GOLDRING & RIZZI, « CESSER D’ÊTRE UN », JUNE EVENTS

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Cesser d’être un : Laurent Goldring et Marika Rizzi – LE BAL dans le cadre du festival June Events – 8 – 9 juin 2016.

Pour cette nouvelle édition, le festival June Events multiplie les rendez-vous hors des confins de la Cartoucherie : des espaces publics et jardins dans le 12ème arrondissement (Chloé Hernandez et Orin Camus), le Musée National Picasso Paris (Alban Richard) ou encore le Musée de la Chasse et de la Nature (Marie Orts). Cesser d’être un, l’étrange objet performatif tissé par Laurent Goldring et Marika Rizzi, intègre, pour deux soirées, les espaces du BAL, dans une passionnante circulation des sens. Vidéaste et photographe, toujours dans un dialogue fertile avec le corps dansant entrainé dans une démarche radicale et sensible de désœuvrement de l’histoire de la représentation, Laurent Goldring trouve dans ce lieu dédié à l’image-document un espace particulièrement adapté au déploiement de son travail.

Dans l’atmosphère feutrée d’une salle d’exposition, un réseau complexe de fils blancs menace de déborder le cadre qui confère à cette sculpture son caractère paradoxal, à la fois monolithique et poreux. Un corps est pris dans cet entrelacs, lourd de toutes les puissances troubles de l’informe, présence silencieuse invoquant un ailleurs, en deçà de l’humain. Subrepticement, la sensation de poids exercée sur les cordages fait remonter le bruit des tensions sourdes dans les fibres. Une résistance opaque au régime des interprétations est confortée par l’absence de visage de cette figure organique en perpétuel devenir.

On ne sait pas encore ce que peut le corps et ce que le regard a encore à y voir. La qualité de mouvement entretenue par Marika Rizzi s’apparente à un lent surgissement, à la fois écoulement, reptation verticale et respiration infracellulaire. L’espace autour de soi se donne à voir en tant que prolongement du corps et la toile ayant épousé les traits de cette danse qui se renouvelle à chacune de ses réitérations, évoque les architectures organiques, arachnéennes, de Thomas Saraceno. Le temps s’étire, l’attention s’aiguise ou se relâche, s’accroche entre les différents nœuds.

Le regard se laisse prendre dans un jeu de ressemblances insensées : pourquoi pas imaginer les phasmes de Georges Didi-Huberman, captifs dans un environnement modélisé mathématiquement. Des mouvements infimes, des micro-élans, des tentatives et audaces, la contraction d’un muscle ou la légère torsion d’un membre, des changements de centre de gravité fluides, entrainent une évolution en hauteur, entre les niveaux. La figure est désormais en lévitation – l’effort et l’équilibre oscillatoire se résorbent dans les tissus, densifient la pulsation silencieuse d’une vie qui cherche sa forme, toujours insaisissable. Laurent Goldring et Marika Rizzi travaillent une abstraction viscérale dont le minimalisme permet d’adresser avec acuité certaines questions essentielles de la danse, son inscription dans l’espace, le poids, les tensions, les appuis. Des lignes de force se révèlent actives et contraignantes en même temps. La chorégraphie déploie des extensions surprenantes, à la fois à l’intérieur du corps, véritable cocon en suspension, porteur d’une foule de possibles, et dans la profondeur verticale de son écosystème rhizomatique.

Smaranda Olcèse

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