« CORPS DIPLOMATIQUE », UNE ODYSSEE DU RETOUR AU RELIGIEUX

corps diplo

Corps diplomatique : conception et mise en scène Halory Goerger / TnBA du 6 au 9 avril / création 2014-2015 / coproduction TnBA.

Malraux aurait dit : « Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas ». A en croire la folle équipée d’Halory Goerger et de ses apprentis astronautes partis dans l’espace pour quelques dizaines de milliers d’années, la prédiction de l’inventeur des « Maisons de la Culture » aurait un bel avenir… En effet, l’artiste-plasticien-performeur, et de surcroît diplômé en sciences de l’information mais avant tout iconoclaste, qui nous a déjà gratifié en 2012 d’une odyssée philosophique (Germinal, fable « numérique » autour de la création des langages), épopée déjà digne des pires tribulations du Collège de Pataphysique, récidive en inventant là un scénario encore plus déjanté.

Imaginer une équipe de loosers stériles – la reproduction à bord est confiée à un stock de gamètes pluriculturels congelés – choisis tous pour leur inaptitude estampillée « médiocre » (au sens latin de « qui tient le milieu »), lancés dans l’espace intersidéral avec pour seule mission de construire et de jouer un spectacle dédié aux générations futures d’aliens. Le cryptage, dans des signes cabalistiques susceptibles d’être compris par d’autres formes d’intelligence langagière, fait partie intégrante des contraintes du programme à inventer.

Au final, sera délivrée dans un rire grinçant façon Monty Python, la seule forme de « mystère » à laquelle aboutit cette chevauchée fantastique dans l’espace-temps. En effet, si dix mille ans s’étant écoulés il a fallu clôner entre temps les cinq participants pour qu’ils continuent à « être », les mentalités n’ont pas pour autant progressé d’un iota. Du moins, si l’on juge l’évolution à l’aune de la « création » finale : un tableau vivant avec au centre le sacre d’un pape. Tableau liturgique qui a statut du retour du refoulé pour notre société malade de dérives religieuses de tous poils.

La scénographie qui restitue en arrière-plan de la scène le poste de commandement sophistiqué d’une fusée interplanétaire, « libère » au premier plan le centre névralgique de cette mission, à savoir le plateau entier symbolisant la « salle Jean Vilar » (sic) vouée à la création de ce spectacle destiné aux créatures d’autres mondes. De même que ne sont pas sans saveur les répliques un brin cyniques qui fusent : « Après moi j’aime bien cette idée qu’on parte avec des systèmes qui ont été mal conçus, je pense que ça en dit long sur l’humanité, ça. »
Et pourtant, alors qu’on avait été séduit par la progression de l’écriture au plateau de Germinal, on se prend là parfois à hésiter entre l’intérêt de ces « découvertes » loufoques qui en disent long sur l’utopie de création à tout prix à partir de rien. En même temps que ce processus à l’œuvre dans le spectacle déconsidère ce qui est censé être présenté comme l’essence naïve de l’acte de création – parti pris qui ferait table rase des acquis du passé en définissant la création comme un phénomène ex nihilo – il finit par distiller l’ennui résultant d’un piétinement sur place sans réelle avancée. Sinon une régression vers des modèles obsolètes marquée par la chute.

Cette chute, même si elle recouvre hélas un « à-venir » à redouter, peut elle aussi dérouter plus que faire rire de l’« énôrmité » qu’elle veut mettre en scène. En effet, elle peut être ressentie comme plus grandguignolesque que véritablement ubuesque. Néanmoins, au-delà d’une écriture non aboutie, l’implication sans faille de cette troupe chevillée au Corps diplomatique est à mettre à l’actif de cette performance à prendre comme telle, un essai à transformer.

Yves Kafka

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