JÉRÔME ZONDER, NATHALIE OBADIA BRUXELLES

JERÔME ZONDER(WEB)(1)

JÉRÔME ZONDER, Garance / Galerie Nathalie Obadia, Bruxelles / 13 Avril – 21 Mai 2016.

Évoquer brièvement les principales caractéristiques de l’œuvre de Jérôme Zonder permet de mieux saisir l’importance des tous récents développements de ses nouveaux travaux, montrés pour la première fois aujourd’hui à Bruxelles, à la Galerie Nathalie Obadia. Certes, comme dans toutes ses expositions passées, c’est la virtuosité du dessinateur qui frappe dès l’abord les yeux et l’esprit du visiteur. La multiplicité des registres graphiques mis en œuvre dans des formats variés l’atteste. On l’a vu mettre en œuvre la ligne claire du monde de la bande-dessinée, le rendu matiériste des dessins réalisés par empreintes digitales, ou encore la facture photoréaliste dans certaines de ses grandes compositions. Mais ce qui caractéri se sa manière propre, c’est bien plus la confrontation de ces multiples « écritures » dans un même espace.

Sur une même feuille de papier, Zonder procède sous forme de montage, confrontant différents régimes graphiques. La complexité créée n’en est que plus chargée de sens. Les motifs qu’il met au travail, emblématiques de la société des images dans laquelle nous baignons, parfois nous débattons, sont tour à tour empruntés aux comics, au cinéma gore, à Walt Disney, à ses propres photographies, à d’autres glanées dans des magazines ou encore aux documents visuels de la Shoah ou du génocide rwandais, matériaux qui étaient au cœur de ce qu’il présentait lors de sa rétrospective en 2015 à la Maison rouge, à Paris. Zonder n’a jamais eu de cesse de creuser cette stratigraphie des images, jamais terminée, toujours soumise &agrav e; l’accumulation consumériste, jusqu’à la saturation. Il ne s’agit pas d’ordonner, encore moins de hiérarchiser. Ces opérations graphiques consistent bien plus à comprendre ce que les images nous font, comment les images nous font.

Le sentiment d’immersion que procurait la dérive dans le parcours labyrinthique de la Maison Rouge l’an passé signifiait cette omnipotence. Le graphite déposé au crayon ou encore au doigt par empreinte sur les cimaises procédait à une mise en abyme, développant le dessin dans l’espace tridimensionnel. La gradation de l’intensité graphique ressentie au fil de la pérégrination du visiteur, la saturation des niveaux de gris et de noir montant crescendo, dédoublaient ce qui était littéralement à l’œuvre dans les dessins encadrés jalonnant le parcours. Le dessin s’en trouvait paradoxalement décadré. Zonder insistait là sur une problématique qui lui est chère : l’exploration des limites. Par exemple, en feignant parfois le réalisme le plus extrême, suivant une logique de la représentation illus ionniste jusqu’à son point de rupture, l’artiste piège le regardeur, rendant peu claires les limites entre ce que l’on pense voir et ce qui est.

L’indistinction entre les choses, corollaire de la notion de limite, est partout au travail, engageant à repenser les dichotomies par trop simplistes par lesquelles on prétend régir le monde. Sans doute le tramage que Zonder met en œuvre entre des narrations fabriquées de toutes pièces et les résurgences iconiques récurrentes de l’histoire participent de ce procès. Ainsi de la série des Jeux d’enfants ou encore des effets saisissants résultant du voisinage aléatoire de ce qu’il nomme les Fruits, dessins de petits formats qui sont le matériau intermédiaire entre sa documentation première et ses compositions les plus complexes. On se voit là regarder. Par delà, on entrevoit que le regard est tout pétri d’arbitraire, de pré-requis qu’il faut conscientiser sans cesse, voire com battre, pour penser à nouveau frais. C’est pour cela que le dessinateur s’empare de l’iconographie de la violence. Il utilise la fascination pour cette dernière afin de la mieux déconstruire.

Avec les œuvres aujourd’hui présentées à l’exposition de Bruxelles, pour laquelle l’installation, comme à l’habitude longtemps mûrie dans l’esprit de Jérôme Zonder, crée une structure signifiante, l’artiste acte une nouvelle étape de son travail. Elle en constitue sans conteste un moment fort. L’œuvre s’ancre ici dans la verticalité des trois niveaux de la galerie. Les régimes graphiques se complexifient au fil de l’ascension. Son titre, Garance, n’est pas inconnu de celui qui connaît l’œuvre du dessinateur. Avec Baptiste et Pierre-François, Garance est l’une des trois protagonistes qui, en référence aux Enfants du Paradis de Marcel Carné, permet à Zonder de mettre en œuvre un « va-et-vient entre histoire et représentation », entre réel et fiction . Cher à l’artiste, le principe d’emboîtement est ici poussé à son comble

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