ANNA RISPOLI, KUNSTENFESTIVALDESARTS BRUXELLES

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Envoyée spéciale à Bruxelles.
Anna Rispoli : Vorrei tanto tornare a casa ancora una volta (2009 – 2016 rémolition) / Kunstenfestivaldesarts / 7 mai 2016 Bruxelles.

L’attente est joyeuse au pied de la barre des Brigittines – Visitandines, à quelques pas du quartier général de cette nouvelle édition de Kunstenfestivaldesarts. Derrière les vitres des appartements une certaine effervescence se laisse également pressentir. Anna Rispoli imagine un face à face insolite. A son initiative, l’architecture frustre et désuète de ce foyer social bruxellois, construit à la hâte dans les années 70 pour palier aux démolitions de la Jonction Nord-Midi, tend à se dissoudre dans la douceur de cette nuit printanière. Son geste artistique ré-enchante le paysage urbain, sans pour autant occulter l’importance des personnes impliquées dans ce dispositif à la musicalité lumineuse.

Soudain, tout est plongé dans l’obscurité et un frémissement sonore, à la fois électrique et minéral, semble activer les alvéoles de ce complexe d’habitations dont, dans n’importe quelles autres circonstances, nous aurions du mal à imaginer qu’elles fonctionnent comme un ensemble organique. Intensifier la conscience de la présence de l’autre, en accuser la sensualité dit Anna Rispoli, qui développe son travail autour de l’exploration des possibilités conceptuelles et des options esthétiques des espaces publics et des territoires intimes. Un crépitement visuel s’est emparé des deux façades en L du bâtiment. Derrière une tendance à l’abstraction rythmique, le geste fiévreux des habitants appuyant régulièrement sur l’interrupteur des différentes pièces des appartements devient sensible dans des hésitations ou décalages qui font toute la beauté et la puissance polyphonique de Vorrei tanto tornare a casa ancora une volta.

La partition commence à se déployer selon une composition secrète, minutieusement mise en place : le premier solo, le petit chœur, le petit chœur pour les étages supérieurs, enfin l’orchestre. Le bloc se transforme le temps d’une performance en instrument de musique aux dimensions du quartier et de la ville, émetteur d’aires lumineuses. Au delà d’une sensation synesthésique enjouée, la proposition d’Anna Rispoli invite à prendre en compte les réalités complexes du vivre ensemble, catalysées par cet engagement dans un projet mené collectivement. Il s’agit pour l’artiste de tenter de porter le regard, au delà des assignations à une identité urbaine univoque, vers le rôle et l’importance de tout un chacun dans l’ensemble. Le public est amené à imaginer la richesse insolite des quelques 143 univers parallèles de l’immeuble, du jardin botanique agrémenté de disques de rock et de mangas érotiques, qui sévit dans tel appartement, à l’intérieur de bonbonnière kitch et reluisant d’un. Ces instants de plaisir spectatorial sont irrigués par une prise de conscience d’une multitude de parcours de vie et d’histoires. Les participants, quant à eux, partagent, au delà de l’écoute de Radio Campus Bruxelles qui retransmet la partition, le sentiment que même le geste domestique le plus anodin a son importance et peut être source de beauté. Ils ont également la preuve qu’ensemble des choses nouvelles deviennent possibles. En effet, depuis 2009, date de la première itération de cette performance au foyer Brigittines – Visitandines, plusieurs initiatives portées par les habitants ont vu le jour, signes d’une volonté de réappropriation de leur cadre de vie. La ville même a beaucoup changé, sans parler du choc des attentats qui a marqué les esprits. Spectateurs et habitants, deux catégories qui ne sont d’ailleurs pas exclusives, Anna Rispoli met en partage une question essentielle, située à un niveau très concret, dans le quotidien, sur le pouvoir qu’a l’œuvre d’art de faire société.

Du monde spéculatif de Welcome to Caveland (Philippe Quesne) au proche voisinage de Vorrei tanto tornare a casa ancora une volta, de Fukushima (Toshiki Okada) à Tchernobyl (collectif Berlin) en passant par le Congo (Sammy Baloji et Filip de Boeck), sans négliger les environnements utopiques de Sarah Vanhee et les vastes plages nocturnes de Märten Spängberg, Kunstenfestivaldesarts cultive plus que jamais des propositions plastiques qui accordent une attention particulière aux différentes manières d’habiter et aux communautés potentielles.

Smaranda Olcèse

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