BROOK ANDREW, « ASSEMBLAGE », NATHALIE OBADIA BRUXELLES

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BROOK ANDREW – Assemblage – Galerie Nathalie Obadia Bruxelles – 2 février – 1er avril 2017

La Galerie Nathalie Obadia accueille « Assemblage », la première exposition personnelle de Brook Andrew à Bruxelles. L’événement est contemporain de la rétrospective que la National Gallery of Victoria de Melbourne consacre à l’artiste australien.(1)

Né en 1970 à Sydney, Brook Andrew est considéré comme l’un des acteurs incontournables de la scène artistique de la région Asie-Pacifique. Pluridisciplinaire, il se définit lui-même comme un artiste à la fois visuel et conceptuel qui travaille sur de multiples supports.

L’œuvre de Brook Andrew, nourri d’un solide travail documentaire, exploite l’histoire douloureuse de l’époque coloniale australienne, et à travers elle, l’histoire de tous les peuples opprimés. Cet œuvre de conscience interroge la violence et la sélectivité des mémoires, analysant, sans blâme, ni culpabilité, les différences de lecture selon que l’on est dominant ou dominé. Son œuvre, que certains ont qualifié de « généreux », crée des passerelles entre les siècles et dessine des territoires de rencontre entre les regards portés sur l’Autre au cours de l’histoire. Jouant avec des formes, des techniques et des matériaux contemporains (le néon, les structures gonflables, la vidéo, etc.), Brook Andrew produit des œuvres « décalées » qui, sous le masque de l’humour ou du jeu, n’en sont pas moins subversives. Elles le sont en se faisant l’écho des violences humaines, en particulier celles engendrées par le génocide subi par le peuple aborigène.

Jumping Castle War Memorial, château gonflable érigé en la mémoire des victimes des guerres coloniales australiennes, est une des oeuvres emblématiques dans le parcours de Brook Andrew. Sa première présentation eut lieu à l’ouverture de la XVIIème Biennale de Sydney, en 2010. Ce jour là, le public envahissait joyeusement la structure gonflable sans se douter de la portée symbolique du monument.

Cette participation du spectateur est essentielle pour l’artiste en ce qu’elle permet d’activer l’œuvre qui devient, du même coup, un espace à la fois physique et mental. Entre les deux pôles, se logent des phénomènes et des sentiments aussi contrastés que la mort et la vie, le drame et le comique, le rire et l’effroi, qui font partie intégrante des univers du cirque et du carnaval qu’affectionne Brook Andrew depuis l’enfance.

Après Jumping Castle War Memorial, suivi de The Cell (cellule de prison gonflable) en 2011, d’autres œuvres de l’artiste ont été colonisées par les mêmes motifs géométriques noirs et blancs. Ces zébrures dérivent des dessins propres à la tribu Wiradjuri, dont est issue la mère aborigène de l’artiste.

Deux peintures récentes, The Forest et Memory, exposées à la Galerie Nathalie Obadia à Bruxelles, en sont recouvertes et mêlent chacune les figures du colon et de l’indigène. Leurs relations conflictuelles ne sont pas cachées par le motif. Au contraire, celui-ci permet de raviver la mémoire collective du passé en prenant le recul nécessaire face au sujet et sans tricher, à la différence de la peinture d’Histoire que l’on peut voir dans les musées occidentaux et qui colporte, selon Brook Andrew, une vision falsifiée de la réalité historique. En rapprochant ses propres toiles de la taille des tableaux de propagande du XIXème siècle, il en emprunte la démesure pour mieux corriger le regard du spectateur déformé par cet art dit « officiel ».

Une série de portraits réalisée en 2013 retient l’attention. Les portraits procèdent de l’agrandissement d’anciennes cartes postales que collecte Brook Andrew depuis des années. Ces dernières représentent des indigènes, hommes ou femmes, de tous les peuples « exotiques » que les photographes occidentaux du XIXème siècle immortalisaient pour leurs caractères ethnographiques ou pittoresques. Ces visages, dont on ne connaît que les pays d’origine (Côte d’Ivoire, Brésil, Congo, Madagascar, Algérie, Canada, Martinique, Japon, Australie, etc.), ont en commun leur seul anonymat.

Ce travail sériel est conduit par l’artiste pour son potentiel narratif. En effet, derrière chaque portrait rendu à sa noblesse primitive, ressurgit un être porteur d’une histoire oubliée que Brook Andrew aime à ressusciter en tant qu’archéologue de la mémoire.

En 2016, Brook Andrew était invité en résidence dans l’ancien couvent des Récollets, à Paris. Conjointement, il était nommé lauréat des « Photography Residencies » du Musée du Quai Branly, ce qui l’autorisa à exploiter les immenses archives photographiques de l’Institution parisienne.
De ses investigations, proviennent les coupures de presse, les photographies, les cartes postales ou les gravures qui permirent la réalisation de la série Sunset, dont une partie est exposée à la Galerie Nathalie Obadia à Bruxelles.
Les documents d’archives compilés entre eux, et parfois associés à des objets vernaculaires, acquièrent un cadre explicitement narratif grâce à leur support en sapelli – essence de bois exotique – surligné d’un trait de contours en néon coloré. Ce dernier medium a été choisi intentionnellement pour accrocher l’œil, à la manière des enseignes publicitaires. Une manière pour l’artiste de jouer, encore une fois, sur le décalage entre le contenant et le contenu, entre le message et la forme, tout cela pour mieux atteindre sa cible.

1. « Brook Andrew. The right to offend is sacred ». National Gallery of Victoria, Melbourne, Australie. 3 Mars – 4 Juin 2017. Une importante monographie sera publiée à l’occasion de cette rétrospective.

Image: Brook Andrew, Back of Man II, 2016. Lin, encre acrylique, pelliculage, néon. 260 x 165 x 12 cm (102 3/8 x 65 x 4 3/4 in.)

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