FESTIVAL D’AVIGNON : UNE BELLE EDITION 2016, PARFAITEMENT ANCREE DANS NOS REALITES

Angélica Liddell : "Que Haré..." Photo Vincent Marin copyrifgt INFERNO 2016

FESTIVAL D’AVIGNON 2016 : CLÔTURE DE LA 70e EDITION

A l’heure des bilans, au moment où le Festival vient de clôturer sur l’oeuvre controversée de Sidi Larbi Cherkaoui (cf notre critique) mais aussi celle unanimement approuvée du directeur du Festival d’Avignon lui-même -quatre oeuvres d’Eschyle superbement adaptées et entrant en parfaite résonance avec notre brûlante actualité- il est temps de dresser constat de cette édition 2016, sans doute la meilleure d’Olivier Py.

Une fort belle édition, dont nous retiendrons cette programmation en tous points remarquable par la qualité et la cohérence de ses propositions et l’acuité de son positionnement politique.

Py n’a pas été sourd aux critiques qu’il avait essuyées lors de ses deux programmations précédentes. Il a entendu le mécontentement de son public festivalier, habitué à l’excellence, et celui des médias qui lui reprochaient alors une certaine complaisance à l’égard d’un théâtre franco-français, un théâtre ronronnant qui, en 2014 et 2015, manquait singulièrement d’ouverture à la contemporanéité et à la diversité des formes, celles-là mêmes qui avaient bâti la réputation internationale du Festival.

Olivier Py a donc corrigé le tir, et c’est tant mieux. Reconnaissons-lui cette intelligence et cette capacité d’écoute qui lui ont donné l’occasion de construire ce beau programme 2016, cohérent, politique et ouvert au monde, dont nous nous sentons parfaitement solidaire.

Des moments éblouissants de beauté ont émaillé ce Festival : citons simplement l’extraordinaire « 2666 » de Gosselin, l’excellent FC Bergman, un Marie Chouinard -qui vient d’être nommée à la direction de la Biennale de Danse de Venise en 2017- au sommet de la danse contemporaine, l’engagement hors-normes d’une Angélica Liddell qui, même si son « Que haré… » n’était pas le meilleur morceau dans sa production, demeure indiscutablement ce phare de créativité, d’inventivité, d’énergie et d’insolence qui en font l’une des artistes les plus performantes de la scène contemporaine, découverte d’ailleurs à Avignon par la précédente mandature.

Beaux moments également que cet « Interview » de Nicolas Truong, ce Krystian Lupa ou encore les oeuvres de Lisbeth Gruwez, Thomas Jolly et ses deux interventions inoubliables, l’explosif « La dictadura do lo cool », le Raoul Collectif désopilant, Amos Gitaï bien sûr, les impromptus de Laetitia Dosch et Capdevielle ou les belles oeuvres impliquées de Madeleine Louarn et de Maëlle Poésy. Sans oublier comme nous le disions en ouverture, le très beau spectacle en quatre parties du maître des lieux, qui nous a offert, avec ce voyage au coeur de l’origine du théâtre, une magnifique et subtile plongée dans notre contemporanéité même, hélas plus que bousculée par une actualité dévorante et pour le moins inquiétante. Tragédie, tragédies…

Et d’ailleurs, félicitons Olivier Py pour cette belle conscience politique qui lui permet d’exposer avec brio les scènes moyen et proche-orientales, qui ont beaucoup à nous apprendre de nous-mêmes et de notre « modernité » occidentale… et ainsi rendre au Festival ses armes aiguisées du savoir et de la poésie, devant la barbarie brune des ignorants. L’Art, la culture, le théâtre sont des obus d’une redoutable efficacité. Merci à Amir Reza Koohestani, Amos Gitaï et Ali Chahrour de nous ouvrir ainsi les yeux sur un monde à notre porte, qui bruisse et tressaille de toutes parts, et que nous ne connaissons pas.

Vivement l’édition 2017. Qu’elle puisse elle-aussi être aussi forte et aussi belle, porteuse d’espoir et de vie.

Marc Roudier

Photo : Angélica Liddell : « Que Haré… » au Festival d’Avignon 2016 – Photo Vincent Marin copyright INFERNO 2016

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