DES BOUDDHAS MADE IN JAPAN A ROME, UNE PREMIERE !

bouddhas rome

Rome, correspondance.

Des bouddhas made in Japan à Rome, une première. Raja El Fani.

Les Italiens partent en vacances, Rome est déserte, la chaleur est torride, mais au musée des Ecuries du Quirinal, l’Elysée italien, on inaugure en grandes pompes l’exposition «Chefs d’œuvres de la Sculpture Bouddhiste Japonaise» qui célèbre les 150 ans de relations diplomatiques entre le Japon et l’Italie aujourd’hui. En cette même période de l’année l’été dernier, le musée accueillait une exposition tout aussi diplomatique sur l’art islamique de la collection Al-Sabah (Koweit). Le curateur Takeo Oku m’assure qu’il s’agit d’une coïncidence.

C’est aussi la première exposition officielle de la nouvelle maire de Rome, Virginia Raggi, et de son conseiller culturel Luca Bergamo, qui ont omis l’exposition Roma Pop City il y a deux semaines. Un choix très institutionnel et en conformité avec le protocole que le mouvement de Grillo semblait jusqu’ici mépriser, mais une occasion encore trop neutre sur le plan culturel. Tellement que les quotidiens ne s’en sont même pas aperçus.

Une première aussi sur bien d’autres niveaux cette exposition de 35 sculptures souvent en bois, figures sacrées et bouddhas assis ou debout, si près du Vatican et en plein Jubilée, mais qui n’ose un rapprochement entre culture bouddhiste et culture chrétienne qu’à la fin du parcours, avec un panneau dans la dernière salle sur les ressemblances entre la figure traditionnelle de l’Ermite bouddhiste et la Madeleine de Donatello. Un autre rapprochement, souligné également par l’équipe italienne de l’exposition, est établi entre le Bouddha du Futur (Miroku Bosatsu) et le Messie de la tradition juive. L’exposition italo-japonaise ne va pas plus loin mais, vu le nombre de rapprochements possibles, une ultérieure comparaison avec l’art islamique aurait été sensée et logique.

L’exposition montre toutefois la progressive assimilation (et l’originalité) japonaise du culte bouddhiste venu d’Inde, passé d’abord par la Chine et la Corée. Le précieux bas-relief du Moine bouddhiste Volant, du temple de Kyoto, et représenté sur un nuage, constitue ici la figure la plus familière (du moins pour les nouvelles générations) et a certainement inspiré le manga des eighties, Dragon Ball.

L’intérêt japonais dans cette exposition est palpable : toute une délégation de représentants culturels et officiels a fait le voyage du Japon, une très riche documentation scientifique accompagne le projet et anticipe toute perplexité. On y souligne par exemple que le bouddhisme n’est pas la religion japonaise d’origine mais que, grâce à une fusion entre shintoïsme et bouddhisme réussie, le Japon peut vanter un nombre contenu d’épisodes iconoclastes et une bonne conservation des figures de culte. Allusion cynique aux Bouddhas de Bamiyan détruits par les Talibans en Afghanistan?

Reste que l’effet des statues bouddhistes japonaises est déroutant, c’est un peu comme si l’Art Classique de matrice gréco-romaine était officiellement présenté par les Anglais – et à travers des statues anglaises – en Inde. Enfin, il faut bien reconnaitre que c’est le Japon qui a permis aux Occidentaux d’accéder à la culture bouddhiste dès le 19° siècle.

Rome sera la seule étape de cette exposition, me confirme le curateur, et constitue apparemment le point d’arrivée de cette nouvelle saison d’ouverture culturelle du Japon à l’Occident. Pays vaincu durant la Guerre comme l’Italie, le Japon se remet donc en jeu culturellement et au-delà de ses exploits technologiques. Qu’est-ce qui fait que l’identité culturelle japonaise puisse survivre à la globalisation? La culture bouddhiste ne semble pas caractériser le Japon autant que l’Inde et la Chine. Qu’est-ce que le Japon a su retenir de ces influences?

La culture japonaise semble plutôt concentrée sur des acquis plus récents, surtout technologiques. Hors parcours, la dernière salle de l’exposition, est d’ailleurs dédiée à la toute dernière fierté de la technologie japonaise: de sublimes temples bouddhistes en vidéo HD 8K dernière génération.

Rapidement interviewé à la fin de la visite guidée, le curateur répond après de longues pauses à mes questions. Réponses très méditées donc, et à méditer à notre tour.

Raja El Fani

Interview de Takeo Oku :

Inferno : Le Bouddhisme est porteur d’un idéal de paix, est-ce ce qui fait la force culturelle du Japon aujourd’hui ?
Takeo Oku : S’il y a un message de paix dans la culture japonaise, il se manifeste de façon inconsciente et suivant une culture bouddhiste autonome.

Quelle nouvelle conscience l’art bouddhiste japonais peut-il apporter ici, au cœur de la culture chrétienne ?
L’exposition n’a pas pour objectif de faire réagir le public occidental, l’art japonais apparait clairement comme une culture différente mais arrive ici sous forme de proposition, d’échange culturel, en espérant que certains aspects puissent être appréciés, les différences comme les affinités.

Pourriez-vous nous mentionner un artiste contemporain japonais qui travaille en continuité avec la tradition bouddhiste ?
C’est très difficile d’établir une véritable continuité entre l’art antique et l’art contemporain japonais.

Pensez-vous que cette tradition s’est interrompue ?
Certains artistes japonais aujourd’hui réinterprètent l’art antique japonais, je dirais que c’est donc plus une interprétation qu’une continuité.

Propos recueillis par Raja El Fani.

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