PORTRAIT : MARTIN FAUCHER, DIRECTEUR DU FTA MONTREAL

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PORTRAIT : MARTIN FAUCHER, Festival TransAmériques de Montréal

« Les artistes sont les témoins de notre époque… »

Originellement, Martin Faucher est comédien. Sa soif de perfectionnement l’a mené là où il est, c’est-à-dire à la direction du Festival TransAmériques à Montréal. Si ce Festival vient de fêter sa dixième édition, cela fait plus de trente ans qu’il se métamorphose pour devenir – ou rester – un festival international de référence.

Avenant, engagé, avec des idées claires, Martin Faucher est d’un abord facile. Il ne se prend pas au sérieux. Il a même l’œil plein de malice lorsqu’il détaille, telles les parties d’une poupée russe, la place du FTA pour la ville de Montréal, puis pour le Québec, le Canada et enfin vis-à-vis toute l’Amérique du Nord. Imbrication qu’il garde à l’esprit pour sa programmation qui se doit de refléter cette place et cette position.

Martin Faucher aime le risque. S’il débute sa carrière d’artiste dans un spectacle tiré de Pasolini, mis en scène par Denis Marleau et le chorégraphe Daniel Léveillé, tous deux identifiés à l’époque comme des représentants d’une recherche radicale. C’est à la même époque qu’il a commencé à fréquenter le Festival de théâtre des Amériques, dès la première édition en 1985, et par le fait même rencontrer sa cofondatrice, Marie Hélène Falcon. En 2007, elle s’adjoint ses services à titre de conseiller artistique de ce qui transformait alors en Festival TransAmériques. En 2014, Marie-Hélène Falcon décide de passer la main. Comme les autres, Martin Faucher a été soumis à un processus de recrutement international, puis sélectionné. Depuis deux ans, il peut à loisir développer son projet et sa propre vision artistique pour le FTA.

Il aime cette latitude de pouvoir laisser les artistes témoigner de leur époque que ce soit à travers des spectacles chorégraphiques ou dramatiques. Il peut tout autant laisser sa chance à de jeunes artistes ou faire confiance à de plus confirmés. C’est dans cette esprit qu’il programme le projet Pluton – acte 2 où plusieurs générations d’artistes se confrontent à la fois dans leur approche et dans leur pratique.

Si on lui demande de définir sa ligne artistique, il nous renvoie à la récente édition du festival avec le spectacle d’ouverture de Christoph Marthaler qui rend compte de l’opulence du théâtre suisse-allemand. Pour lui faire écho, il a invité dès le lendemain un spectacle des Italiens Daria Deflorian et Antonio Tagliarini qui parle sobrement mais avec justesse de la crise grecque. Cet arc de tension se poursuit jusqu’au spectacle de clôture de Jérôme Bel où le FTA affirme le droit de tous les corps à être sur scène. Attitude indispensable pour Martin Faucher qui décèle dans cette période trouble faite d’insécurité et de décroissance la fin d’une époque.

Martin Faucher aime la langue française. Sa formation de comédien auprès d’un disciple de Louis Jouvet n’a fait qu’accentuer son envie de « parler français ». Et si, pour lui, la langue française est importante, il sait qu’il faut réinventer les bases d’une nouvelle approche de la francophonie. Selon lui, l’arrivée de nouveaux médias comme de nouveaux modes de communication, imposent de réviser les bases de la présence francophone dans une Amérique majoritairement anglophone. Pour lui, tant qu’à parler français autant le faire avec brillance, aisance, élégance, ce qui reste toujours assez louche dans un Québec coincé entre ses origines françaises et une culture dominante anglo-saxonne. Un combat donc, mais avec de nouvelles armes pour d’autres adversités.

Quand on l’interroge sur le nouveau Premier Ministre Justin Trudeau, il répond sans hésiter : ça bouge ! Pour lui, ce jeune politicien défend des valeurs bien différentes de celles de son prédécesseur. Premier symbole qui accompagne ce changement, c’est le doublement du budget du Conseil des Arts du Canada, ce qui n’est pas courant dans un monde traversé des crises économiques, financières, budgétaires… Et même s’il sait qu’il va falloir rester vigilant sur les attributions de cette nouvelle manne, Martin Faucher ne cache pas sa satisfaction. Avec la construction d’un grand complexe chorégraphique dans le Quartier des spectacles, le déménagement de l’Agora de la danse dans ce lieu, ou la résidence de trois ans offerte au talentueux trublion Dave Saint-Pierre dans le nouveau Centre de création O Vertigo de Ginette Laurin … indéniablement, les cartes sont en train d’être redistribuées à Montréal. Il était temps, car la nouvelle génération est en attente de décisions pour elle-même comme pour ceux qui sont déjà en train de surgir.

Ce qui occupe Martin Faucher après cette 10ème édition du FTA, c’est le 375ème anniversaire de la ville de Montréal en 2017. Cela va être un grand événement. Pour la première fois, Martin Faucher en a fait une thématique pour son festival. Il va construire sa programmation autour de cet événement ce qui promet de retrouver à la fois les influences françaises mais aussi anglaises et évidemment américaines de cette ville… Sans doute la présence des « Premières Nations » dans ce coin d’Amérique ne sera pas absente de ses préoccupations. Son envie de faire découvrir la ville autrement anime aussi le futur projet de cette édition.

Après, tout en continuant à diriger ce festival, il retournera à sa passion de la mise en scène…. Car le plateau lui manque et il aimerait bien y retourner, tôt au tard.

Emmanuel Serafini

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