JIMMIE DURHAM – JONE KVIE, « GLASS », MICHEL REIN PARIS

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Jimmie Durham – Jone Kvie : GLASS – galerie Michel Rein Paris 28 janvier – 25 février 2017

Jimmie Durham et Jone Kvie ont beaucoup d’estime pour leur travail respectif, ils ont établi depuis de nombreuses années un dialogue fructueux. En octobre 2016, avec le soutien de la galerie Michel Rein ils ont pu travailler ensemble trois semaines lors d’une résidence au CIRVA à Marseille. Les deux artistes ont travaillé le verre pour la première fois, en poursuivant leur questionnement artistique.

Chacun des artistes a produit ses propres oeuvres, ils ont également crée deux oeuvres en collaboration. L’ensemble de ces oeuvres est présenté lors de cette exposition.

Du verre
« Pendant des siècles on a classé la matière selon trois états : solide, liquide et gazeux. C’est assez tardivement au XXe siècle qu’on a rajouté à ces nomenclatures le verre, qui est devenu une quatrième catégorie. Liquide, solide, gaz et verre, donc, parce que sans doute les hommes de sciences avaient-ils besoin de clarté. Le verre n’est en vérité pas absolument solide, il est en flux constant, mais un flux qui ne fluctue pas dans notre univers. Il varie, d’après les scientifiques, à un rythme extrêmement lent, plus lent que celui auquel se meut l’univers.

Tout se passe comme si les choses qui nous entourent dans la vie de tous les jours n’étaient pas de ce monde. Le verre appartient pourtant bien à notre monde puisqu’il est fabriqué à partir de sable qu’on a chauffé jusqu’à ce qu’il soit fondu. Ce sable est lui-même composé de minéraux, particules de quartz et autres cristaux. À très haute température le sable devient mou et perd sa structure cristalline. En observant le travail des verriers à leurs fourneaux, je me rends compte qu’il ne se fluidifie jamais véritablement. Il s’agit d’un état augmenté, plein d’une étrangeté magnétique. Le verre fondu n’est pas fondu. Pas liquide non plus. L’aspect est visqueux mais il ne faut pas s’y fier – il peut en outre se dégager une impression de verre froid, juste en un peu plus mou.

Parmi les propriétés du verre, il y a le fait qu’il est malléable, qu’on peut le modeler à l’envi. Il se brise souvent et dans le même temps il est capable de « se plier » jusqu’à un certain point avant de se briser. Ce qui est pratique dans le verre c’est sa transparence – un truc dur au travers duquel vous pouvez voir. C’est mieux que de la magie. Il vous obéit. Ça devient une fenêtre ou un pare-brise, ça accueille d’autres minéraux qui, ajoutés au sable, font chatoyer de splendides combinaisons de couleur et de lumière.

Les hommes désirent, on peut le comprendre, tout apprivoiser. Dès le début, nous avons été si malmenés par le verre : piqués, coupés, blessés… S’intéresser au processus de fabrication du verre permet d’apprendre cette domestication, ainsi s’approprie-t-on tous les objets de la maison, tous ses éléments : du pan vitré de la fenêtre à la carafe et aux verres à pied dont on se sert pour le vin aux lunettes sur notre nez grâce auxquelles nous lisons les poèmes des uns et des autres.

Chaque fois que du verre casse, ça devient hors la loi. Et dangereux.
Pour moi c’est quand le verre casse qu’il révèle ses véritables vertus. Il vibre. Il nous effraie. Rencontrer du verre cassé c’est comme tomber nez à nez sur un animal sauvage et menaçant. On est face à un flux d’énergie, un trop plein d’énergie que ne saurait contenir le monde.

C’est en travaillant avec du verre fondu au CIRVA à Marseille que je me suis aperçu que le verre a tendance à casser lorsqu’il se refroidit. Cela s’explique, d’emblée, par un refroidissement soudain ou un phénomène du genre, mais cette raison ne fait que décrire en surface et ne dit pas le fond des choses. On sent dans le verre une grande tension. Je suppose parce que le verre évolue encore plus lentement que notre univers.

La sculpture de Jone Kvie est incroyablement riche et variée parce les matériaux qu’il utilise semblent faire écho à son esprit plastique. Chacune de ses œuvres ne cesse de réinterpréter la perception que nous avons des objets ou des phénomènes naturels. Mais avec cette intelligence subtile qu’on trouve dans les livres d’Italo Calvino.
Cela faisait pas mal d’années que Jone et moi avions le projet de travailler côte à côte au CIRVA de Marseille mais nous ne trouvions jamais le temps.

Nous avons enfin pu réaliser notre projet pendant trois merveilleuses semaines en octobre 2016. Nous voulions, chacun, traduire la quintessence du verre. Pour ma part, j’ai souhaité rendre cette double qualité, étrange : entre extrême souplesse et dangereuse propension à se briser à tout instant.

Jone a réalisé, quant à lui, des œuvres autour de l’idée de flux, en rapport avec l’activité volcanique. Il a façonné de ses mains le sable mouillé pour préparer ses moules, négatifs des œuvres finales. Pour résultat, tout à fait troublant, fusion d’une forme humaine avec la terre sauvage et le verre plus sauvage encore. »

Jimmie Durham
Berlin, 8 novembre 2016

La première rétrospective Nord-Américaine de l’œuvre de Jimmie Durham, Jimmie Durham: At the Center of the World aura lieu au Hammer Museum, Los Angeles, (29 janvier – 7 mai 2017), puis au Walker Art Center, Minneapolis, (juin-octobre, 2017); Whitney Museum of American Art, New York, (novembre, 2017– janvier, 2018); et au Remai Modern, Saskatoon, Canada (été 2018).

Visuel: workshop at CIRVA, Marseilles, October 2016 – photo: Kai-Morten Vollmer

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