SILVIA COSTA : « QUELLO CHE DI PIU GRANDE… », T2G GENNEVILLLIERS

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Quello che di piu grande l’uomo ha realizzato sulla terra (Ce que l’homme a fait de plus grand sur terre), Silvia Costa / Théâtre de Gennevilliers / 15-19 mars 2016.

Ce titre ironique, qui évoque la nouvelle Cathedral de Raymond Carver, se conçoit comme un « avant spectacle ». Ici, la vie est comme un cookie de fortune, les mots qu’on y prononce se transforment en une ribambelle de lieux communs.

Diplômée en Arts Visuels et Théâtre de l’université de Venise, et collaboratrice artistique de Romeo Castellucci depuis plusieurs années, Silvia Costa débute ses créations par une forme ou un espace, souvent géométriques. C’est par le visuel que l’émotion et l’intellect passent en premier lieu. Pour sa mise en scène de Quello che di piu grande l’uomo ha realizzato sulla terra, la forme géométrique choisie est l’angle ou le coin. C’est donc un espace étroit, fermé d’un angle que les acteurs fixent, une fenêtre sur rien, dont ils ne peuvent s’échapper. Point de fermeture et de convergence, lieu de paradoxe. La scène est une moitié de boite blanche, un espace vierge où les pensées des personnages se heurtent. La série de cubes blancs qu’ils manipulent, s’encastrant tels des matriochka, répondent ton sur ton à la boite qui les contient. Visions de confinement et d’infini. Les objets et événements qui définissent ces êtres ne font que les déposséder d’eux-mêmes.

Pour créer cette pièce, Silvia Costa s’inspire d’une métaphore sur l’insuffisance du logos, des noms donnés (arbitrairement) aux choses. Dans Quello che di piu grande, la narration ne mène nulle part, deux couples vivent une histoire cyclique dans laquelle les dialogues sont des lieux communs sur l’amour, l’acte amoureux, la jalousie, la mémoire. C’est la forme qui comble le manque des mots.

Dans Quello che di piu grande l’uomo ha realizzato sulla terra, les acteurs sont des gravures de mode errant dans un espace reclus où la pensée devient paradoxalement circulaire, et ne peut avancer. Les postures se figent, les gestes se ralentissent et s’étudient. Le corps pèse un peu lourd. De dos, face au mur, face au coin, de convergence, comme en pénurie de rencontres et de décisions. Les émotions se perdent et les âmes s’égarent. Là, les tragédies quotidiennes ont eu lieu. Existe t-il une issue ? Une femme dit « c’était mieux de se quitter que de ne s’être jamais rencontrés », comme une fatalité acceptée par celle-là même qui la subie. Les tragédies paisibles des gens ordinaires.

Quello che di piu grande l’uomo ha realizzato sulla terra est un objet d’art minimal, qui expose à distance des êtres qui peinent à se retrouver et se rencontrer vraiment. Il leur est difficile de saisir l’autre, comme de le comprendre. Silvia Costa interroge le regard, celui du spectateur, mais aussi celui de ses acteurs qui ne nous dévoilent jamais leurs yeux. L’espace est forme, lumière, son, aux premiers abords froids, mais qui nous enveloppent peu à peu et nous emporte dans un lieu poétique et sensoriel surprenant. Quand l’espace éclate et s’ouvre, la clôture disparaît et une échappatoire est alors, peut-être, possible.

Moïra Dalant

Texte et mise en scène Silvia Costa
musique originale Lorenzo Tomio
avec Silvia Costa, Laura Dondoli, Giacomo Garaffoni, Filippo Pagotto

Matteo_de_Mayda

Photos Matteo de Mayda

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