« REVELATIONS, PHOTOGRAPHIES A GENEVE », MUSEE RATH GENEVE

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Genève, correspondance.
Révélations – Photogaphies à Genève, Musée Rath du 27 mai au 11 septembre -Commissaire de l’exposition Mayté Garcia.

Du 27 mai au 11 septembre 2016 le musée Rath accueille une exposition de photographies sélectionnées dans les 17 collections appartenant à 13 institutions de la Ville de Genève, auxquelles s’ajoute celle de la fondation Auer Ory. Deux cent quarante photographies allant du microscopique au monumental, exposées sous toutes sorte de forme. Des collections aussi diverses que celles du département d’archéologie, des conservatoire et jardin botaniques, des fonds cantonal et municipal d’art contemporain… Ces sources hétéroclites rendent compte des catégories dans lesquelles la photographie est toujours maintenue: scientifique, utilitaire, artistique, documentaire, etc… tout en suscitant par leur confrontation la remise en question de cette catégorisation par l’usage.

Les institutions nous ont habitué aux confrontations d’œuvres de différentes époques, un procédé bien utile pour faire vivre leurs collections. C’est le cas de la première exposition personnelle de Tatiana Franck au Musée de l’Elysée à Lausanne avec « Mémoire du futur ». L’exposition fait la part belle aux différentes techniques photographiques. Le daguerréotype, l’ambrotype, le cyanotype et même l’hologramme y sont présents à travers les œuvres anciennes ou contemporaines d’artistes utilisant ces procédés. « Revenir à une certaine matérialité de la photographie à l’heure de l’image numérique »[1] et faire dialoguer des œuvres à travers le temps, voilà le propos de la directrice de l’Elysée.

Révélations, au musée Rath, confronte les époques mais aussi le statut de ces photographies par la transversalité de son parcours. La scénographie élaborée en labyrinthe conduit habilement d’une « cellule » (ensemble de photographies appartenant au même corpus) à l’autre. Chaque cellule ne contient qu’une collection, mais toutes sont aménagées en fonction d’un voisinage propice à rafraichir le regard, éveiller l’imaginaire et révéler des associations pas tout à fait fortuites. Autre subtilité: les ouvertures aménagées entre les panneaux muraux qui captent le regard.

L’entrée se fait sur les archives photographiques des expositions du Musée Rath lui-même, opérant en une mise en abyme. Le parcours commence au rez avec les premiers daguerréotypes genevois de jean-Gabriel Eynard et s’achève au sous-sol avec des oeuvres contemporaines. Ce balisage soigneux n’empêche pas de faire de nombreux aller-retours, parfois en esprit, entre les contenus des différentes collections. Ainsi, le département de la construction et de l’aménagement pourrait échanger les images glamour de chantier de Nicole Zermatten avec les vues s au radar de Marie Velardi évocant les vestiges d’une civilisation genevoise en 20006 (MAMCO) ou encore le cimetière d’avions d’Anne Julie Raccoursier (Fond cantonal d’art contemporain). Plus surprenant encore, ces portraits, « corps de ville » produit d’une carte blanche de ce même département à quelques photographes.

La visite est ponctuée d’objets de curiosités. Parmi eux, des portraits sur émaux, une paire de cylindres, dites « breloques à œilletons » objet ne dépassant pas le cm et datant de 1900. Ils contiennent des photos (ancêtres des microfilm) réduites à 1millimètre de côté parfaitement lisibles à travers une loupe. Plus loin, une photo-sculpture de 1865, réalisé selon un procédé qui consiste à assembler 24 clichés obtenus grâce à un plateau tournant avant de les matérialiser en biscuit: La reine Victoria avant Matrix. Ailleurs, la photographie d’un tas de sable détourée de Mohamed Bourouissa ressemble à une montagne posée sur une étagère. Ou encore la belle installation de la collection Georges Venzano de Philippe Thomas, recensement de façades de musée pour un collectionneur fictif.

L’installation de Boltanski « Les habits d’Ariane » nous renvoie au « Book of Belongings », épais livre de photographies d’objets et vêtements usagés, inventaire désolant servant à la reconnaissance des victimes des charniers pour le CICR en Bosnie-Herzegovine. La série d’Urs Lüthi et David Weiss, mimant adultes leurs jeux d’enfants pourrait figurer parmi les photographies du Musée d’ethnographie (MEG), aux côtés des rituels d’indiens du Brésil. Les travaux ethnographiques de Jonathan Watts nous surprennent par leur diversité et leur approche esthétique: un intérieur de maison qui ressemble à une mise en scène soigneusement trash, l’abattage en noir et blanc d’un cochon, ou le détail d’une peau de tambour dont le cadre en bois renforce l’illusion d’une peinture. Les productions de ce globe trotter correspondant du Guardian montrent plus encore que les autres collections l’évidente porosité entre catégories établies.

La diversité des photographies proposées rend compte du regard que nous posons sur nos sociétés et leur environnement passés ou actuels. Témoignages, illusions, révélations, de nous-mêmes autant que du sujet photographié. Et tandis que la photographie a envahi notre quotidien de la manière la plus triviale, que les smiley ou gif remplacent les mots et que les murs de facebook ont supplanté le journal intime, cette exposition offre le temps d’une mise en perspective, d’un voyage dans l’histoire et la technologie et le plaisir de redécouvrir ce médium aux multiples facettes.

Ildiko Dao,
correspondante à Genève.

Image: Anne-Julie Raccoursier (*1974) Remote Viewer, 2007,© Genève, Fonds cantonal d’art contemporain

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