PIERRE ARDOUVIN, « TOUT EST AFFAIRE DE DECOR », MAC VAL

pierre-ardouvin-collage-Maison_jaune

Pierre Ardouvin « Tout est affaire de décor » / MAC VAL / du 16 avril au 4 septembre 2016.

Le prochain grand temps fort du musée d’art contemporain du Val-de-Marne est consacré à Pierre Ardouvin. Pour cette monographie, tant théâtrale que fantasmagorique, l’artiste français propose une vision globale de son œuvre en une scénographie minutieusement orchestrée qui met en lumière une sélection d’une trentaine d’œuvres, assemblées et rejouées pour le MAC VAL. De nouvelles productions et des pièces réactivées se déploient dans les 1350 m² de la salle d’expositions temporaires du musée, mais aussi dans le vestibule et le jardin.

« Tout est affaire de décor » propose un parcours déambulatoire poétique que le visiteur, littéralement plongé à l’intérieur de l’univers sensoriel et singulier de Pierre Ardouvin, est invité à arpenter et à recomposer. Si les pièces sont autonomes, elles dialoguent pourtant entre elles pour dessiner un véritable paysage mental.
Grâce aux réappropriations d’images et d’objets familiers revisités par son imaginaire, l’artiste offre ici une sorte de récit personnel et collectif en investissant les espaces communs, comme par exemple les clichés de la culture populaire de la France des années 60 et 70. Son utilisation de l’objet est surtout liée à son ancrage dans le réel, pour sa charge émotionnelle ou sentimentale.

Le sentiment « d’inquiétante étrangeté » qui s’en dégage vient principalement de leur échelle et de leur mise en espace. Pierre Ardouvin invente un univers fictionnel créé par un regard de biais sur le quotidien, sur la société et ce qu’elle génère, en renversant le décor comme il renverse les questions. Ici flottent des meubles suspendus au plafond et là s’étend sur le sol un planeur de 18 mètres d’envergure qui ne semble ni venir d’atterrir, ni prêt au décollage.

L’ambiguïté réside entre détente et malaise, regard distancié et englobant, suspension et chute. Le renversement de la perspective est une bascule structurante de ce dispositif immersif où le spectateur, témoin de ce monde désenchanté, devient parfois lui-même objet de spectacle. Les temps se mêlent et une angoisse sourde s’installe dans l’ambiance feutrée de cette scène mélancolique et métaphysique.

Si Pierre Ardouvin est connu pour son utilisation du son et de la musique pop en particulier, cette exposition est baignée dans un silence ouaté, même si chacune des œuvres est empreinte de résonance sonore mentale.

Avec une apparente légèreté, Pierre Ardouvin aborde les thèmes de la perte, du passage du temps, de l’arrachement, de la solitude. Avec distance et humour, il donne à voir la société du spectacle mise à nue et interroge notre présence au monde en nous propulsant dans un espace en suspens, entre l’innocence de l’enfant rempli d’illusions et la réalité de l’adulte désenchanté. Sous un air de fête, l’ambiance est presque inquiétante, sans jamais être totalement angoissante et l’artiste semble dire que quelque chose va advenir, que quelque chose doit advenir.

Image: Pierre Ardouvin, La maison jaune, 2016, Série « Écran de veille ». Impression sur toile, résine, paillettes et cadre — 176 × 234 cm – copyright the artist.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN