« 2666 » : LE MORCEAU DE BRAVOURE DE JULIEN GOSSELIN, UN VRAI TRAVAIL DE TROUPE

2666

« 2666 » – Mise en scène : Julien Gosselin – La FabricA – Festival d’Avignon 2016.

Voilà donc le gros morceau de ce Festival ! Durant 11 heures de théâtre à la FabricA, le jeune metteur en scène Julien Gosselin et sa troupe « Si vous pouviez lécher mon cœur » proposent cette pièce adaptée du roman du chilien Roberto Bolaño (1953-2003). « 2666 » est un pavé de plus de 1000 pages et, même si Julien Gosselin a dû couper, il a souhaité, comme il le dit, garder l’ossature du roman. Sa pièce est donc, tout comme ce dernier, divisée en cinq parties bien distinctes.

La première partie retrace l’aventure de quatre jeunes universitaires, une britannique, un français, un espagnol et un italien qui se retrouvent autour d’un objectif commun qui est de faire la lumière sur un écrivain allemand du nom de « Benno von Archimboldi » que personne ou presque n’a jamais vu et dont on ne sait pas grand-chose. Leurs recherches respectives et croisées vont les mener à Santa Teresa, une ville mexicaine rongée par la criminalité et les narcotrafiquants et entachée par une série inexpliquée de meurtres de jeunes filles, travaillant pour la plupart dans des maquiladoras, sortes d’usines aux coûts de production très bas dans lesquelles des mexicaines travaillent dans des conditions proches de l’esclavagisme.

Malgré la complexité de ce roman inachevé, Julien Gosselin parvient à planter un décor où chacune des cinq parties devient extrêmement lisible. La scénographie confiée à Hubert Colas, soutenue par une large utilisation de la vidéo, présente aux spectateurs des espaces que chacun peut aisément reconnaître. Chaque lieu est mis en espace par le mouvement d’une série de cubes plus ou moins translucides qui permettent de recréer rapidement un hôtel au Mexique ou un appartement londonien. Le spectateur peut penser suivre un journaliste sportif dans une boîte de nuit et ses coulisses ou, comme dans la quatrième partie dite « la partie des crimes », un peu trop longue mais quasi hypnotique, suivre le long récit d’une série de meurtres qui s’étalent sur plusieurs années.

Julien Gosselin indique qu’il veut travailler une œuvre dans une approche globale et c’est bien cette notion qui donne toute sa force à la pièce. L’utilisation de la vidéo ou de la musique n’est pas ici anecdotique mais participe bel et bien à la cohérence de l’ensemble. Le metteur en scène indique d’ailleurs avoir travaillé dès les premières répétitions avec l’ensemble des comédiens et des moyens scénographiques. Toutes les parties semblent s’entrecroiser afin de donner, non des éléments de réponses, mais seulement le sentiment troublant qu’une sorte de destinée existe dans ce chaos de meurtres et de sang. La structure de la pièce est simplement composée de deux mystères, d’une part la vie d’Archimboldi, écrivain d’origine allemande, et d’autre part cette série de meurtres non élucidés au Mexique. La trame peut paraître mince mais c’est là tout le génie de l’écrivain que de permettre à notre imagination de construire du réel à partir des minces fils qu’il tend entre ces deux récits. C’est bien grâce à la lecture claire et juste de Julien Gosselin que le spectateur parvient à la suivre dans cette aventure.

Ce jeune metteur en scène de 29 ans semble déjà tout maîtriser de son Art dans une construction équilibrée et magnifiée par une formidable troupe de comédiens dont la force est justement de ne pas donner de réponses, mais plutôt d’entrebâiller une fenêtre sur un monde par nature complexe et de recréer le réel de notre univers chaotique sur une scène de théâtre.

Pierre Salles

Photo C. Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

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