FESTIVAL D’AVIGNON : ALI CHAHROUR, « FATMEH »

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ALI CHAHROUR : FATMEH – CLOÎTRE DES CÉLESTINS – 16 -18 JUILLET 2016.

Mastour et Makchouf, ce qui est permis et ce qui ne l’est pas.

Entre autres questions que pose Fatmeh, le spectacle du chorégraphe libanais Ali Chahrour, c’est de savoir si on peut danser sur la musique et les paroles fortes d’Oum Kalsoum et, force est de constater, que la réponse est : pas facile…

Dans un cloître déjà très chargé, éclairé par une lune pure, avec pour tout décor un immense cercle tendu de peau, deux danseuses entrent en habit occidental. Elles se parent à vue d’une longue robe noire à plis telle celle que mettent les derviches tourneurs. Le noir se fait, commence le prologue. Vont se suivre trois parties et l’épilogue.

La première image fait référence aux pratiques chiites de la religion musulmane. Se frapper la poitrine – parfois jusqu’au sang – pour expier. Entre en force la musique de Oum Kalsoum, la diva, véritable monument dans le monde arabe. La force de sa voix et, si on les comprenaient, des paroles de ses chansons prennent le pas sur une danse orientale un peu trop extérieure, comme si les danseuses Rania Al Rafel et Yumna Marwan n’arrivaient pas à habiter cette scène ou à contrer par une présence forte la musique qui, malgré la barrière de la langue, ne cesse de nous envouter. Si Absence, le premier chapitre, voit l’une des danseuse agiter sa robe et s’en couvrir le visage, faisant penser à ces images de la Loïe Fuller, l’Impénétrable, chapitre 2, reste le cœur de la pièce avec l’une des chansons les plus connues de Oum Kalsoum. C’est au Chapitre 3, Le bien aimé et avant l’épilogue que la douceur et l’abandon vont se saisir des danseuses et les voix a cappella scandant une lamentation de Fatima pleurant son père va résonner dans le Cloître.

Ce qui manque sans doute à ce spectacle, outre le fait que nous, occidentaux, n’avons pas toutes les clés de ces traditions ni de la langue, c’est un peu plus d’intériorité de la part des danseuses, par ailleurs comédienne et vidéaste à la ville, et si l’intuition du jeune Ali Chahrour de compter sur une approche moins technique de la danse est juste, il doit travailler davantage sur les états d’interprétation au risque de faire passer cette pièce pour un simple spectacle folklorique.

Néanmoins, il ne faut pas bouder son plaisir de voir et d’entendre une danse et des musiques orientales, en France, en Provence, le lendemain d’un 14 juillet sanglant à Nice. D’ailleurs, le chorégraphe ne s’y est pas trompé en introduisant la représentation par une déclaration décrivant son quotidien qui nous paraît encore à nous imperceptible mais qui commence à devenir concret – et sans doute de plus en plus, et sans doute pour longtemps – comme si, une fois les dégâts commis au Proche et au Moyen Orient, c’est l’occident et l’Europe qui allaient devenir le terrain de ces luttes et combats contre un modèle et une société.

Fatmeh, est une pièce qui tente de nous faire toucher du doigt les traditions de la religion musulmane à travers la vie et la légende de Fatima Zahra, la fille du prophète Mahomet. On attend donc avec impatience le second volet de ce triptyque Leïla se meurt pour compléter un puzzle qui manque cruellement de références pour nous mais dont on sent la portée.

E Spaé

Photo Jad Safar

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