FESTIVAL D’AVIGNON – 6-24 juillet 2016.

Voici donc dévoilé le programme de cette 70e édition du Festival d’Avignon, cuvée Olivier Py, 3e du nom. Le programme ou plutôt l’avant-programme, car l’on sait qu’une telle grosse machine -plus de 50 spectacles et une multitude d’événements- n’est pas à l’abri de modifications de dernière minute.

D’autant qu’alors même que le directeur du festival officiait sur le plateau de la FabricA, affirmant sa conviction de l’urgence d’une Culture plus que jamais indispensable et combative, son équipe apprenait une coupe de 49 000 euros dans son budget, commise par le patron de l’agglo Grand Avignon, le même qui quelques minutes plus tôt sur le même plateau assurait Olivier Py de son indéfectible soutien au Festival et à la Culture… Coupe budgétaire qui correspond d’ailleurs à l’euro près à celle effectuée par la Ville d’Avignon l’année passée. Bref, on le voit, le soutien « inaliénable » des institutions dans notre beau pays culturel a de beaux jours devant lui.

Pour ce qui est du programme proprement dit, cette 70e édition, pour le dire sans détour, nous semble bien plus appétissante que la précédente. Singulièrement du côté de la Danse, particulièrement gâtée cette année avec l’invitation de la grande chorégraphe québécoise Marie Chouinard, de l’Anversoise Lisbeth Gruwez pour une création maison, ou encore du Libanais Ali Chahrour

Un retour fort remarqué est celui de notre Angélica Liddell préférée, qui revient enfin à Avignon -où elle nous aura beaucoup manqué ces dernières années- avec une création liddellesque autour de ce cannibale japonais qui dévorait ses conquêtes, désormais star dans son pays où il ne cesse de donner talk-shows et conférences à succès. « Qué Haré Yo Con Esta Espada ? » (Que ferai-je, moi, de cette épée ?) sera représenté du 7 au 13 juillet au Cloître des Carmes, lieu magique du festival s’il en est, où justement Angélica Liddell fit ses premières armes à Avignon en 2010 avec le sublime « La Casa De La fuerza ».

Question Théâtre, il apparaît que là aussi, l’édition 2016 semble plus pertinente que la précédente, avec notamment de belles oeuvres en perspective comme celle du grand Krystian Lupa, mais aussi les créations de Julien Gosselin -« 2666 », soit 9 heures de théâtre tel qu’il aime à le pratiquer !, Nicolas Truong avec « Interview », d’Arnaud Meunier ou encore de Madeleine Louarn dont le beau travail fut repéré par Olivier Py au CDC Les Hivernales, lorsqu’Emmanuel Serafini en était encore le programmateur…

Mais surtout, on ne saurait manquer l’extraordinaire Raoul Collectif, qui montrera la première française de « Rumeur et petits jours », oeuvre désopilante et tonitruante de ces Belges sans limite qui constituent ce collectif, comme on ne ratera pas non plus cet autre collectif d’Athènes, le Blitztheatregroup, avec une créa purement visuelle intitulée « 6 am how to disappear completely », autour des poèmes d’Hölderlin…

Pour autant, on n’oubliera pas ces petits bijoux de programmes courts qui font tout le sel d’Avignon, « petites » formes, en durée certes, mais souvent excellentes et fortes, où découverte rime avec proximité : « Les Sujets à Vif« , « XS« , ou encore dans le registre des idées et de l’échange, « Les Ateliers de la Pensée« …

Bien sûr, comme les années précédentes, Olivier Py a fait la part belle au théâtre à texte et aux auteurs repérés. Ainsi, le Ivo Van Hove avec un Visconti donné à la Cour avec la Comédie Française, dont la presse populaire se régalera sans doute, ou encore du Lars Noren, du Dostoîevski, du Nicolas Gogol ou du Thomas Bernhard… Le directeur du festival lui-même, cette année tout en sobriété et en discrétion, reprenant un « Prométhée enchaîné » déambulatoire, spectacle itinérant, dixit Olivier Py, « sans costume, sans décor, avec juste de (bons) acteurs », qu’il promet de faire circuler dans les territoires oubliés de la république culturelle : banlieues, villages, prisons etc.

Une édition qui s’affirme très politique, telle qu’Olivier Py l’affiche en convoquant de nombreux textes forts sur l’impuissance politique devant la montée des nationalismes et des replis identitaires ou religieux. Pour conforter son axe, Py a invité des artistes des scènes moyen-orientales, de Beyrouth à Téhéran, en passant par Haïfa ou Damas.

Pour finir, soulignons la venue exceptionnelle de l’excellent Adel Abdessemed pour une exposition à l’église des Célestins, et qui a d’ailleurs conçu l’affiche de cette 70e édition, un visuel qui ne manquera pas de faire jaser : la ruade du cheval (attaché, faut-il remarquer) toutes pattes arrières pouvant être interprétée comme une parabole de ce que -peut-être- Olivier Py rêverait de faire une bonne fois pour toutes à l’endroit de tous ceux et celles -et ils sont légion- qui n’ont cessé de lui faire misère depuis sa prise de fonction à la direction du Festival. Même si lui-même en livre publiquement une explication beaucoup plus cultivée et poétique…

Marc Roudier

visuel avignon

Visuels : Angélica Liddell – Photo DR / L’affiche d’Adel Abdessemed

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